Des cancers de plus mauvais pronostic après un divorce récent

Le statut marital suscite une recherche épidémiologique active. Sa stabilité est un facteur qui joue en faveur du pronostic de nombreuses maladies chroniques, incluant notamment la maladie coronarienne, mais aussi les affections malignes. Un entourage stable fait partie de ces facteurs environnementaux qui ne peuvent qu’alléger le fardeau ou les complications de ces pathologies.

Le divorce qui introduit l’incertitude et l’instabilité autour du patient est aux antipodes de la situation précédente, mais rares sont les études permettant d’apprécier son retentissement pronostique en cas de cancer. L’exploration de la base de données SEER (Surveillance, Epidemiology, and End Results) pour la période située entre 1973 et 2006 apporte son éclairage. Elle a permis en effet d’identifier 83 804 patients chez lesquels ont été diagnostiquées deux affections malignes dans un intervalle compris entre 12 et 60 mois. Les patients ont été considérés comme récemment divorcés s’ils étaient mariés lors du premier cancer et divorcés lors du second.

Une analyse multivariée par régression logistique multiple a recherché une association entre le changement de statut marital (divorce ou mariage récent) et les caractéristiques du second cancer : stade TNM au moment du diagnostic, traitement reçu et survie spécifique.

Des diagnostics tardifs et survie moins longue

Au cours de la période d’observation, un divorce est survenu dans 4 % des cas, et un mariage dans 3,4 % des cas. Si l’on compare les patients récemment divorcés à ceux mariés de longue date, le risque de découvrir une tumeur maligne à un stade avancé s’est avéré plus élevé, l’odds ratio ajusté (ORA) étant en effet estimé à 1,31 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,19-1,43). Ce risque s’est avéré un peu plus faible chez les divorcés de longue date, avec un ORA de 1,18 (IC, 1,11-1,25).

En cas de divorce récent, les chances de bénéficier d’un traitement curatif se sont avérées plus faibles (ORA, 0,74,  IC, 1,11-1,25), tandis que la durée de la survie liée au cancer a été la moins longue, le hazard ratio ajusté (HRA) étant en effet estimé à 1,17 (IC, 1,05-1,30, p = 0,005). En cas de divorce ancien, la valeur correspondante du HRA a été estimé à 1,08 (IC, 1,01-1,16 ; p =0,032). Les mariages récents ont-ils eu un effet sur la survie ? La réponse est négative, car, par rapport aux mariés de longue date, le HRA est resté proche de l’unité, soit 0,96 (IC, 0,85-1,08, p = 0,46).

Le divorce récent ne constitue ni plus ni moins que la rupture aiguë d’un équilibre souvent inscrit dans le long terme. Il s’accompagne de la destruction d’un tissu relationnel qui est à la fois un soutien et une sécurité, au travers du lien au partenaire. Il n’est pas surprenant qu’il retentisse, à ce titre, sur le pronostic des affections malignes du fait d’un diagnostic plus tardif, alors que la tumeur est à un stade plus avancé. Les chances de recevoir un traitement curatif sont alors plus faibles et la durée de la survie en rapport avec la maladie s’en trouve raccourcie. Les mêmes tendances sont observées en cas de divorce ancien, mais sur un mode atténué. Dans ces conditions, le divorce, a fortiori s’il est récent, mérite d’être considéré comme un facteur de risque et intégré dans la prise en charge thérapeutique globale. Une telle approche devrait inciter le patient à rechercher un soutien psychosociologique dont le divorce l’a privé…

Dr Philippe Tellier

Référence
Dinh KT et coll. : Increased Vulnerability to Poorer Cancer-Specific Outcomes Following Recent Divorce. Am J Med., 2018 ; 131 : 517-523.

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