De la difficulté du diagnostic d’abus sexuel

La reconnaissance précoce d’abus sexuels demeure difficile malgré une vigilance accrue dans ce domaine. Une étude anglaise récente a monté que seul un cas sur huit pourrait être signalé aux autorités ! Ainsi la prévalence de ces abus est largement méconnue, particulièrement chez les jeunes enfants. Or, cette méconnaissance a des conséquences dramatiques à long terme sur la santé mentale et même physique des victimes.

Une équipe de spécialistes et psychiatres d’Amsterdam publie une mise au point sur ce sujet. La dénonciation de la maltraitance par l’enfant est l’indicateur le plus spécifique mais la majorité des enfants garde le secret en raison de sentiments de honte, de faute et par crainte d’être blâmés. La révélation spontanée survient bien plus tard. La difficulté est accrue chez les jeunes enfants par la pauvreté de leur vocabulaire.

Les cliniciens peuvent avoir l’attention attirée par des symptômes non spécifiques, physiques ou psycho-sociaux, comme des troubles du comportement, une dépression, une tendance suicidaire. Une conduite sexuelle inappropriée pour l’âge est observée chez un tiers des victimes. Cependant, cette conduite est non spécifique car elle est rapportée également au cours des autres maltraitances. Des connaissances sexuelles « non concordantes avec l’âge » semblent plus évocatrices. Des douleurs uro-génitales sont plus particulières que des symptômes gastro-intestinaux.

Au total, il manque un tableau fonctionnel très suggestif. Seuls quelques signes physiques sont très évocateurs même en l’absence de dénonciation : lacération aiguë, ecchymoses ou pétéchies des lèvres, du pénis, du périnée, de l’hymen ou du vestibule, lacérations vaginales ou péri-anales. Cependant, ces signes très évocateurs ne sont observés que chez 5 % des victimes vues 72 h après la dernière agression. De fait, dans 95 % des cas, l’examen uro-génital est normal passées 48 h en raison de la cicatrisation rapide. Il n’existe pas de consensus sur la valeur diagnostique d’une dilatation anale complète ni sur des encoches hyménéales localisées à 3h ou 9h ou au-dessous.

Une maladie sexuellement transmissible peut suggérer des abus sexuels mais d’autres voies de transmission (verticales, auto-inoculation) sont également possibles…

En conclusion, l’évaluation doit comporter des interviews séparées des parents et de l’enfant, une attention particulière aux troubles du comportement, aux plaintes physiques, à la santé mentale. L’examen uro-génital doit être pratiqué sans délai, illustré par des photos ou un enregistrement vidéo. La recherche d’une maladie sexuellement transmissible est systématique. La prise en charge se fait au mieux dans une équipe spécialisée sans omettre le signalement judiciaire.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Vrolijk-Bosschaart TF et coll. : Clinical practice: recognizing child sexual abuse-what makes it so difficult? Eur J Pediatr 2018 ; 177 : 1343-1350.

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Vos réactions (1)

  • Unités d'Accueil aux Jeunes Victimes

    Le 20 septembre 2018

    La difficulté de diagnostic a amené à la création d'Unités d'Accueil aux Jeunes Victimes, ces Unités existent à Paris au sein des Hôpitaux Pédiatriques et sans doute en Province.
    Toute suspicion sérieuse doit amener à adresser l'enfant dans les plus brefs délais à l'une de ces Unités.
    Il en existe une à l'Hôpital Armand Trousseau de L'AP.HP depuis 10 ans ou plus.

    Dr Xavier Baizeau

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