S’il y a de l’ARN de SARS-CoV-2 dans le sang

Le matériel génétique du SARS-CoV-2 est parfois détecté dans le sang de patients atteints de la Covid-19 : il ne s’agit pas du virus vivant bien sûr, mais de son ARN, ce qui conduit tout de même à évoquer une virémie qui pourrait jouer un rôle dans la propagation de l’infection vers ses organes-cibles à partir de sa porte d’entrée respiratoire. Quels en est le risque et le pronostic ?

C’est à ces questions que tente de répondre une étude de cohorte longitudinale chinoise dans laquelle ont été inclus 192 patients atteints d’une forme sévère de la maladie participant tous à l’essai intitulé LOTUS (Lopinavir Trial for Suppression of SARS-Cov-2). Le mARN viral a été détecté une première fois dans le plasma de 71 participants (37 %) par RT-PCR, en moyenne 12,1 jours après le début de l’infection. Dans quelques cas, ce signe est apparu dès le 5ème jour pour persister, dans d’autres cas, jusqu’au 30ème jour.

Cette virémie a été positivement et significativement corrélée à la charge virale basale mesurée sur les prélèvements nasopharyngés et anaux (respectivement r = 0,34 ; p < 0,001) et r = 0,29 ; p < 0,001). Deux facteurs indépendants se sont avérés prédictifs de cette virémie : la sévérité de la maladie à l’état basal et l’exposition à une corticothérapie au long cours avant l’hospitalisation du fait d’une maladie chronique préexistante. En analyse univariée, le risque associé à ce traitement antérieur a été estimé être multiplié par 5 (odds ratio (OR) 5,00 ; intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 1,21- 20,59).

C’est mauvais signe

Une analyse multivariée a été conduite en procédant à des ajustements multiples qui ont pris en compte l’âge, le sexe, la sévérité clinique de la maladie (échelle ordinale à sept niveaux), les comorbidités, les traitements antiviraux reçus pendant l’hospitalisation et la corticothérapie administrée avant ou pendant cette dernière. La présence de l’ARN viral dans le plasma a été associée à un pronostic péjoratif en termes d’hospitalisation, de recours à la ventilation assistée, d’admission en unité de soins intensifs ou encore de mortalité hospitalière. Il en a été de même pour le risque d’insuffisance rénale aiguë ou de syndrome de détresse respiratoire aiguë qui a été multiplié par plus de dix.

Cette petite étude longitudinale attire l’attention sur la valeur pronostique qu’il conviendrait d’attribuer à la détection de l’ARN du SARS-Cov-2, mais elle ne permet pas de conclure à l’existence d’une virémie stricto sensu : le virus vivant n’a jamais été isolé dans ce milieu biologique. Rien ne prouve qu’il puisse se disséminer ainsi pour atteindre ses organes-cibles, même si l’hypothèse n’a rien d’invraisemblable, d’autant que dans cette petite série, la prévalence de ce signe biologique atteint 37 %.

Une corticothérapie au long cours administrée avant la survenue de la Covid-19 apparaît comme un facteur de risque indépendant qui favoriserait le passage du matériel génétique viral dans le plasma. D’autres études prospectives sont clairement nécessaires pour mieux appréhender les mécanismes présidant à ce désordre biologique de mauvais aloi.

Dr Philippe Tellier

Référence
Li H et coll. : Risk Factors of Viral RNAaemia and Its Association With Clinical Prognosis Among Patients With Severe COVID-19. Chest 2021 ; 159 (4) : 1382-1386. doi: 10.1016/j.chest.2020.11.071.

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Vos réactions (2)

  • ARNm plasmatique et vaccin

    Le 06 mai 2021

    Des recherches ont elles été réalisées chez les vaccinés par ARNm, y a t il une possibilité de présence d'ARNm plasmatique post vaccinal, et quel en serait le risque ?

    Dr G Boukobza

  • Intéressant mais un peu court !

    Le 07 mai 2021

    On sait désormais que la Chine, bien qu'ayant déclenché un dispositif colossal et colossalement sévère et autoritaire, avoue avec un regard condescendant appuyé vers l'Occident, un nombre de patients extrêmement faible, ce qui n'a pas manqué de surprendre le même Occident et de provoquer une interrogation amusée et sceptique.

    Bienvenue à cette étude qui pourrait être intéressante, à condition d'avoir une suite car, à l'échelle du pays en question, la cohorte de 192 malades est un peu maigre pour y examiner autant de critères. ...Mais c'est vrai qu'ils ont eu si peu de malades.....!

    H.Tilly

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