Vaccins anti Covid-19 à ARN messager : quels effets sur la peau ?

Depuis la mise à disposition en décembre 2020 aux Etats-Unis des vaccins anti-Covid-19 à ARN messager (de Pfizer et Moderna), la survenue de diverses réactions cutanées après les injections a été rapportée. Cependant ces manifestations dermatologiques ne sont pas bien définies.

Pour tenter de mieux les caractériser et afin d’aider les praticiens à les reconnaître, tous les cas de réactions cutanées après vaccination à ARNm répertoriés sur un registre entre décembre 2020 et février 2021 ont été examinés. Au total 414 signalements ont été retenus, dont 83 % après vaccin Moderna et 17 % après le vaccin Pfizer (ce dernier ayant été moins souvent utilisé au début de la campagne de vaccination).

Des réactions d’hypersensibilité, des pseudo-engelures, des exanthèmes et des œdèmes post filler

L’âge médian des patients est de 44 ans (36 à 59 ans) et 90 % sont des femmes, 78 % des blancs (les sujets venant principalement [98 %] des USA).

Outre les réactions au point d’injection, la manifestation cutanée la plus fréquente est une réaction cutanée retardée (de type urticaire, angioœdème, éruption morbilliforme) apparue après une médiane de 7 jours après la première dose principalement après le vaccin Moderna (44 % des cas). Les réactions après la seconde dose apparaissent plus rapidement en médiane 2 jours après l’injection et sont généralement moins importantes. Le mécanisme d’apparition de ces signes dermatologiques n’est pas clair, mais une hypersensibilité retardée au polyéthylène glycol, excipient du vaccin Moderna est peut-être en cause. Les corticoïdes locaux, les antihistaminiques oraux et antalgiques ont eu raison de tous ces symptômes. Il est à noter que les patients concernés lors d’une première dose n’ont pas eu de manifestations ni de signes d’allergie plus sévères lors de la seconde.

D’autres lésions dermatologiques ont été observées après les vaccins Moderna et Pfizer, similaires à celles constatées après l’infection par SARS-CoV-2 elle-même, y compris pseudo engelures, érythromélalgie et exanthèmes pityriasis-rosé like. Ces lésions considérées comme traduisant la réponse immunologique au virus plutôt que les effets du virus lui-même semblent donc être reproduites par la vaccination.

Enfin de rares cas d’œdème du visage ont été observés après injections du vaccin Moderna ou Pfizer. Ils ont été associés à l’utilisation antérieure de produits de comblement injectables. Ce phénomène pourrait là encore représenter une hypersensibilité retardée au produit de comblement déclenchée par la stimulation immunologique représentée par le vaccin. Des réactions semblables avaient déjà été notées dans d’autres maladies virales et avec le vaccin contre la grippe.

Peut-on faire la deuxième injection ?

Il est important de distinguer les réactions d’hypersensibilité immédiate (prurit, urticaire, flush, angioœdème) survenant dans les quatre heures après l’injection de réactions similaires survenant plus de 4 heures après, les premières contre-indiquant la réalisation d’une seconde injection. Or dans ce registre aucune des réactions d’urticaire ou d’angioœdème ne s’est manifestée le même jour que l’injection. Sur les 18 patients ayant développé une urticaire après la première dose et pour lesquels on disposait de renseignements sur l’évolution après la deuxième injection, seuls 4 ont eu à nouveau de l’urticaire après cette deuxième dose. Par ailleurs il est possible que les symptômes allergiques signalés ne représentent pas une allergie au vaccin mais là encore une réponse immune liée à l’hôte voire à une réaction immunologique provoquée par la prise d’AINS pour des douleurs ou une fièvre post vaccinale.

Les limites de cette étude sont qu’elle est basée sur un registre qui a essentiellement répertorié les réactions liées à une première injection et qu’elle ne permet pas d’évaluer l’incidence de ces manifestations eu égard à de nombreux biais liés à la population concernée (professionnels de santé majoritairement des femmes), le type de vaccin employé (le plus souvent Moderna).

Quoi qu’il en soit ces données suggèrent que les réactions cutanées liées aux vaccins anti Covid-19 à ARN m sont généralement de faible intensité et auto-limitées et qu’elles ne doivent pas empêcher la vaccination. Des réactions survenant 4 heures après une première dose ne sont pas retenues comme une contre-indication à la deuxième injection.

Dr Marie-Line Barbet

Référence
McMahon DE et coll. : Cutaneous reactions reported after Moderna and Pfizer COVID-19vaccination: A registry-based study of 414 cases. J Am Acad Dermatol., 2021 ; publication avancée en ligne le 7 avril. doi.org/10.1016/j.jaad.2021.03.092

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