Vaccin anti-Covid-19, où en sommes-nous ?

Chaque semaine l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fait le point sur l'état d'avancée du développement clinique des vaccins anti-Covid-19.

Ainsi en date du 29 juin, l'OMS note que 16 candidats vaccins sont désormais en phase clinique tandis que le chiffre impressionnant de 132 sont en phase pré-clinique.

Les vaccins en phase clinique ont été développés selon 4 mécanismes :
  1. à partir du SARS-CoV-2 inactivé,
  2. à partir de l'ARN (au nombre de 5) ou de l'ADN déduit (au nombre de 2) ,
  3. à partir de fragment génomique transféré dans un vecteur viral ou bien encore à partir
  4. d'une glycoprotéine virale dont la capacité immunogénique a été renforcée par un adjuvant.
Les instituts de recherche et les firmes pharmaceutiques travaillant sur les vaccins issus de l'ARN ou de l'ADN peuvent être les plus rapides à obtenir un vaccin car leur technologie ne nécessite aucune étape de fermentation ou de culture comme cela est requis dans le cas des vaccins obtenus après inactivation du virus. Ensuite l'obtention d'un vaccin à partir de sous-unité virale peut également être rapide. Dans cette compétition les laboratoires qui avaient travaillé sur un vaccin lors des épidémies de Sars et de Mers sont en avance...

Les vaccins de type ARN

Le vaccin ARN dont le développement est le plus avancé est celui de la firme de biotechnologie américaine Moderna : l'ARN messager est celui de la protéine spike encapsulé dans des nanoparticules lipidiques et qui, chez l'homme, va entraîner une réponse immune après que la machinerie cellulaire aura fabriqué, à partir de cet ARN viral, la protéine spike. A ce jour il n'y a pas de vaccin de ce type ARN sur le marché : les résultats sur la capacité immunogénique de ce vaccin anti-Covid-19 sont donc attendus avec impatience. BioN Tech et Pfizer ont également annoncé le développement clinique d’un même type de vaccins (BioNTech en ayant l'expérience dans le domaine du cancer). Imperial college, l'armée chinoise en partenariat avec Walvax Biotech, et Curevac ont également annoncé des essais cliniques avec ce type de vaccin. Par ailleurs, 15 vaccins ayant recours à ce type de technologie sont en phase pré-clinique.

Les vaccins de type ADN

Un vaccin ADN (codant pour la protéine spike) est en développement par les laboratoires Inovio Pharmaceuticals (avec une technique d'électroporation déjà utilisée par ce labo pour un vaccin développé dans le cadre du Mers). Les vaccins de type ADN présentent généralement une forte sécurité mais à ce jour aucun n'a franchi l'étape de mise sur le marché en raison d'une réponse immune obtenue de faible niveau. A noter que quelques-uns ont été autorisés dans le domaine vétérinaire. A ce jour 11 autres vaccins de type ADN sont en phase pré-clinique.

Les vaccins inactivés

Il s'agit d'une technologie ancienne utilisée avec succès pour de nombreuses maladies : poliomyélite, rage, hépatite A...

Néanmoins le développement en est lent du fait des procédures d'inactivation elles-mêmes et des grandes précautions de sécurité requises lors de la manipulation de ce pathogène de niveau 3. Sinovac à Pékin développe ce type de vaccins et a rapporté le mois dernier l'obtention d'une réponse immune avec production d'anticorps neutralisants après injection du vaccin chez les rongeurs et chez le singe Macaque.

Les vaccins utilisant un vecteur viral

L'université d'Oxford a développé un vaccin utilisant un adénovirus atténué et dans le génome duquel a été insérée une partie du génome du SARS-CoV-2 codant pour la protéine spike du virus. Les résultats préliminaires montrent que les six singes vaccinés ne développent pas la maladie au niveau des poumons mais leur charge virale au niveau nasal reste à un taux similaire à celle des singes non vaccinés suggérant que ce vaccin prévient le développement de la maladie chez ceux qui seraient vaccinés mais non sa propagation. De tels résultats rappellent ceux obtenus avec le vaccin acellulaire contre la coqueluche.

Il existe au moins douze autres vaccins utilisant un vecteur viral en phase pré-clinique actuellement.

Les vaccins utilisant le SARS-CoV-2 atténué

Ce type de vaccins est utilisé depuis longtemps: c'est le cas par exemple de celui contre la fièvre jaune depuis 1930 ou de celui contre la rougeole. Dans le cas du SARS-CoV-2 il présenterait l'avantage de pouvoir être administré par voie nasale. Le processus d'atténuation pourrait avoir recours à des cultures en milieu suboptimal comme classiquement ou bien pourrait utiliser la nouvelle technique de dissection biomoléculaire CRISP qui aurait pour but de modifier le génome du virus pour le rendre plus immunogénique mais incapable de provoquer la maladie.

Néanmoins manipuler le génome du SARS-CoV-2 n'est pas chose aisée du fait de la longueur de celui-ci. Enfin il faut rappeler que ce type de vaccins ne peut être utilisé chez les sujets immunodéprimés du fait du risque alors de voir apparaître la maladie. Codagénix en partenariat avec le serum institute of India a un vaccin de ce type en développement mais non encore en phase clinique. Selon la même technologie cette firme développe en clinique un vaccin contre la grippe et aussi en phase pré-clinique des vaccins contre le virus Zika, contre la dengue et contre le virus syncitial respiratoire.

