Variant anglais : pas plus pathogène chez l’enfant ?

Jusqu’à présent on a considéré que les enfants jouaient un rôle modeste dans la transmission du SARS-CoV-2 et qu’ils faisaient rarement des formes sévères de Covid-19, deux raisons médicales qui ont poussé à ré-ouvrir les écoles après le premier confinement. Les variants d’intérêt actuels du SARS-CoV-2 ont un avantage compétitif sur le virus originel qui se traduit par leur plus grande transmissibilité. Donnent-ils aussi plus de formes sévères de Covid-19 chez les enfants et les adolescents ?

Une lettre à l’éditeur du Lancet Child & Adolescent Health compare les patients de ≤ 18 ans positifs au SARS-CoV-2 hospitalisés dans un hôpital de Londres durant la 1ère vague de l’épidémie, du 1/03 au 31/05/2020, et durant la 2e vague, du 1/11/2020 au 19/01/2021, où la prévalence locale du variant B.1.1.7., dit variant anglais, a atteint 70 % en janvier 2021.

Trois fois plus d’admissions mais la proportion de formes graves n’est pas plus élevée

Les patients avaient des caractéristiques démographiques et socio-économiques et des taux de comorbidités similaires au cours des deux périodes. Les virus détectés durant la 2e période n’ont été ni « criblés » ni séquencés.

Le nombre d’admissions a triplé durant la 2e période (60 vs 20 lors de la 1ère période), mais cela peut être dû à la plus grande circulation du SARS-CoV-2.

La proportion de formes respiratoires sévères à critiques n’a pas été plus élevée durant la 2e période (8 %, vs 25 % lors de la 1ère période). Les oxygénothérapies et les ventilations assistées, invasives ou non, ont été moins nombreuses et les corticoïdes ont été introduits dans le traitement (5/60). Il n’y a pas eu de décès durant les deux périodes.

Au total, la notion de rareté des formes respiratoires sévères à critiques de la Covid-19 chez les enfants et les adolescents ne semble pas remise en question par la propagation du variant B.1.1.7. dans la population.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Brookman S et coll. : Effect of the new SARS-CoV-2 variant on children and young people. Lancet Child Adolesc Health., 2021 ; publication avancée en ligne le 10 février. Doi:A0.1010/S2352-4642(21)00030-4

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Vos réactions (2)

  • Un démenti plus qu’une démonstration

    Le 17 février 2021

    Merci au Dr JM Retbi de suivre à nouveau l’actualité Covid pédiatrique en analysant cette courte correspondance uni-centrique du King’s College, dépourvue d’analyse STATISTIQUE
    Elle me semble très préliminaire, princeps et mérite d’être contextualisée comme le suggère:

    1- Le poids et la Contagiosité …. De la RUMEUR :
    Cette publication répond possiblement «dans l’urgence», pour les démentir, aux médiatisations alarmantes et anxiogênes sur l’hypothêtique plus grande sévérité de la «V1» chez l’enfant par rapport au «V0» 2020
    La confusion entre plus grande contagiosité avérée et plus grande pathogénicité supposée ou fantasmée serait compréhensible.

    2- Les deux PERIODES analysées sont TRES DIFFERENTES :
    • En terme de saisonnalité pédiatrique et pathologies attendues : Mars – Avril – Mai 2020 versus Nov – Dec – Janv où VRS , Rotavirus , Invaginations sont attendus sans être probablement rétrouvés la-bas comme ici pour des raisons déjà détaillées;
    Les MOTIFS d’hospitalisations ne sont pas précisés

    • Début 2020 peu testant versus Début 2021 avec ainsi des STRATEGIES TESTANTES forts différentes : Seules les PCR POSITIVES sont rétenues sur ces 2 périodes , laissant au passage et à nouveau les quelques «Kawa-post Covid» post infectieux sous le radar. Notons le taux d’asymptomatiques qui passe de 10 à 33%

