« On ne fait pas l’attractivité hospitalière avec des statuts »

La réforme du statut unique des PH du 5 février 2022 suscite de nombreuses réactions et inquiétudes. Elle touche la prime de solidarité territoriale (PST), les différents statuts des praticiens mais réglera-t-elle le problème de la crise de l’hôpital ? Lui rendra-t-elle son attractivité ?

« On ne fait pas l’attractivité hospitalière avec des statuts » Quentin Poitou, directeur des affaires médicales et générales au Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, est affirmatif. À ces mots Raphaël Briot, médecin anesthésiste-réanimateur bondit de sa chaise et rétorque avec véhémence « vous n’avez pas connu 2002 jeune homme. Il y a 20 ans je l’ai vécu il y a eu une modification des statuts, on a pu avoir le bordage de 48h… et je vous assure que cela a fait un courant d’air vers l’hôpital public. Dans mon service d’anesthésie nous avons eu 7 postes. Nous avons siphonné les cliniques. Ils nous en voulaient d’ailleurs… Les modifications statutaires ont vraiment impulsé de l’énergie donc ne dites pas que le statut ne peut pas… je vous assure que si ».

Si la réforme des statuts PH semble une réponse à la désertion de l’hôpital, elle est source d’inquiétude quand à ses résultats sur le long terme et est l’objet d’échange lors de la table ronde du SNPHARE le 17 juin. Pour Souhayl Dahmani, Chef du service d'anesthésie à l'hôpital Robert-Debré, cela reste « à manier avec délicatesse. Il faut trouver où placer le curseur pour garder une certaine unité du service ».

"Je pense qu’il faut trouver des solutions pour faire en sorte que les gens s’y retrouvent à l’hôpital, qu’ils y soient à nouveau bien"

Pour la présidente du SNPHARE, Emmanuelle Durand, la réforme « ne répond pas au besoin de l’hôpital pour les nouvelles générations. Il faudrait garder une qualité de soin, que les jeunes générations ne fuient pas l’hôpital ». En effet au lieu de sanctuariser les temps pleins, on permet aux praticiens d’avoir un temps partiel pour exercer dans des cliniques privées. Comme si on leur disait ça va être atroce à l’hôpital mais ne vous inquiétez pas, vous pourrez exercer ailleurs et gagner plus.

« Je pense qu’il faut trouver des solutions pour faire en sorte que les gens s’y retrouvent à l’hôpital, qu’ils y soient à nouveau bien. Pendant mes études, je me suis rendu compte que l’hôpital c’était génial car à l’époque l’hôpital ca l’était. Je pense, je pensais en tout cas que j’avais la chance de faire une carrière hospitalière à plein temps. Maintenant ce qu’on nomme attractivité du statut c’est de pouvoir en sortir. Venez comme PH comme cela vous pourrez faire des choses en dehors. Nous n'avons pas parlé du contenu de l’intérieur du travail. Cela interroge » exprime Anne Wermet ancienne présidente du SNPHARE.

"Vous arrêtez demain l’intérim, vous allez avoir des gens qui vont être au chômage et ils vont revenir. "

Autre problème soulevé la question de l’intérim. « Vous arrêtez demain l’intérim, vous allez avoir des gens qui vont être au chômage et ils vont revenir. Cela va être instantané, vous faites ca vendredi, lundi vous avez des candidatures partout et on a réglé le problème. La seule chose qu’il faut avoir le courage de le faire. » exprime le Pr Souhayl Dahmani, pour qui l’intérim « devrait être interdit »

Anne Wermet, nuance ces propos « le problème est plus compliqué, quand ils ont voulu réguler l’intérim de manière drastique ils se sont rendu compte que d’une part les gens pourraient changer de travail. D’autre part si cela se passait mieux à l’hôpital, les gens reviendraient. »

Autre question épineuse : la prime de solidarité territoriale « qui est dangereuse pour le praticien, le patient et délétère pour la santé » car les médecins pour avoir plus d’argent vont beaucoup trop travailler énonce Anne Wermet

Vous l’aurez compris la réforme des PH ne remporte pas l’adhésion de tous et ne sera peut-être pas la solution magique pour redorer l’image de l’hôpital.

Cet article est republié à partir du site What’s up Doc. Découvrez What’s up Doc

Albane Cousin

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Vos réactions (1)

  • Statuts...contre reconstruction

    Le 26 juin 2022

    Certes, les statuts vont avoir une influence. Mais les départs, tous personnels médicaux et paramédicaux confondus ne sont pas dus à un problème de statut, mais à la régulation des services par les gestionnaires depuis leurs buros : fermeture de lits "insuffisamment occupés", donc suppression des personnels "excédentaires", "polyvalence" des paramédicaux parachutés pour un jour ou une semaine dans les services les plus désertés, en corollaire destruction des équipes où on les prend, burnout et arrêts de travail en hausse franche, et rappel incessant des gens en congé pour des remplacements urgents. Le tout avec un point d'indice gelé depuis de longues années, et des difficultés à payer les heures supplémentaires longtemps prohibées et ensuite exigées...le désastre ne disparaitra pas en 1 jour: il faut en effet rendre à nouveau l'hôpital attractif, et ce n'est pas une mince affaire car il faut patiemment reconstruire...et reconstituer ce qui fait la spécificité des services et leur intérêt dans la prise en charge des pathologies. Les millions sont utiles, mais il faut changer la gouvernance et rendre leur pouvoir de décision à ceux qui sont sur le terrain et en charge d'une mission.

    Dr Astrid Wilk

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