La meilleure façon de marcher…pour vivre plus longtemps

Il est acquis qu’une activité physique régulière est un des facteurs majeurs d’amélioration ou du maintien d’un état de santé satisfaisant. Le nombre de pas effectué chaque jour est un moyen simple et efficace de quantifier l’activité journalière totale. Mais les recommandations nationales ne mentionnent pas le nombre de pas quotidiens parmi les cibles d’activité et il n’existe qu’un nombre limité d’études ayant porté sur les relations entre nombre de pas journaliers, leur cadence et le devenir clinique ou la mortalité des marcheurs. Des travaux restent, à ce jour, indispensables, pour préciser ces associations, dans des populations diverses selon l’âge, le sexe et l’origine ethnique.

Le nombre de pas plutôt que le rythme

L’activité physique préconisée est généralement de 150 minutes hebdomadaires, avec une intensité allant de modérée à vigoureuse. Récemment, il a été suggéré que le nombre de pas (soit leur quantité) était plus important que leur intensité (soit leur rythme ou cadence) en ce qui concerne la mortalité. AE Paluck et collaborateurs ont conduit une étude prospective chez des adultes d’âge moyen, de noirs et blancs, avec un suivi de la létalité sur plus de 11 ans. Leur objectif était de mieux quantifier l’association entre volume et intensité des pas par jour et la mortalité globale. Les participants collaboraient à l’étude CARDIA (Coronary Artery Risk Developpment in Young Adults) ; la cohorte a inclus, entre 1985-1986, 5 115 jeunes adultes, entre 18 et 30 ans, avec une répartition équilibrée entre les genres et les niveaux d’éducation. Ils ont été revus très régulièrement, la durée moyenne de suivi (SD) étant de 10,8 (0,9) ans. Entre 2005 et 2006, ils ont été dotés, durant 7 jours consécutifs, d’un accéléromètre, de type ACTIGRAPH 71641, afin de quantifier leur déambulation journalière. Les données collectées furent analysées entre 2020 et 2021.

Les participants ont été classés en 3 groupes selon le nombre de pas effectués par jour : déambulation faible avec < 7 000 pas/j, modérée, de l’ordre de 7 000 à 10 000 pas/j ou forte avec ≥ 10 000 pas/j. L’intensité de la marche était appréciée par le pic observé sur 30 minutes ou par le temps passé avec une allure de 100 pas/ minute, voire plus. Le paramètre essentiel analysé a été la mortalité globale, appréciée par des recherches systématiques tous les 5 ans, dans le National Death Index, jusqu’ au 31 Aout 2018. Plusieurs covariables ont été incluses, dont l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, la consommation de tabac et d’alcool, l’indice de masse corporelle (IMC), la qualité du régime alimentaire…In fine, la cohorte d’étude comprenait 2 110 adultes d’âge moyen (45,2) ans lors de la 20e année de l’étude ; il y avait 57,1 % de femmes ; 42,1 % de Noirs.

Ceux du groupe déambulation faible effectuaient en moyenne 5 837 (IQR : 5 166- 6 392) pas journaliers. Ceux du groupe modéré de l’ordre de 8 502 (IQR : 7 822- 9 278) et enfin ceux du groupe intensif, en moyenne, 11 815 (IQR : 10 826- 13 588) pas par jour. De façon statistiquement significative, on retrouvait plus de femmes mais aussi de Noirs dans le premier groupe. Les personnes de ce groupe avaient également plus fréquemment un IMC élevé, un diabète ou une hypertension artérielle. Durant les 22 845 personnes- années de suivi, il y a eu 3,4 % de décès (72/ 2110), essentiellement par cancer (25,0 %) ou par maladie cardiovasculaire (23,6 %).

Après recours à des modèles de Cox multivariables, il est apparu que les participants des groupes moyen ou actif, comparés à ceux de marche réduite, avaient un risque de mortalité moindre, le Hazard Ratio étant à 0,28 (intervalle de confiance à 95 % IC : 0,15- 0,54) avec une différence de risque de 53 (IC : 27-78) pour 1 000 pour le groupe intermédiaire et à 0,45 (IC : 0,25- 0,81), différence de risque 41 (IC : 15- 68) pour 1 000 dans le groupe le plus actif. Ces différences ont été observées dans toutes les classes démographiques étudiées et quel que soit le régime alimentaire suivi. Comparé au premier groupe avec marche réduite, la réduction était patente, tant chez les Noirs (HR : 0,30 ; IC : 0 ,14- 0,63) que chez les Blancs (HR : 0,37 ; IC : 0,17- 0,81) ; elle était aussi observée dans les 2 sexes : HR à 0,28 (IC : 0,12- 0,63) chez les femmes et à 0,42 (IC : 0,20- 0,88) pour les hommes.

Par contre, on ne peut identifier aucune association significative entre risque de mortalité et pic d’intensité de la marche sur une période de 30 minutes (HR : 0,98 ; IC : 0,57- 1,73, entre les 2 quartiles le plus élevé et le plus faible). Il en esy de même quand est pris en compte le temps de marche rapide, à plus de 100 pas par minute (HR : 1,38 ; CI : 0,73- 2,61).

