Exclusif : une majorité de professionnels de santé favorables à un retour à la normale à l’école

Paris, le lundi 10 janvier 2022 – Sale temps pour ceux qui s’essaient à proposer des sondages sur leur site en laissant une quinzaine de jours aux internautes pour répondre. En questionnant le 28 décembre nos lecteurs sur leur position concernant les restrictions sanitaires à l’école, même si nous sommes habitués depuis pratiquement deux ans aux revirements intempestifs, nous n’avions pas imaginé que les propositions que nous leur soumettions renverraient à des réalités aussi changeantes au fil des jours.

Cependant, notre enquête n’en demeure pas moins un baromètre intéressant quant à la position des professionnels de santé sur ce qui depuis le début de l’épidémie de Covid constitue en France un point de controverse majeur : faut-il considérer les écoles comme des lieux à haut risque (pour les enfants et les adultes) ou non et dès lors quelles mesures sanitaires doit-on y imposer ?

La fermeture des classes unanimement rejetée

De façon surprenante, dans le contexte actuel où beaucoup s’alarment du niveau record d’hospitalisations en réanimation pédiatrique d’enfants atteints de la Covid, les professionnels de santé qui ont répondu à notre enquête sont majoritairement (56 %) favorables à la fin de toutes les restrictions sanitaires dans les établissements scolaires.


Sondage réalisé sur le site JIM.fr du 28 décembre 2021 au 9 janvier 2022

Aujourd’hui cela signifierait l’absence de masques et surtout la disparition de tout protocole particulier concernant l’attitude à adopter face à un cas d’infection par SARS-CoV-2. A l’inverse, on ne trouve qu’une toute petite proportion de professionnels estimant que la solution réside dans une fermeture des écoles jusqu’à la fin de la vague épidémique liée à la circulation du variant Omicron. Entre ces deux positions extrêmes le statu quo, que l’on comprend ce 10 janvier comme la persistance d’un protocole imposant l’éviction des enfants contaminés, un contrôle via trois tests en quatre jours de ses camarades de classe mais l’absence de nouveau test si un nouveau cas apparaît dans un délai inférieur à 7 jours (!) ne séduit que 17 % de os lecteurs. De la même manière, ils sont 17 % qui, sans souhaiter une fermeture des écoles appellent à un renforcement des mesures sanitaires : il peut s’agit d’un enseignement en demi-classe, de la fermeture dès le premier cas d’infection ou encore d’un renforcement de la limitation des brassages.

Qui sont les désinformateurs ?

Les résultats de ce sondage signalent (et ce n’est pas inhabituel) un décalage entre les messages que l’on peut lire sur certains réseaux sociaux (notamment Twitter) de la part de spécialistes et épidémiologiques et la perception des médecins dits de terrain qui dans l’anonymat soignent quotidiennement. Vu de la toile, ceux qui comme le Dr Martin Blachier (santé publique) à travers une pétition lancée au début des vacances de Noël plaident pour un retour à la normale à l’école font partie de ceux que certains nomment aujourd’hui les « désinformateurs ». De la même manière, on ne compte plus les attaques lancées contre la Société française de pédiatrie et notamment sa présidente Christèle Gras-Le Guen qui en cette rentrée comme depuis le début de l’épidémie appelle à éviter les messages concourant à une inquiétude sans fondement, préconise le plus possible l’ouverture des écoles et invite à ne pas faire des plus jeunes les responsables de la circulation virale. De telles positions leur valent d’être suspectés de méconnaître la réalité de l’épidémie, notamment chez les enfants.

Souhaitable et possible

Pourtant, les médecins, infirmières et pharmaciens qui ont pris en charge des patients atteints ou non atteints de Covid depuis 18 mois, qui ont entendu le récit de leurs jeunes patients et de leurs parents, qui ont pu observer les données concernant les cas pédiatriques de Covid considèrent que le retour à la normale à l’école est une position non seulement souhaitable mais aussi possible. Souhaitable parce qu’elle permettrait de mettre fin à des mois de désorganisations ayant atteint en ce début janvier un niveau ubuesque (une « pagaille indescriptible » explique aujourd’hui le principal syndicat d’enseignants), à des mois de ruptures scolaires notamment pour les plus défavorisés pour une pathologie ne représentant pas de risque majeur pour la santé des jeunes enfants, tandis que compte tenu du niveau de circulation d’Omicron, il ne semble plus que l’école puisse être considérée comme un moteur principal de l’épidémie (mais tout au plus comme un moteur parmi d’autres).

