Santé mentale des étudiants : le cri d’alarme des présidents d’université

Paris, le lundi 20 juin 2022 - Le constat a été établi depuis longtemps. Restait encore à mesurer l’ampleur du phénomène. Une vaste enquête menée par l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) a mis en lumière l’impact considérable de la crise sanitaire sur la santé mentale des étudiants.

Sans surprise, la fermeture des établissements scolaires, le bouleversement des habitudes familiales et sociales mais aussi l’aggravation de la précarité étudiante ont eu des conséquences sur la santé psychique qui perdurent aujourd’hui.

Des étudiants psychologiquement fragilisés

Pour l’OVE, les conditions particulières de l’année universitaire 2020-2021 ont eu des répercussions « sur le ressenti et le bien être des étudiants ». D’après l’étude, 43 % des jeunes gens interrogés ont présenté les signes d’une détresse psychologique dans les quatre semaines qui ont précédé leur participation à l’enquête. Un indicateur en nette hausse par rapport à l’année 2019-2020 (29 %).

Plusieurs facteurs sont mis en avant pour expliquer cette détérioration. Outre la plus grande attention accordée à la santé mentale (terme qui a émergé dans le débat public à l’occasion de l’épidémie de Covid 19), le « stop and go » sanitaire, la limitation de la vie sociale et enfin les difficultés financières ont accentué les tendances lourdes initiées au moment du premier confinement strict du printemps 2020.

Parmi les symptômes exprimés par les étudiants, 49 % se déclarent souvent ou en permanence « très nerveux », 38 % ressentent de la tristesse ou de l’abattement et 24 % du découragement. Enfin, 30 % déclarent avoir souffert de solitude ou d’isolement.

Cri d’alarme des présidents d’université

Face à ces chiffres accablants, une quarantaine de présidents d’université, des médecins, des représentants de syndicats et d’associations étudiantes alertent dans une tribune publiée par Le Monde sur l’ampleur de la détresse psychologique des étudiants depuis la pandémie et réclament une « stratégie nationale » du gouvernement.

« Qui peut accepter aujourd’hui que seuls 4 % des étudiants aient pu consulter leur service de santé universitaire ou bureau d’aide psychologique universitaire et que seuls 1 % aient fait usage des chèques psy débloqués par le gouvernement » remarquent notamment les auteurs de la tribune.

« Il faut en faire beaucoup plus et rapidement. Si les mesures récemment prises vont dans le bon sens (…) elles ne suffisent pas à enrayer le mal-être d’une génération, prise entre des conditions de vie souvent précaires, une injonction à la réussite et une actualité de plus en plus anxiogène ». Parmi les mesures proposées, figure la constitution d’un « guichet unique » consacré à la santé mentale.

Un nombre de psychologues insuffisants ?

Pour appuyer leurs demandes, les auteurs de la tribune citent le dernier rapport de NightlineFrance qui met en exergue les insuffisances françaises en matière de soins psychologiques. Le nombre de psychologues chargés de l’accompagnement des étudiants demeure par exemple à un niveau très faible dans notre pays (malgré des progrès réalisés cette année). Ainsi, les Etats-Unis comptent un psychologue à temps plein pour 1 346 étudiants et le Canada un pour 2 323. En France, le ratio est de 1 pour 14 889, soit dix fois plus que les recommandations internationales de l’International Accreditation of Counseling Services.

C.H.

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Vos réactions (1)

  • Est-ce si anormal ?

    Le 20 juin 2022

    A aucun moment n'est fait mention la pollution et l'alimentation comme facteurs de fragilisation, facteurs qui sont mis en cause dans des pathologies neurologiques, avec l'explosion de l'autisme (1 naissance sur 44 aux USA), du Parkinson, de l'hyperactivité,...
    Que la folie de la "com" et des mesures prises pendant la pandémie, puissent jouer un rôle, cela ne fait aucun doute. Et ce n'est pas spécifique à la France. D'ailleurs les pathologies psychiatriques, tout age, ont augmenté de 30 % en France, ce qui montre à l'évidence que le concept de santé publique, est inconnu à nos gouvernants. Classiquement, l'objectif du pouvoir politique, est de faire baisser les pathologies et non de les augmenter en faisant peur volontairement à sa population... Aucune raison que les étudiants soient épargnés par cette explosion pathologique psychiatrique.

    Que la jeune génération soit inquiète, est facilement compréhensible, c'est l'inverse qui serait pathologique puisque la société occidentale, le modèle sociétal occidental est en fin de course, dans un dysfonctionnement total. Mais le constater n'est pas le changer car des paramètres ne dépendent pas uniquement de la volonté humaine, qui n'y est pas, mais aussi de dame Nature qui impose sa loi.

    Intéressant le chiffre de psychologues en France versus les USA, tout est dit. Pourtant, on continue à entendre dire que la France a le meilleur système de santé au monde. C'est d'autant plus inquiétant que la psychiatrie dite moderne a abandonné l'entretien au profit de la chimie pure. J'ai le souvenir d'un psychiatre dans une clinique qui voyait 6 patients à l'heure ! J'ai le souvenir dans cette même clinique, spécialisée dans le traitement des troubles nutritionnels, que la psychologue n'était pas proposée à chaque consultation en hôpital de jour, dès que cette clinique a été rachetée par un groupe... Les psychologues font trop peu partie de la pratique médicale. L'Université française reproduit simplement cette absence. On mesure le gouffre avec le monde anglo-saxon.
    Dr C. Trape

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