Emotion après le suicide d’une interne de Lyon

Lyon, le mardi 7 mai 2019 – Ce 3 mai était révélé le suicide d’une interne en hépato-gastroentérologie, en première année à Lyon. Si les circonstances précises de ce drame ne sont pas connues, l’information a immédiatement conduit à de nombreux messages de soutien de la part des représentants des internes mais aussi de commentaires destinés à rappeler leurs risques accrus face aux troubles psycho-sociaux.

Risque accru

Difficile de savoir dans quelle mesure les conditions de travail de cette jeune femme qui allait débuter un nouveau stage dans un service réputé difficile ont pu favoriser ce passage à l’acte. Cependant, le président de l’Inter-Syndical National des internes (ISNI), Antoine Reydellet, également interne des hôpitaux de Lyon évoque une étudiante très seule, originaire de Paris et n’ayant guère eu le temps de tisser des liens dans sa nouvelle ville. « Quand on travaille 80 heures par semaine, forcément, cela ne laisse pas le temps de créer des amitiés » a-t-il remarqué cité par la presse locale. Par ailleurs, le service où elle venait de finir son stage était en sous-effectif ; une situation courante dans les unités d’hépato-gastro-entérologie, où les décès nombreux des patients accroissent encore les situations propices au stress. Antoine Reydellet évoque encore : « Le chef de service lui aurait demandé à plusieurs reprises de rentrer chez elle alors qu’elle était encore là à 21 heures. Mais, on a beau nous dire qu’il faut rentrer, nous on aime notre métier, on a le souci des gens, et malheureusement, il y a des situations où l’on se sacrifie » remarque-t-il. Plus globalement, de nombreuses études ont mis en évidence le fait que les internes en médecine, en raison des pressions multiples (responsabilités professionnelles et morales notamment) auxquelles ils sont soumis, de leur investissement personnel mais aussi de leurs conditions de travail sont plus exposés au risque de troubles psychosociaux. Le risque de dépression est ainsi supérieur à la moyenne nationale tandis que les idées suicidaires seraient quatre fois plus fréquentes rappelle ainsi un communiqué commun de l’ISNI et du Syndicat autonome des internes des hôpitaux de Lyon (SAIHL).

Pas d’immobilisme, mais des retards

Face à cette situation et alors que les alertes ne sont pas rares (deux autres internes auraient fait une tentative de suicide la semaine dernière ; ce qui pose la question du caractère potentiellement plus à risque des périodes de changement de stage), les autorités hospitalières et nationales ne sont pas inactives. Ainsi, les HCL ont immédiatement déployé des groupes de parole pour répondre aux besoins des étudiants et des professeurs. A l’échelon national, un plan spécifiquement dédié à la souffrance des étudiants en médecine a été présenté en 2018.

Cependant, certaines des actions proposées tardent à être mises en place ce que déplorent les syndicats. « Le centre national d’appui n’existe toujours pas. Il a pour objectif d’accompagner les jeunes en souffrance, de donner des outils pour les risques psychosociaux et de faire changer un interne de subdivision s’il faut » observe ainsi Antoine Reydellet. Les syndicats dénoncent également l’absence universel de respect des réglementations sur le temps de travail. Cependant, les associations et groupes offrant une écoute et une entraide aux internes en détresse sont de plus en plus nombreux, permettant de répondre parfois à des situations qui ne pourront pas toutes être réglées par des dispositifs administratifs même s’ils sont également importants.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • Temps de travail

    Le 07 mai 2019

    La limite de temps de travail est de 48 heures par semaine. L'hôpital est dans la plus totale illégalité.

    Dr Mario Samper

  • La folie des salles d'internat chasse le burn out

    Le 12 mai 2019

    Il fut un temps où les carabins avaient la possibilité de se défouler à l'internat. Tout était possible et les défis dans l'absurdité se relevaient avec entrain et félicité. Mais sont arrivés les directeurs formés à cette école d'obédience socialiste dignes descendants des méthodes organisatrices de l'Est.

    Plus de fresque, plus de tonus, plus un poil qui dépasse. On a mis les médecins au pas, on leur a tordu le bras, on leur a imposé une économie du système de santé qui n'economise ni leur système ni leur santé. Un service hospitalier n'est plus qu'un stalag aux mains des kapos administratifs. Indignez vous, retrouvez la folie des salles d'internat, elle chasse le burn out.

    Dr Pierre Castaing

  • A faire lire à Madame Penicault

    Le 14 mai 2019

    Voilà un article bien fait et fort alarmant. Il serait peut-être bon de le faire lire à Madame Muriel Penicault qui déclarait récemment que "le burn-out n'est pas une maladie professionnelle"...
    Mais il n'est pire ignorant que celui qui refuse de voir, à part le cynique qui s'en fout.

    Il peut être bon que les responsables administratifs hospitaliers fassent de temps en temps un stage dans les services, cela leur ferait le plus grand bien.

    Dr Jean-François Michel

Réagir à cet article