Effets indésirables des vaccins anti-Covid-19, le recueil laisse à désirer…

La rapidité du développement des vaccins anti-Covid-19 fera date dans l’histoire de la vaccinologie. Alors que l’OMS a déclaré l’état de pandémie le 11 mars 2020, plusieurs vaccins ont été autorisés par les autorités de régulations dès le mois de décembre de la même année. Comme pour tous les autres produits médicaux, la sécurité des vaccins continue à faire l’objet d’une surveillance après leur commercialisation. Ces données viennent compléter celles obtenues pendant le développement clinique et constituent un élément fondamental pour la pharmacovigilance. Plusieurs agences de santé ont mis au point des stratégies pour surveiller la sécurité d’utilisation des vaccins anti-Covid-19.

Une équipe du Royaume-Uni a analysé les éléments recueillis par 13 bases de données réparties dans 8 pays (Australie, France, Allemagne, Japon, Hollande, Espagne, Royaume-Uni et États-Unis). L’objectif était de décrire, dans le contexte épidémiologique, les effets indésirables potentiels associés aux vaccins anti-Covid-19. Au total 15 effets indésirables possibles étaient retenus pour l’analyse.

Grande hétérogénéité en fonction des bases de données

Le premier constat est la très grande variabilité des taux d’effets indésirables selon les bases de données. L’incidence des thromboses veineuses profondes va de 387 pour 100 000 personne-années (PA) au Royaume-Uni à 1 443 pour 100 000 PA dans l’une des bases de données états-uniennes. La fréquence de certains effets indésirables varie aussi avec l’âge, comme par exemple les taux d’infarctus du myocarde chez les hommes, qui augmentent de 28 pour 100 000 PA parmi les 18-34 ans, à 1 400 pour 100 000 PA chez les plus de 82 ans. D’autres effets en revanche sont plus fréquents chez les jeunes. C’est le cas des réactions anaphylactiques, dont le taux est de 78 pour 100 000 PA chez les garçons et adolescents de 6 à 17 ans, et de seulement 8 pour 100 000 PA chez les hommes de plus de 85 ans. Notons que les réactions anaphylactiques, les paralysies de Bell ou les thrombocytopénies immunes sont très rares dans chaque groupe d’âge. Les syndromes de Guillain Barré et de la myélite transverse sont rares dans tous les sous-groupes.

Ce constat souligne la nécessité de classer les effets indésirables des vaccins anti-Covid-19 par âge et par genre. L’importante hétérogénéité constatée selon les bases de données suggère aussi que les taux d’effets indésirables de ces vaccins doivent être analysés par banque de donnée, en tenant compte du contexte ou de l’historique des recueils dans cette même banque de données.

Dr Roseline Péluchon

Références
Xintong Li et coll. : Characterising the background incidence rates of adverse events of special interest for covid-19 vaccines in eight countries: multinational network cohort study. BMJ 2021;373:n1435. doi.org/10.1136/bmj.n1435

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Vos réactions (1)

  • Un titre qui ne reflète pas l'article du BMJ

    Le 21 juin 2021

    La formulation employée par le titre et l'article du JIM me parait ambiguë et ne pas refléter correctement celui du BMJ.

    Ce dernier parle du taux basal attendu dans la population de plusieurs événements indésirables entre 2017 à 2019 et met effectivement en évidence que ces taux varient en fonction des lieux/populations/bases de données utilisées.

    Ces événements font aujourd'hui l'objet d'un suivi renforcé dans le cadre de la campagne vaccinale anti-covid-19 car ils pourraient être liés à la vaccination. L'intérêt de cet article est de montrer que le suivi des événements indésirables associés à la vaccination antiCovid-19 (qui peuvent potentiellement être des effets) doit prendre en compte ces différences dans l'interprétation notamment lors des comparaisons entre les taux observés et les taux attendus de ces événements.
    Le recueil des effets indésirables ne semble pas abordé dans l'article du BMJ.

    JM

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