Covid, quel modèle suivre pour la recherche

Paris, le mardi 21 juin 2022 - La pandémie COVID a mis cruellement en avant les inégalités sociales de santé et l’incapacité des pays riches à mettre à disposition du reste du monde les produits de la recherche. Or en temps de pandémie, l’universalité de la lutte détermine son succès.

Économiste au Centre d’Economie de l’université Sorbonne Paris Nord, Benjamin Coriat a dirigé une étude présentée récemment lors d’une réunion organisée par l’AFD*. Ce travail analysait l’impact de divers modèles de recherche, développement et distribution sur l’accès aux biens de Santé publique.

Son premier constat est que le modèle américain mis en place a été très efficace pour la Covid, mais ses effets paradoxaux. L’efficacité de ce modèle, né dans les années 80 et renforcé par la menace d’attaques bioterroristes (anthrax), vient du transfert de technologies, la cession des droits au domaine privé (moyennant finances), qui pour la COVID s’élevaient à 30 milliards de dollars fin 2021. C’est ainsi que deux firmes ont été hyperfinancées, sans contre-partie.

Nationalisme vaccinal

Mais paradoxalement, les conditions n’ont pas permis la distribution universelle : le fameux COVAX n’a pas pu jouer son rôle du fait du « nationalisme vaccinal » : des pays riches passant, au détriment des autres, des commandes exagérées (puis jetant le surplus périmé). On ne peut donc pas s’en tenir à ce modèle.

Deuxième constat : les éléments d’un modèle alternatif sont en gestation pour faire réellement des produits de santé un « bien commun » (notion préférée à celle de « bien public mondial » qui a vécu, n’ayant pas fait ses preuves).

La préhistoire pourrait être, en 1915, la décision des USA en guerre d’une mise en commun obligatoire dans l’aéronautique militaire. Pour autant, les firmes étaient rémunérées pour leur travail. Poursuivi après guerre, ce modèle a bénéficié à l'aéronautique civile.

Tout le monde y gagne

L’initiative anglaise montre qu’un autre modèle est possible : la recherche publique (Oxford) a passé un accord avec une firme (AstraZeneca) sous trois conditions : transfert de compétences sur place, pas de propriété intellectuelle exclusive et un taux de marge faible. Cela a permis la vaccination contre la Covid dans de nombreux pays en développement.

Le must est probablement AntiCOV, collaboration scientifique en vue d’une large distribution, modèle qui a fait ses preuves pour les bithérapies antipaludéennes par exemple.

Lorsque l’Afrique du sud a demandé la suspension des droits le temps de combattre la pandémie, l’Union européenne a opposé son véto. De nombreuses voix se sont élevées pour dire que le « bien commun » doit exister en temps de pandémie ; des modèles montrent qu’il est possible de trouver le bon mélange d’incitation et d’obligation, de récompenser les chercheurs et distribuer les produits.

Modèle à trouver d’urgence car cette pandémie n’est probablement que la première d’une série.

*Agence française de développement

« Gouverner en temps de pandémie ; faire des produits de santé un bien commun mondial ».

Dr Blandine Esquerre

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