Gare aux faux médecins…et aux faux tests !

Paris, le samedi 23 janvier 2021 - C’est une femme de 31 ans aux multiples identités qui a comparu, ce jeudi, devant le Tribunal correctionnel de Nanterre. Pendant plusieurs mois, au pic de la première vague du coronavirus, la prévenue a réalisé des dizaines de « tests » contre le Covid-19, usurpant la qualité de médecin alors qu’elle n’a n’en a jamais obtenu aucun diplôme.

Les fameux tests étaient réalisés dans toute la France, dans le domicile des patients contre 70 euros. « Elle nous a raclé le fond de la gorge avec une spatule et a placé le tout dans une machine » raconte une victime au Parisien.

L’appareil en question est en réalité un simple testeur de glycémie. Les « tests » réalisés revenaient systématiquement positifs. Un patient apprendra plus tard qu’il était en réalité bien infecté par la maladie.

La prévenue ne semble pas en être à son premier coup d’essai. Au plus fort de la mobilisation des Gilets jaunes, elle intègre comme médecin une équipe de street-médics, ces volontaires qui soignent les manifestants blessés. Mais les organisateurs émettent rapidement des doutes sur ses compétences. Elle tente même en 2019 d’obtenir ni plus ni moins qu’un poste dans une clinique en Occitanie. « Elle a déclaré avoir fait une partie de sa formation aux urgences de Lariboisière à Paris, c'est pratiquement ce qui se fait de mieux. Comme on était vivement à la recherche de remplaçants aux urgences et qu'elle avait l'air très motivée, très enthousiaste, on a convenu d'un rendez-vous », détaille un médecin urgentiste dans la Dépèche. Mais la fiche Linkedin de la candidate est truffée de mensonges sur son parcours repérés par la clinique.

Le Tribunal correctionnel de Nanterre a condamné la prévenue à un an d'emprisonnement pour escroquerie.

L’exercice illégal de la médecine, un délit récurrent

Les cas d’escroquerie ou d’exercice illégal de la médecine sont malheureusement récurrents devant les tribunaux. Pour l’article L.4161-1 du Code de la Santé Publique, l’infraction d’exercice illégal de la médecine est caractérisée dès lors qu’une personne réalise « habituellement » des actes propres à la médecine, à savoir « l'établissement d'un diagnostic ou le traitement de maladies ».

La définition de l’acte médical pose peu de difficultés. En effet, les actes « ne pouvant être pratiqués que par des médecins » font l’objet d’une liste fixée par un arrêté du 6 janvier 1962 (modifié, le plus récemment, le 13 avril 2007). La « démarche de diagnostic » quant à elle, est définie par la Cour de Cassation comme le fait « d’examiner des personnes et déterminer l'organe malade à partir des symptômes décrits » et ceci « afin de mettre en œuvre un traitement » (Cour de Cassation Chambre Criminelle, 21 septembre 2004).

Pour que l’infraction soit caractérisée, il est également nécessaire que l’acte « médical » ait été effectué à titre « habituel ». Un élément matériel aisément caractérisé dans l’affaire ayant donné lieu à la condamnation par le Tribunal Correctionnel de Nanterre.

En juillet dernier, c’est un faux médecin d’origine congolaise qui a été condamné pour exercice illégal de la médecine dans les Ardennes. Plus proche de nous, une femme était parvenue à exercer pendant plus de quatre mois dans un centre de santé. Elle était même parvenue à obtenir son inscription à l’Ordre des médecins après présentation d’un faux diplôme.

Les faux tests ont le vent en poupe

Mais les cas d’exercice illégal de la médecine cachent aussi dans le contexte actuel une autre réalité : la réalisation de faux tests du Covid-19. Le gouvernement Danois a ainsi pointé du doigt le comportement qui permet à des ressortissants de certains états d’acheter ou de faire falsifier des tests anti-covid négatifs pour permettre leur retour au pays. Des pratiques aux conséquences parfois dramatiques. Ainsi, une personne atteinte du variant en provenance d’Afrique du sud est récemment décédée au Danemark. Elle avait séjourné peu de temps avant à Dubaï.

Charles Haroche

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Vos réactions (1)

  • Pas tout a fait aussi simple

    Le 23 janvier 2021

    Il manque peut être un élément financier dans cet exercice illégal de la médecine:
    A peu près tout le monde diagnostique diverses maladies (éventuellement après un examen clinique) et propose un traitement :
    " Tu as pris froid, je te fais un grog."
    Ou pire encore : "c'est un point noir : je vais l'enlever avec mes ongles" : exercice illégal de la chirurgie.
    Ou enlever des échardes : ça m'arrive assez régulièrement quand elles sont profondément plantées sous les ongles avec une anesthésie locale (La chirurgie de la main, c'est pas toujours des arthrodèses complets intra carpiennes).
    la frontière est plus floue avec certaines médecines parallèles.

    Dr JR Werther
    Chirurgien de la Main

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