Les infirmiers manquent toujours de masques !

Paris, le mercredi 8 avril 2020 - Si la crise que nous traversons aura eu une vertu, c’est de mettre en lumière la pénurie de matériels dont souffre le secteur de la santé en France et notamment l’hôpital. Une pénurie chronique, à laquelle Olivier Véran a promis de répondre après l’épidémie, par un plan d’une ampleur inédite.

Qu’est ce qui a changé en un mois de "guerre"? Rien !

Début mars, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), après avoir reçu de nombreux témoignages signalant un « manque de masques FFP2 ou chirurgicaux et des patients non testés faute de moyens » a lancé une enquête, via son fichier d’inscrits à sa newsletter, auprès de 16 383 infirmiers, cadres infirmiers ou infirmiers spécialisés. Ce sondage révélait que 78 % des infirmiers indiquaient être confrontés à un manque de masques FFP2, 63 % de masques chirurgicaux et 53 % de SHA ; des résultats entachés cependant par un biais de recrutement certain.

Un mois plus tard, le syndicat a réitéré l’exercice et ainsi organisé une nouvelle enquête, du 31 mars au 4 avril 2020, à laquelle 32 047 personnes ont répondu.

Ses résultats signalent qu’après trois semaines de confinement et de "guerre" contre le virus selon le terme employé par le Président de la République : 81% des infirmiers constatent encore un manque de masques FFP2 (91% en psychiatrie et en libéral), de gel hydro-alcoolique (50 %) et de surblouses (59 %).

La pertinence de ces données pour apprécier la situation apparaît confortée par un « message d’alerte rapide sanitaire » du 3 avril émanant de la Direction générale de la Santé (DGS) qui recommande de laver et réutiliser les surblouses normalement à usage unique !

Dans le détail, ce sondage révèle encore concernant les infirmiers qui exercent dans un établissement de soins : que seuls 42 % ont un masque chirurgical toutes les quatre heures, conformément aux recommandations de bonnes pratiques (18% en psychiatrie !) ; 35% ont un seul masque par jour et 11% n’arrivent pas à s’en procurer (13 % dans les EHPAD), une situation plus fréquente en psychiatrie (36%). Pas plus de 12% des répondeurs disent avoir « autant de masques que nécessaire pour travailler ».

Ces deux enquêtes à un mois d’intervalle montrent donc que la situation ne semble pas avoir très favorablement évolué pour les infirmiers en France !

Olivier Véran : « spécialiste en bon de commande » !

Interviewé par France Télévision, le patron du SNPI, Thierry Amouroux exprime sa colère : « Monsieur Véran est un spécialiste en bons de commande, mais sur le terrain, on est toujours en situation de manque (…) et quand on entend monsieur Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, nous annoncer qu'on aura deux milliards de masques fin juin, c'est un peu se moquer du monde ».

Aussi, il rappelle « les premiers cas en France étaient le 24 janvier, les commandes de masques n'ont été faites que fin février, un mois après. Et pour les respirateurs (…) la commande n'a été faite que le 21 mars, il y a une dizaine de jours. Vous voyez le décalage entre nos besoins maintenant sur le terrain et les effets d'annonce sur (…) les commandes ».

Espérons que le plan d’après-crise en faveur de l’hôpital ne souffrira pas du même retard à l’allumage…

Xavier Bataille

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Vos réactions (2)

  • Et s’il ne manquait que des masques !

    Le 08 avril 2020

    Sur notre île aucune blouse commandée par l’ARS alors que la demande a été faite mis janvier !
    Pour les masques en libéral c’est en moyenne 8 masques par semaine au lieu de 18 (FFP2 parfois si non chirurgicaux) alors qu’en moyenne on voit 15 à 20 patients par jour.

    Heureusement que certains d’entre nous on fait des commandes personnelles et que la solidarité joue à fond !
    Mais comment prendre en charge les sorties d’hospitalisation ? Uniquement en télé soins ? C’est pratique pour les soins d’hygiène !
    Le temps administratif est tellement ralentit d’autorisation en autorisation ça frise le ridicule.
    Pourtant ARS et CPAM ont des personnes investies qui font de leur mieux et essaient de trouver des solutions !
    Mais sur le terrain on fait quoi ?
    Système D c’est bien beau mais Mr Véran arrêtez de mettre les infirmiers en danger.
    On est au bout du bout de ce que l’on peut faire et l’équité d’accès au soins ... encore des paroles dont notre président se gausse.
    Mais sans matériel on va pas y aller, on est des professionnels certes mais aussi des être humains, des parents et des individus responsables. Pas vous messieurs du gouvernement !

    Envoyez l’armée chercher ces Putains de masques et blouses et combinaisons maintenant ! Et pas bientôt mais immédiatement.

    Marie-Claude Milhau
    Présidente Urps en colère

  • Loin du terrain

    Le 12 avril 2020

    Le manque de masques est un indice de déficience: celui de l'énorme fossé séparant nos dirigeants (d'aujourd'hui et d'hier) et leurs intentions (supposées bonnes) de la réalité. Ils nous disent (de bonne foi?): "Tout va bien, on a commandé des masques". Mais il s'agit en effet de bons de commande. La commande a-t-elle été suivi d'effet? Les masques ne manquent-ils toujours pas aux soignants? Ils n'en savent rien, voire cela leur semble superflu de vérifier, puisqu'ils ont "commandé". Ceci est vrai pour tout, ils sont éloignés du terrain, n'ont qu'une idée vague de la réalité et pensent qu'une foule de serviteurs exécutent leurs ordres en temps réel. Or la réalité n'est jamais comme cela, il n'y a qu'en allant sur le terrain qu'on vérifie la réalité des choses. Mais çà, l'ont-ils déjà fait?

    Dr Patrice Herait

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