Protection de l’enfance : des violences éducatives aux meurtres d’enfants, une sensibilisation essentielle

Paris, le mardi 30 avril 2019 – Une proposition de loi visant à interdire les violences éducatives ordinaires (VEO), dont les gifles et fessées, est actuellement examinée par le Parlement. Si elle était adoptée (ce qui est probable), elle permettrait à la France de s’aligner sur un grand nombre de pays occidentaux où les VEO sont sanctionnées par la loi. Si la France présente un certain retard, en tout cas législatif, en la matière, on constate, grâce notamment à l’action de différentes associations, une prise de conscience réelle en la matière.

Vue comme anodine, la fessée apparaît sous un jour bien différent

Ainsi, à l’occasion de la journée internationale de la non-violence éducative ce 30 avril, l’Observatoire de la violence éducative ordinaire publie les résultats d’une enquête conduite en ligne du 1er avril au 31 août 2017. Les internautes visitant spontanément le site de l'observatoire et des associations partenaires ont répondu à un questionnaire concernant la « prise de conscience de la violence éducative ordinaire » : 2 401 personnes y ont contribué. Ne permettant pas de mesurer si la perception des VEO s’est modifiée de manière globale au sein de la société, cette étude signale cependant les effets de cette prise de conscience quand elle paraît avoir eu lieu. Ainsi, invités à évaluer le degré de violence attribué à certains actes en établissant une comparaison entre avant leur sensibilisation et après celle-ci, les participants montrent clairement une évolution de leur perception. Ainsi, seuls 28 % des sondés attribuaient à la gifle une note de 5, sur une échelle de 1 à 5 destinée à mesurer le niveau de violence grave, avant leur prise de conscience, contre 80 % après. De la même manière, le fait de donner une fessée est jugé comme une violence grave de niveau 5 par 72 % des personnes interrogées depuis leur réflexion sur le sujet, quand ils n’étaient que 15 % à la juger comme telle auparavant. Pour le fait d’enfermer un enfant, les taux passent de 41 à 77 %, de lui adresser des paroles blessantes de 31 à 74 % ou de le priver d’affection de 41 à 80 %.

Les professionnels de santé, témoins et acteurs privilégiés

Ces résultats signalent bien l’impact positif, l’efficacité réelle, des différentes actions de sensibilisation qui peuvent passer par des lectures, des participations à des groupes associatifs, à des conférences ou des formations. Pour accroître cette prise de conscience, une grande majorité de répondants (91 %) considèrent que la formation des professionnels (et parmi eux les professionnels de santé) est pertinente. Interlocuteurs privilégiés des familles, connaissant leurs intimités et témoins fréquents des méthodes d’éducation choisies par leurs patients, les professionnels de santé peuvent en effet jouer un rôle essentiel dans la prévention des VEO. Trop peu sensibilisés et inquiets de possibles répercussions négatives de leurs interventions, ils se montrent cependant encore trop timorés en la matière.

Meurtres d’enfants : des signalements ignorés dans de nombreux cas

Des campagnes de sensibilisation tentent de répondre à cette distance, qui face à des violences plus graves peut avoir des conséquences désastreuses. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), de l’Inspection générale de la justice (IGJ) et de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENER) consacré aux meurtres d’un enfant par ses parents où l’un de ses proches met bien en évidence les failles de la protection de l’enfance et ce par l’ensemble des acteurs. Alors que l’on considère qu’un enfant est tué par l’un de ses parents tous les cinq jours, l’analyse des dossiers disponibles révèle qu’avant la mort des jeunes victimes « souvent, des signes de violence avaient été repérés par des professionnels. Dans bon nombre de situations, la maltraitance ou son risque aurait pu être détectée si l’on avait rapproché plusieurs signaux d’alerte visibles pour en faire la synthèse. C’est ce constat qui conduit à l’impérative nécessité de mieux organiser l’échange des informations au sein du service médico-social, de l’éducation nationale, de la police ou de la justice et entre ces services » notent les auteurs du rapport dans leur synthèse.

Même combat

Beaucoup jugeront qu’il n’est pas parfaitement opérant de rapprocher les VEO des violences les plus graves. Heureusement, en effet dans la très grande majorité des cas, les VEO (en dehors de leur impact psychique réel sur l’enfant) ne conduisent pas à l’irréparable et les mécanismes en jeu ne sont pas toujours les mêmes (on retrouve dans les cas de meurtres des situations familiales et psychiatriques qui ne sont pas la règle dans les VEO qui concerneraient d’ailleurs si l’on retient une définition très large jusqu’à 85 % des enfants dans la plupart des pays selon des chiffres diffusés par exemple par l’UNICEF ou certaines associations).

Cependant, en se dotant de tous les outils pour lutter contre toutes les formes de violence et en se concentrant sur toutes les formes des sensibilisation, la méthode est probablement plus efficace et le message plus convaincant. Par ailleurs, beaucoup de spécialistes rappellent que « la violence commence toujours par un "petit quelque chose" qui ne vous a pas "tué"» pour reprendre la formule de Nathalie Cougny à l’origine de nombreuses opérations de sensibilisation contre les VEO. Enfin, différents travaux ont bien mis en évidence que la banalisation de la violence, en l’acceptant par exemple a minima au sein des familles, contribuait à une banalisation de la violence au sein de la société.

Aurélie Haroche

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