Pratique avancée infirmière : marche arrière toute ?

Paris, le vendredi 27 avril 2018  - Alors que le gouvernement a présenté en début de semaine une nouvelle mouture du projet de décret devant instituer la pratique avancée infirmière* aux acteurs concernés, syndicats, sociétés savantes et Ordre infirmiers dénoncent la « marche arrière » gouvernementale. 

Consultation : le mot tabou

A l’instar de la coordination nationale infirmière (CNI) de Nathalie Dépoire, de nombreux professionnels dénoncent l’attitude générale des rédacteurs de ce texte qui  « paraphrasent pour décrire un acte de consultation sans poser le terme. En effet, réel point d’achoppement, le mot “consultation” dérange car il représente à la fois une “chasse gardée“ et une potentielle cotation. L’objet n’est pourtant pas de revendiquer l’acte de consultation médicale mais bien une consultation infirmière comme il en existe déjà plusieurs en France sans qu’elles soient pour autant reconnues ».

Une négation de l’expertise infirmière

Les infirmiers (notamment l’Ordre, la FNESI ou encore le Collège infirmier français) fustigent par ailleurs les rigidités administratives en germe dans le document de la DGOS : « là où l’on demandait un document validé par l’équipe, on doit désormais rédiger un protocole descriptif précisant des règles de collaboration signé par le médecin et l’infirmier. Cette mesure est inutile eu égard aux compétences développées par les infirmiers de pratique avancée et de surcroît elle entretient la confusion entre pratique avancée et coopération entre professionnels de santé. ».

A cet égard, la CNI parle de « négation » de l’expertise infirmière.

Des pratiques avancées privées de “premier recours“

Alors que récemment, plusieurs tribunes ont appelé à des pratiques avancées infirmières essentiellement centrées sur le premier recours et les soins primaires, l’Ordre « constate que les futurs infirmiers de pratique avancée se trouvent écartés des soins de premier recours pour des raisons qui restent encore à clarifier alors que leur contribution au sein des équipes pluriprofessionnelles aurait pourtant pu desserrer l’étau qui enserre ce secteur d’activité ».

Au total, le périmètre des pratiques avancées semble se restreindre à mesure que l’on s’approche de sa mise en place effective. A titre d’exemple, alors que dans la version du 8 mars la psychiatrie constituait un domaine d’intervention de l’IPA…celle-ci a purement et simplement disparu !

*qui n’a pas été rendu public

Frédéric Haroche

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Vos réactions (4)

  • En pratique...

    Le 29 avril 2018

    Dans la vraie vie, c'est souvent l'IDEL qui adapte la posologie de l'AVK quand le MT n'est pas joignable, et je n'ai jamais rencontré de pharmacien qui se propose pour le faire, ni d'ailleurs pour aller changer à domicile gratuitement son dosage.

    C'est elle aussi (et c'est bien normal!) qui adapte la dose d'insuline au résultat du dextro, de même que ce sont les IDE qui gèrent les urgences en évitant les hospitalisations dans les EHPAD.

    Pour autant, nous ne sommes pas vraiment considérées comme des professionnelles de santé de premier recours, mais comme des petites mains capables de faire du secrétariat et un peu de ménage dans le cabinet médical...

    Catherine Harris

  • Le monde ne s’est pas construit en un jour !

    Le 30 avril 2018

    Il est vrai que beaucoup de professionnels sont inquiéts sur le périmètre des pratiques médicales des IPA. Afin de rassurer les médecins, il ne me paraît pas illogique d’avancer pas après pas. Les médecins généralistes et spécialistes inquiets en partie à juste titre de voir diminuer leurs territoires (...) le médecin délégant à une IPA certains actes et l’ETP changeront progressivement d’avis peut être et demanderont à ce que le périmètre des IPA s’elargisse aux soins primaires incluant sous une responsabilité conjointe avec les médecins des consultations!

    Espérons que ces métiers que pour ma part j’si Découvert il y a près de 30 chez nos collègues anglo-saxons se développent pour le bien être des patients et notre confort !

    Dr Edouard Hirsch PU-PH Strasbourg

  • Pas à pas

    Le 06 mai 2018

    Merci Dr Hirch pour votre intelligence et votre soutien.
    Comme vous le dites si bien : pas à pas !
    Mais nous souffrons réellement de notre manque de reconnaissance alors espérons que nos espoirs soient au bout d’un tunnel le plus court possible.

    Mc Milhau idel

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