2021 : année des vaccins. 2022 : année des antiviraux ?

Amsterdam, le mardi 26 octobre 2021 – Il y a exactement un an, nous découvrions que la Chine commençait une vaccination de masse contre la Covid et que plusieurs grandes firmes pharmaceutiques internationales étaient sur le point de mettre sur le marché des sérums contre le SARS-CoV-2.

Un an et 6 milliards de doses administrées plus tard, l'Agence européenne des médicaments a annoncé, ce lundi, le lancement de l'examen accéléré du molnupiravir, un antiviral expérimental initialement développé contre la grippe et le VHC par le laboratoire Merck.

L’examen par les autorités sanitaires européennes de ce traitement per os fait suite à celui de la FDA qui a commencé il y a une dizaine de jours (mais dont les conclusions ne sont pas encore connues).

L’enthousiasme autour de cette molécule fait suite à un communiqué du laboratoire sur les résultats encourageants d’un essai de phase 3 (non encore publié).

Diminution de 50 % du risque d’hospitalisation

Celui-ci aurait mis en évidence que 7,3 % des patients qui ont reçu du molnupiravir ont été hospitalisés au 29e jour suivant la randomisation (28/385), comparativement à 14,1 % des patients traités par placebo (53/377). Au jour 29, aucun décès n'a été signalé chez les patients ayant reçu du molnupiravir, contre 8 décès (2,1 %) dans le groupe témoin.

In vitro, cette molécule, de la même famille que la ribavirine, serait 100 fois plus efficace pour inhiber le virus que cette dernière (1) !

Si ces résultats se confirmaient et que les agences l’autorisent, il pourrait donc trouver toute sa place dans la prise en charge précoce des patients (le plus tôt possible au moment de la phase de réplication virale) étant la première molécule du genre officiellement reconnue.

Merck est par ailleurs également en train de mener un essai clinique distinct pour une seconde utilisation du traitement, à titre prophylactique.

Des effets secondaires potentiellement graves ?

Mais attention, la même étude que celle citée plus haut, prévient « les risques pour l'hôte peuvent ne pas être nuls et ces risques doivent être soigneusement évalués lors de la mise en œuvre de thérapies qui, par nature, sont conçues pour modifier la capacité de codage du matériel génétique d'un virus. L'évaluation de l'utilité de ce médicament doit se faire chez les personnes susceptibles d'en tirer le plus grand bénéfice, avec une surveillance permettant d'évaluer les effets secondaires génotoxiques potentiels à long terme ».

Plusieurs antiviraux dans les starting-blocks

Mais le molnupiravir est loin d’être le seul antiviral en dernière phase de développement et d’évaluation. Ainsi, les laboratoires Atea Pharmaceuticals et Roche étudient l’efficacité d’un antiviral oral appelé AT-527, tandis que les laboratoires Pfizer ont annoncé fin septembre avoir commencé un essai clinique de grande ampleur portant sur son antiviral anti-Covid, qui répond au nom de "PF-07321332".

Dans ce panel qui s’élargit peu à peu et qui pourrait faire de l’année 2022 celle des antiviraux contre la Covid, on peut regretter, néanmoins, qu’aucune molécule de « repositionnement » ne soit parvenue à trouver sa place (et notamment le fameux clofoctol dont l’essai est en suspens, faute d’un nombre suffisant de participants).

Notons pour finir, l’enthousiasme affiché de Merck, qui sans attendre l'homologation américaine ou européenne prévoit déjà la fabrication de 10 millions de comprimés d'ici à la fin 2021…Comme un air de déjà vu…

F.H.

Référence
1.S.Zhou et coll. : β-d-N4-hydroxycytidine Inhibits SARS-CoV-2 Through Lethal Mutagenesis But Is Also Mutagenic To Mammalian Cells. The Journal of Infectious Diseases, 224, 3, 1, 415–419. https://doi.org/10.1093/infdis/jiab247

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