Les étudiants infirmiers officiellement mobilisés

Paris, le mardi 21 juin 2022 – Un arrêté paru la semaine dernière permet d’autoriser les étudiants infirmiers à exercer temporairement en attente de la délivrance de leur diplôme.

Il restera sans doute peu de choses de l’éphémère passage au ministère de la Santé de Brigitte Bourguignon, nommée le 20 mai dernier et déjà sur le départ à la suite à sa défaite aux élections législatives de dimanche dernier. Son intervention la plus notable aura eu lieu le 9 juin dernier, lorsqu’elle a détaillé une batterie de mesures pour faire face à la pénurie de soignants à l’hôpital public et empêcher rapidement une saturation des services des urgences durant l’été. Parmi ces mesures, une seule aura été mise en place avant le départ de la ministre, à savoir la possibilité pour les élèves infirmiers ayant terminé leur formation en juin de pouvoir exercer immédiatement sans attendre la remise de leur diplôme, qui peut parfois prendre plusieurs mois.

Une autorisation d’exercice délivrée par le préfet

Un arrêté en date du 10 juin paru au Journal Officiel le 14 de ce mois détaille la procédure permettant aux élèves infirmiers de venir épauler leurs ainés dans les services hospitaliers. Le texte prévoit que, dans les cinq jours suivant la fin de la formation de l’élève infirmier et à la demande de celui-ci et de l’institut de formation dont il relève, le préfet peut autoriser l’étudiant à effectuer sans plus attendre des vacations dans un établissement de santé où il sera rémunéré comme un infirmier titulaire débutant et encadré par au moins un infirmier diplômé d’Etat (IDE).

L’autorisation temporaire d’exercice ne vaut que jusqu’à l’obtention du diplôme et jusqu’au 30 septembre au plus tard. Elle ne peut être accordée qu’aux élèves infirmiers ayant accompli l’intégralité des 15 semaines de stage prévus durant leur 6ème semestre de formation et qui ont reçu une proposition de validation de la part de leur référent pédagogique. Une procédure similaire est prévue pour les aides-soignants ayant terminé leur formation et désirant exercer immédiatement.

Une mesure inutile

Selon l’arrêté, le but de cette procédure est de faire face aux « besoins importants d’infirmiers et d’aides-soignants » et de répondre à « la pénurie actuelle de ces personnels dans les établissements de santé et médico-sociaux qui entraine des difficultés d’organisation de soins ». Certains observateurs se montrent cependant plus que circonspect sur l’opportunité de cette mesure. Pour la Fédération Nationale des Etudiants en Sciences Infirmières (FNESI), il est important que cette procédure reste « transitoire » car les étudiants en sciences infirmières « doivent être protégés et encadrés et pas envoyés sur le terrain à tout prix » selon le syndicat, s’appuyant notamment sur une étude publiée le 17 mai dernier signalant que la santé mentale des futurs infirmiers s’était fortement dégradée ces dernières années.

Pour d’autres, cette mesure est tout bonnement inutile. Directrice de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de Cherbourg, Isabelle Derien rappelle ainsi que ses étudiants reçoivent généralement leur diplôme une semaine seulement après la fin de leur formation et que de nombreux étudiants ont déjà signé un avant-contrat de travail avec un établissement de santé avant la fin de leur formation. Ils pourront donc exercer leur activité très rapidement, même sans passer par la procédure prévue par le récent arrêté.

Sans surprise, un mois n’aura donc probablement pas suffi à Brigitte Bourguignon pour résoudre une pénurie de personnel soignant qui s’aggrave depuis des années.

Nicolas Barbet

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