Difficile de proposer à la famille d’assister à la réanimation cardiorespiratoire

Les « guidelines » actuelles recommandent (tout au moins en Amérique du Nord) d’offrir à un membre de la famille la possibilité d’assister à la réanimation cardiorespiratoire (RCR) d’un proche et, s’il en décide ainsi, qu’il soit accompagné par un membre de l’équipe de soins, avant, pendant et après la RCR. Or, cette recommandation est peu mise en œuvre. Le but de cette étude était de décrire et d’explorer les difficultés perçues par des infirmières d’unités de soins intensifs (USI) concernant la présence d’un membre de la famille pendant la réanimation.

Le recrutement des participantes s’est fait dans l’ensemble des États-Unis par le biais d’ annonces hebdomadaires publiées pendant 4 semaines dans le bulletin électronique de l’Association américaine des infirmières travaillant en USI ainsi que sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter). Les annonces incluaient un lien vers le site de l’étude, menant à un questionnaire d’une durée approximative de 20 minutes. Ce questionnaire était construit pour aborder trois aspects du problème :

1) la disponibilité d'un membre de l’équipe de soin pour soutenir la famille (ESSF),

2) l’existence, dans l’établissement, d’une politique concernant la présence d’un membre de la famille lors de la RCR,

3) la connaissance des souhaits des patients dans les directives préalables. Les participants ont ensuite été invités à donner leur avis sur les obstacles potentiels à la présence d’un membre de la famille pendant la RCR de son proche.

Importance d’un membre de l’équipe dévolu à la famille

Sur 380 participantes, moins de 35 % avaient été formées sur ce thème précis, mais plus de 90 % avaient vécu une expérience où des proches étaient présents lors de la RCR et plus de 65 % avaient elles-mêmes proposé à un proche d’assister à une RCR. Les résultats quantitatifs ont montré que la décision des participantes de formuler cette proposition est principalement influencée par la disponibilité d'un membre ESSF. En effet, 74 % des répondantes avaient mentionné que l'absence d'un ESSF peut constituer un obstacle à proposer à un membre de la famille d’assister à la RCR d’un proche. En ce qui concerne la politique des établissements, 56 % des infirmières seraient prêtes à offrir aux proches la possibilité d’être présents lors de la RCR, qu'il y ait ou non une politique favorable en ce sens, mais les 168 infirmières restantes considèrent l'absence de politique comme un obstacle potentiel. Enfin, peu d'infirmières (10 %) ont indiqué qu'elles n'inviteraient pas un proche à suivre la RCR à moins que les souhaits du patient soient connus et aillent à l’encontre de ce fait dans ses directives préalables.

En tout, 213 participantes ont ajouté un commentaire. Diverses questions y étaient abordées :

1) le besoin d’une personne pour soutenir la famille,

2) la préoccupation de ne pouvoir satisfaire les besoins tant des patients que des familles,

3) la peur des conséquences négatives, principalement pour les patients dont les souhaits pourraient ne pas être respectés et pour lesquels une réanimation pourraient se prolonger inutilement

4) le manque de soutien et de préparation.

AK Powers fait ces recommandations pour la pratique : assurer la disponibilité d’un membre ESSF, former tous les membres de l'équipe soignante à la présence d’un proche lors de la RCR et créer des politiques et des protocoles pour faciliter la proposition aux proches. Elle conclut son texte par l’importance, pour les infirmières gestionnaires, de s’attaquer aux obstacles évoqués afin que chaque famille ait la possibilité de recevoir des soins axés sur ses besoins.

Cécile Michaud, inf., Ph. D.

Référence
Powers Kelly A. : Barriers to Family Presence during Resuscitation and Strategies for Improving Nurses’ Invitation to Families. Applied Nursing Research, 2017; 38 : 22–28

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