Au moins 7 000 pas par jour

De cette étude d’une cohorte d’individus des 2 sexes, d’âge moyen et d’origine ethnique blanche et noire, il ressort que le nombre de pas effectué par jour est associé au risque de mortalité globale. Effectuer un minimum de 7 000 pas quotidiennement, vs moins, amène une baisse de 50 à 70 % de la mortalité. Point notable, exécuter plus de 10 000 pas par jour n’entraine pas de réduction supplémentaire de la mortalité. Ces conclusions sont à rapprocher de celles de l’étude NHANES qui, sur un collectif de 6 355 individus des 2 sexes, d’âge moyen 57 ans, avait rapporté qu’effectuer entre 8 000 et 12 000 pas par jour, vs 4 000, était associé à une réduction de 50 à 65 % de la mortalité. Des études prospectives restent cependant à venir afin de préciser l’association avec le devenir cardiométabolique ou d’autres éléments cliniques plus précis mais, d’ores et déjà, ces précisions, sur le nombre de pas quotidiens, peuvent avoir des implications majeures sur la prévention et le traitement de plusieurs pathologies chroniques.

Le travail de A E Paluck a plusieurs points forts. Le suivi a été relativement long, de 10,8 ans en moyenne. L’étude CARDIA, sur laquelle il s’est appuyé, a été conduite de façon très méthodique et rigoureuse quant aux mesures effectuées et inclusion de multiples co variables. Elle a ciblé des individus des 2 sexes et d’origine ethnique diverse. A l’inverse, on doit signaler la nature observationnelle du travail, avec donc des conclusions limitées concernant un éventuel lien de causalité. Le nombre de décès, de par le jeune âge des participants, a été faible. Enfin, des biais de sélection ont pu exister et les mesures fournies par l’accéléromètre possiblement sur -estimées.

En conclusion, dans les 2 sexes et aussi bien chez les Blancs que chez les Noirs, à l’âge moyen de la vie, il apparait qu’un nombre de pas quotidiens d’au moins 7 000 est associé à une diminution de la mortalité globale, la vitesse d’exécution de la marche ne semblant pas intervenir.


Dr Pierre Margent

Référence
Paluch A E et coll. : Steps per Day And All-Cause Mortality in Middle-Aged Adults in the Coronary Artery Risk Developpment I n Young Adults Study. JAMA Netw Open. 2021, 4 (9), e : 2124516.

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Vos réactions (4)

  • Et en cas d’activité plus faible ?

    Le 15 octobre 2021

    Le groupe « activité faible » effectue en moyenne 5 837 pas par jour (IQR : 5 166-6 392), ce qui est déjà « pas mal » (proche de la recommandation de 6000 pas fournie par certaines app) et probablement beaucoup plus qu’une bonne partie de la population générale de jeunes adultes n’ayant pas participé à cette étude prospective.

    Cette étude montre qu’il existe un plafond assez facilement atteignable pour les bienfaits de la marche, mais y a-t-il un seuil bas en deçà duquel les risques s’accroissent exagérément (explosent) ? Ce qu’on risque de ne jamais vraiment savoir, puisque les études sur les effets délétères de l’inactivité sont éthiquement discutables.

    Dr Pierre Blanié

  • L'art d'enfoncer les portes ouvertes

    Le 16 octobre 2021

    Il y a plus de vingt ans que l'on sait grâce à une collection considérable de travaux de toutes sortes que le bénéfice de l'activité physique est dose-dépendant. Il est souhaitable de pratiquer des types différents d'exercices, associant endurance, renforcement musculaire, souplesse, coordination... Et pas uniquement de la marche ou du jogging.

    Sauf cas d'activité extra-physiologique (surcharges majeures, dopage...) - et encore, si on regarde les enquêtes rétrospectives sur les participants au Tour de France ou aux JO qui ont des vies en moyenne nettement plus longues que leurs contemporains, après ajustement en fonction des facteurs associés.

    Ce bénéfice va bien au-delà d'un simple retard de mortalité (et oui, jusqu'à nouvel ordre, on ne réduit pas la mortalité, on ne peut que la retarder), avec une protection contre de nombreuses pathologies. Et, là encore, la seule pathologie dont il semble sûr qu'elle soit accrue par une activité physique importante et régulière sur le long terme, c'est l'ACFA. Aucun impact rhumatologique sinon protecteur, contrairement à toutes les idées reçues fermement ancrées dans la plupart des crânes.
    Et tout ça, encore une fois, est connu depuis bien longtemps.

    Dr Jean-Paul Huisman

  • Correlation

    Le 17 octobre 2021

    Un résultat assez évident :
    Le nombre de pas est certainement fortement corrélé aux autres facteurs de risque.
    Peu de patients obèses marchent beaucoup. Le fait de marcher peu n'est pas nécessairement de la volonté du patient : certains marchent peu parce qu'ils ne le peuvent pas.
    Cette étude n'est pas strictement observationnelle : les patients savent qu'ils sont inclus dans une étude sur le nombre de pas: ils sont donc incités à les augmenter, même si on ne leur a pas directement demandé de le faire.
    Il manque donc une mesure de l'évolution du nombre dépasse sur la durée pour voir si elle est corrélée à quelque chose.
    Le but de cette étude, il faut quand même le rappeler(?), est de savoir si le nombre de pas est un facteur contrôlable (facilement et en plus gratuit) qui réduit le risque si on le modifie, pas juste de trouver un facteur prédictif supplémentaire.
    Une intervention sur 2 groupes : forcément en ouvert, aurait peut être permis de répondre.
    Dans les années 1980 (moi) on enseignait que le seul facteur prédictif de survie d'une fracture du col du fémur était la possibilité de mise au fauteuil en post opératoire (et pas la reprise de la marche). Certes. Si vous allez tellement mal en post opératoire qu'on ne peut vous mettre au fauteuil , quelque soit la cause: chirurgicale : douleur, défaillance mécanique, infection... ou médicale : complication générale sévère... vous avez peu de chance de survie. En même temps cette notion a renforcé la conviction de l'importance du nursing en post opératoire.

    Dr Jean-Roger Werther

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