Les vaccins utilisant des sous-unités protéiques du virus

Ce type de vaccins utilise la protéine spike du virus empaquetée dans des nanoparticules en présence d'un immunoadjuvant. Le laboratoire australien Novavax a commencé les essais cliniques. Une coopération entre les laboratoires GSK, Clover pharmaceuticals et Dynavax a permis le passage en phase clinique d'un deuxième vaccin de ce type.

Cette technologie qui ne nécessite pas de manipulation virale est largement plébiscitée puisqu'au moins 50 vaccins de ce type sont en développement pré-clinique.

Autre approche : les virus like particles

Enfin l'OMS signale le développement de vaccins utilisant des composés rappelant la structure du virus dits ''virus-like particules''(VLP) sans en avoir la pathogénicité. Un tel vaccin employant une particule du virus de l'hépatite B du canard est en cours de développement par Artes Biotechnology. Medicago développe également ce type de vaccins, à partir de VLP dérivées de plantes, contre la grippe, les rotavirus et les norovirus en phase clinique et très prochainement contre le SARS-CoV-2.

Ainsi, on le voit, la compétition est rude dans ce domaine où les étapes de sécurité restent des plus importantes s'agissant en particulier du type de réponse immune engendrée (qui dans certains cas pourrait augmenter la gravité de la maladie future au lieu de la prévenir). Il est possible que plusieurs des vaccins que nous avons mentionnés reçoivent leur autorisation concomitamment posant ensuite la question du choix des personnes à vacciner prioritairement et d'autre part de la production à très large échelle.

Dr Sylvia Bellucci

Référence
King A : Explainer: how is the vaccine pipeline for Covid-19 looking? Chemistry world du 30 juin 2020. Nature briefing, 1er juillet 2020.

Copyright © http://www.jim.fr

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Vos réactions (4)

  • Simple, clair, bien écrit

    Le 11 juillet 2020

    Merci pour cet article remarquablement bien écrit : simple, documenté et clair.
    Autant dire des qualités rares dans cette jungle d'articles qui nous tombe sur la tête chaque jour depuis Février, presque tous plus alarmistes les uns que les autres, plus souvent orientés vers le "bashing" de tout ce qui sort du politiquement correct.
    Simple, factuel, précis.

    Dr Jean-François Michel

  • Aluminium ?

    Le 11 juillet 2020

    J'espère que les concepteurs des vaccins n'y mettront pas d'aluminium.

    Dr Joël Delannoy

  • Espoir et règlements

    Le 15 juillet 2020

    On voit dans cet article les merveilles attendues du processus de vaccination et les déceptions, les dangers.
    En revanche on ne retrouve pas la moindre explication au délai de 20 mois pour obtenir un vaccin !
    En effet la partie au fond la plus délicate est celle de la phase 1 et 2 au moment où avant les grandes études double aveugle contre placebo on observe des phénomènes logiques pas toujours reproductibles mais basés sur ce que l’on sait de la biologie et de l’immunologie surtout.
    Or il semble que l’on ait guère avancé depuis les pionniers ...

    Or c’est de ces tâtonnements que va sortir le graal et pas du tout de la phase 3 qui elle est longue du fait de la difficulté de comparer des malades et de définir quels critères utiliser s'àgissant d’une maladie bénigne le nombre d’hospitalisation ou de mort paraît d’emblée à exclure sauf à s’exposer à attendre des milliers de cas dans chaque bras ce qui coûte un bras !

    Donc on va utiliser des critères plus subtils tels le nombre de jours d’arrêts de maladie et là surprise pour la grippe on se rend compte que pour qu’il n’y ait pas trop de morts parmi les sujets âges il faut que les sujets jeunes tombent malades naturellement ou de manière naturelle et que selon les tranches d’âge le bénéfice actuellement de la vaccination contre la grippe n’est pas acquis en dessous de 65 ans et peut être même certaines années en dessous de 75 ou 85 ce qui revient à dire qu’il ne faudra pas un mais plusieurs vaccins un pour chaque tranche d’âge par exemple un virus atténué vivant chez les enfants par voie nasale (il y a rien de mieux que la voie par laquelle le pathogène entre naturellement un ARN crispé chez les immunodéprimés en deux ou trois injections (c’est madame Bachelot qui va être contente à son âge elle devra s’en injecter trois pour une bonne persistance des anticorps).
    Et il faudra surtout trouver les contre indications aux divers vaccins parmi les immunodefaillants pour que ces derniers soient protégés par une immunité de groupe qui ne sera acquise que lorsque 66% à 100% des gens seront soit vaccinés soit avec un taux d’igg conséquent (à faire avant toute vaccination sous peine de s’exposer au phénomène très inquiétant de survaccination délétère de la dengue, du Zika et de la typhoïde et peut être de la grippe mais de cela on n’a guère le droit de parler sans preuve que personne n’a les moyens d’apporter mais le sentiment courant des soignants est que les successions de vaccinations anti grippe chez les soignants entraîne un état pathologique qui fait qualifier cette vaccination d’altruiste au point qu’un certain nombre refusent de se vacciner alors même qu’il est prouvé que vacciner l’entourage est infiniment plus utile que vacciner les Plus vieux résidents que l’on veut protéger.

    Dr François Roche

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