Roulette russe

Les résultats de notre enquête contrastent avec la publication d’une nouvelle tribune il y a quelques jours dans le Monde signée par des professionnels de santé, des enseignants et des parents d’élève qui se montrent particulièrement alarmistes. « Tous les jours, nous envoyons nos enfants dans des salles de classe et des cantines bondées et mal ou non aérées, pour jouer à la « roulette russe » avec le variant du moment, en espérant qu’ils échapperont à une forme grave ou à un Covid long pédiatrique, avec des séquelles parfois très graves » écrivent les signataires. Une telle description (avec le retour de l’expression consacrée « roulette russe ») renvoie notamment aux records d’hospitalisation en pédiatrie évoqués ces derniers jours. Au 7 janvier, selon Santé publique France, 335 enfants de moins de 10 ans et 229 entre 10 ans et 19 ans étaient hospitalisés (respectivement, une augmentation de 40 % et 90 % en dix jours). Au total, 91 étaient en soins critiques, un niveau jamais égalé depuis le début de l’épidémie. Cependant, plusieurs nuances doivent être apportées. D’abord, la très forte augmentation du nombre de contaminations explique inévitablement cette hausse. D’ailleurs, les premières données disponibles (une étude publiée en preprint le 2 janvier par l’Université Case Western Reserve à Cleveland) semblent suggérer que la virulence d’Omicron est non seulement plus faible pour les adultes, mais aussi pour les enfants. En outre, il semble qu’une partie des enfants comptabilisés n’a pas été hospitalisée en raison de leur infection par SARS-CoV-2 mais que cette contamination a été découverte fortuitement au décours de leur hospitalisation. C’est ce que relève Christèle Gras-Le Guen dans une interview récente : « En ce qui concerne les hospitalisations, nous avons repéré qu'un certain nombre d'enfants ne sont pas hospitalisés pour un Covid mais avec un Covid. Ils viennent ainsi pour une fièvre, une infection urinaire ou pour toute autre raison, et étant donné qu'on fait des tests systématiquement à l'entrée de l'hôpital, on découvre qu'ils sont positifs au Covid. Mais ils ne sont pas venus pour ça. Pour les enfants en réanimation, nous sommes actuellement en discussion avec le ministère de la Santé pour essayer de comprendre leurs chiffres. Car, sur le terrain, notre retour n'est pas le même. Nous avons un système de registre, assez performant, qui concerne les 41 services de réanimation pédiatrique, nous permettant d'avoir l'information en temps réel. Et nous n'arrivons pas à ces chiffres aussi alarmants. Nous essayons donc de comprendre ce décalage. Toujours est-il que de notre point de vue, peu d'enfants sont en réanimation pour le Covid-19 et il n'y a pas de signal d'inquiétude particulier. La plupart des enfants hospitalisés sont des enfants qui ont une maladie chronique qui a été décompensée à l'occasion d'un Covid. Cela concerne des 5-10 ans, qui auraient une drépanocytose (anémie falciforme) ou des maladies respiratoires chroniques. Ils sont donc en réanimation pour leur maladie mais pas pour le Covid » explique-t-elle.

Vu des CDC

La même situation s’observe aux Etats-Unis dont certaines alertes ont pourtant suscité ces derniers jours l’inquiétude de certains observateurs. « Si vous regardez les enfants qui sont hospitalisés, beaucoup d'entre eux sont hospitalisés avec le Covid plutôt qu'à cause du Covid... si un enfant entre à l'hôpital, il est automatiquement testé pour le Covid et il est compté comme un individu hospitalisé pour le Covid », remarquait par exemple le Pr Anthony Fauci le 31 décembre dernier. Les données publiées vendredi par les CDC signalent encore que 67 % des enfants hospitalisés aux Etats-Unis avec une infection par SARS-CoV-2 présentaient une comorbidité, tandis que 16 % souffraient d’une co-infection (en particulier VRS).

Cependant, les données des CDC ne sont pas toutes complètement « rassurantes ». Elles signalent tout d’abord qu’il pourrait exister un sur-risque de développer un diabète de type 1 et 2 chez les enfants infectés par rapport aux autres. Par ailleurs, la Directrice des CDC a observé : « 800 enfants morts (depuis le début de l’épidémie ndrl) est un chiffre énorme pour une infection respiratoire », alors que la grippe saisonnière ne tue généralement pas plus d’un enfant par an aux États-Unis. Dès lors, au-delà des controverses sans fin sur les protocoles à appliquer dans les écoles, beaucoup préconisent la vaccination des jeunes enfants qui pour le moment en France n’a concerné que 1 % d’entre eux, quitte à souhaiter l’absence d’accord des deux parents, voire des parents ! Autre impossible débat.

Aurélie Haroche

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