    • Comme indiqué , les choix thérapeutiques ont évolués sur les 2 périodes (ventilation invasive , corticothérapie , Remdisivir) sans interférer avec une mortalité nulle : L’enfant anglais est inclus dans RECOVERY depuis le 24/4/2020 (V5.0)

    3- Où sont passés les «Kawa-post Covid» , les «Neuro- Covid» post infectieux ?
    Ils ont disparus et alors pourquoi ? Ou « patience » ?
    Ils avaient été bien décrits en Angleterre puis partout ailleurs, hors asie :

    Riphagen S ,Gomez X, Gonzalez-Martinez C et coll . Hyperinflammatory shock in children during COVID-19 pandemic . Lancet. 2020 May 23 Vol 395, Issue 10237 : 1607-1608 N=8 Mi-Avril 2020
    Whittaker E, Bamford A, Kenny J et coll . Clinical Characteristics of 58 Children With a Pediatric Inflammatory Multisystem Syndrome Temporally Associated With SARS-CoV-2 . JAMA. 2020 Jun 8 ; 324(3):259-269 doi:10.1001/jama.2020.10369 N=58 23/3 - 16/5/2020

    Davies P, Evans C, Kanthimathinathan HK et coll . Intensive care admissions of children with paediatric inflammatory multisystem syndrome temporally associated with SARS-CoV-2 (PIMS-TS) in the UK: a multicentre observational study . Lancet Child Adolesc Health. 2020 Jul 9 ;S2352-4642(20)30215-7 doi:10.1016/S2352-4642(20)30215-7
    N=78 23 Réa UK 1/4 - 10/5/2020

    Abdel-Mannan O, Eyre M, Löbel U et coll . Neurologic and Radiographic Findings Associated With COVID-19 Infection in Children . JAMA Neurol. 2020 Jul1;77(11):1440–1445 doi:10.1001/jamaneurol.2020.2687 N= 4 Londres 1/3 - 8/5/2020

    4- L’impact des rumeurs , constats ou approximations sur la SCOLARITE , le développement mais aussi l’EMPLOI a été n fois analysé avec des conclusions pratiques différentes.
    Les incertitudes persistantes sur la place de l’enfant dans la dynamique de transmission autorisent tous les points de vue.
    Certains argumentaires publiés résistent difficilement à la lecture critique, aussi louable que soit le but initial des auteurs (Cf JIM 15/01/2021 : « Et voilà pourquoi il faudrait laisser les écoles ouvertes ! ») :

    Ludvigsson JF, Engerström L, Nordenhäll C et coll . Open Schools, Covid-19, and Child and Teacher Morbidity in Sweden. N Engl J Med. 2021 Jan 6. doi:10.1056/NEJMc2026670
    cf Jim Publié 21/01/2021 "Unanime sur l’inéluctabilité d’un confinement, le corps médical divisé sur ses conditions" : 3points de vue radicalement différents sur le seul axe "PARIS-CRETEIL" ....

    A suivre donc, à l’issue de ce travail très préliminaire qui me semble être un démenti plus qu’une démonstration.

    Dr JP Bonnet

  • Le variant anglais c'est Bojo

    Le 18 février 2021

    La gestion catastrophique de la pandémie par les très conservateurs type Trump, Bolsonaro ou Bojo l'echevelé ont abouti à une catastrophe sanitaire. Mais Bojo a trouvé une parade : si son peuple est décimé, ce n'est pas parce qu'il avait refusé pour des raisons idéologiques d'imposer les mesures-barrières de base, c'est parce qu'il y a un variant anglais plus virulent et qui s'attaque aux enfants tel le grand méchant loup. C'est d'ailleurs Bojo lui-même qui en a annoncé l'existence, et non les chercheurs britanniques, et tous nos médiateux audiovirtuels se sont jetés sur cette occasion de faire bu buzz anxiogène ... ce qui fait qu'aujourd'hui, plutôt que de se dédire devant une évidence scientifique, ils jouent les étonnés devant l'absence de cohérence entre leurs annonces catastrophistes et la réalité.

    Dr Pierre Baque

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