Des médecins ukrainiens se forment à la médecine de guerre… dans un pays en paix

Metz, le mardi 17 mai 2022 – Neuf soignants ukrainiens ont été formés à la médecine de guerre en France avant de repartir dans leur pays sous les bombes.

Un missile russe vient de frapper l’immeuble. Un homme inconscient a été projeté au sol et enseveli sous les décombres. Un médecin et une infirmière ukrainiens accourent vers le blessé. Pas d’urgence : la victime est un mannequin, il ne s’agit que d’un exercice. Nous sommes à Metz, à l’Institut européen de formation en santé, où neufs soignants ukrainiens (cinq anesthésistes-réanimateurs, trois infirmiers réanimateurs et un chirurgien traumatologique) sont venus se former à la médecine de guerre avant de repartir dans leur pays. Ils ont pour cela reçu une dérogation spéciale des autorités de Kiev, les médecins ayant en principe l’interdiction de quitter l’Ukraine.

Le triage, une mission moralement difficile

La formation accélérée est assurée par l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), une ONG française qui a déjà formé plus de 34 000 soignants syriens à la médecine de catastrophe en 11 ans de conflit en Syrie. Le Pr Raphael Pitti, ancien médecin militaire, apprend à ses neufs élèves ukrainiens les quatre phases du traitement d’un blessé en zone de guerre : évaluation, stabilisation (rétablir l’oxygénation et la pression artérielle), diagnostic lésionnel et enfin prise en charge adaptée à ce diagnostic. Le Pr Pitti essaye également de les préparer à une mission qui peut être psychologiquement très difficile à laquelle sont confrontés les médecins en zone de guerre, celle du triage entre les victimes qui peuvent être sauvés, celles qui peuvent attendre et celles qui sont condamnés.

« La principale difficulté est le phénomène des blessures de masse : quand un missile ou un obus touche un immeuble d’habitation, nous devons parfois gérer 40 ou 50 blessés qui arrivent en même temps à l’hôpital » explique le Dr Igor Deymeka, l’un des médecins formés cette semaine à Metz. Ce dernier a déjà une grande expérience de la médecine de guerre, puisqu’il a servi dans le Donbass entre 2015 et 2016. Selon lui, les troupes russes n’hésitent pas à viser délibérément les hôpitaux et les médecins, aux mépris des conventions de Genève. Lorsque lui et ses confrères rentreront en Ukraine, ils n’iront pas sur la ligne de front mais ouvriront un centre de formation à la médecine de guerre à Lviv, dans l’ouest du pays. L’objectif est de former 2 000 soignants ukrainiens par an à la médecine de catastrophe. « Nous ne manquons pas de médecins sur le terrain, mais ce dont nous avons le plus besoin, ce sont des formations ».

La crainte des armes chimiques

Les soignants ukrainiens venus en Lorraine apprennent également à utiliser du matériel de pointe, tel que des échographes portatifs, qui permettent de déterminer rapidement la présence d’hémorragie dans le thorax, l’abdomen ou le bassin du blessé. « Cela fait presque disparaitre la notion d’urgence relative » explique le Pr Pitti. Les étudiants se sont également préparés en cas d’attaque à l’arme chimique ou d’utilisation de bombe au phosphore. « Ces armes n’ont pas encore été utilisés en Ukraine, mais on l’anticipe » s’inquiète le Pr Pitti, qui a vu les effets de ces armes non-conventionnels en Syrie.

Dès dimanche prochain, après seulement une semaine de formation, les neufs soignants ukrainiens repartiront vers leur pays en guerre. La plupart ont déjà mis leur famille à l’abri en Pologne ou en Allemagne. Leur priorité désormais est de sauver des vies et d’aider à la défense de leur pays.

Quentin Haroche

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