Pénurie de médicaments : des mesures tous azimuts

Paris, le mercredi 20 septembre 2023 – Le gouvernement multiplie les mesures visant à empêcher de nouvelles graves pénuries de médicaments.

Les températures ont beau être encore douces en cet fin d’été, le gouvernement songe déjà à l’hiver prochain et aux retour des épidémies hivernales. L’exécutif ne souhaite en effet pas revivre les scènes de l’hiver dernier, lorsque les Français ont été confrontés à une série de pénuries (ou plutôt des « tensions d’approvisionnement » selon la terminologie ministérielle) de médicaments, touchant parfois des produits essentiels et très prescrits tels l’amoxicilline. Le gouvernement multiplie donc ces derniers jours les mesures et les annonces visant à contrer ces futures pénuries.

La DAU bientôt obligatoire pour les antibiotiques en tension ?

Ce mardi, le gouvernement a ainsi fait savoir qu’aux termes de négociation avec les industriels, le prix de l’amoxicilline, l’antibiotique le plus consommé en France, serait augmenté de 10 % à compter du 1er octobre, afin de favoriser la relocalisation de la production dans notre pays. Ce mercredi, les journalistes de France info et du Parisien révèlent également que le gouvernement envisagerait de rendre obligatoire la dispensation à l’unité (DAU) de certains antibiotiques lorsqu’ils se trouvent en rupture de stock. L’objectif est bien sûr d’éviter le gaspillage et notamment que des boites à moitié pleine ne prennent la poussière chez les patients.

On le sait, la généralisation de la DAU est particulièrement prisée par le gouvernement et figurait dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron en 2017. Selon ses partisans, cette méthode de délivrance des médicaments ne présente que des avantages : cela permet d’éviter le gaspillage et l’automédication donc, mais également de lutter contre l’antibiorésistance et de faire des économies, le coût du mésusage de médicaments étant estimé à 10 milliards d’euros par an.

La DAU fait en revanche l’unanimité contre elle parmi les syndicats de pharmaciens, qui estiment qu’il s’agit d’une fausse bonne idée et d’une perte de temps pour les pharmaciens (et un risque de confusion pour certains patients). Les officinaux se sont d’ailleurs peu « emparés » de cette nouvelle méthode de dispensation, autorisée en février 2022 : la DAU ne représentait que 0,1 % des médicaments délivrés en 2022 !

Le retour des TROD

Autre méthode pour éviter le gaspillage de médicaments et notamment d’antibiotiques, le gouvernement souhaite généraliser l’utilisation de tests rapide d’orientation diagnostique (TROD) avant toute prescription d’antibiotiques. La réalisation préalable d’un TROD sera ainsi obligatoire lorsqu’un pharmacien voudra prescrire à un patient de la fosfomycine ou de l’amoxicilline, nouvelle compétence qui devrait être accordé aux officinaux à partir de l’an prochain, a récemment annoncé le gouvernement. Là encore, cette mesure (qui aura bien sûr un coût à la fois financier et organisationnel) vise également à lutter contre l’antibiorésistance.

Vers une baisse de la clause de sauvegarde

Enfin, dans un entretien paru ce matin dans le journal Les Echos, le ministre de l’Industrie Roland Lescure a annoncé toute une série de décisions visant cette fois les industriels qui devraient figurer dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) (qui doit être présenté la semaine prochaine). Le gouvernement va ainsi créer une enveloppe spécifique pour « renforcer l’attractivité de la production de produits essentiels en France ou en Europe pour permettre une relocalisation ou éviter une délocalisation » explique le ministre. L’objectif est d’atteindre rapidement le cap fixé par Emmanuel Macron en juin dernier, à savoir relocaliser en France la production de 25 médicaments essentiels.

Le gouvernement compte également accéder à une vieille revendication des laboratoires pharmaceutiques en baissant la « clause de sauvegarde », une taxe spécifique touchant l’industrie pharmaceutique : son niveau maximal va être fixé à 1,6 milliards d’euros, contre 2 milliards actuellement. Enfin, le prochain PLFSS devrait contenir une disposition inspirée de la loi Florange mais cette fois à destination de l’industrie pharmaceutique : un industriel qui souhaiterait cesser la production d’un des 6 000 médicaments considérés comme « d’intérêt thérapeutique majeur » aura l’obligation de trouver un repreneur sous peine de céder gratuitement pendant deux ans l’exploitation de son produit à une structure publique.

Quentin Haroche

Copyright © 2023 JIM SA. Tous droits réservés.

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article