Une année d’exercice en autonomie pour les futurs généralistes : les internes dénoncent un retour en arrière

Paris, le  mercredi 5 juin 2019 – A la quasi-unanimité lundi, les sénateurs qui examinent le projet de loi de santé, ont adopté un amendement qui transforme la troisième année d’internat des futurs médecins généralistes en année d’autonomie, à effectuer en ambulatoire, prioritairement dans une zone médicale sous dense. Les élus à l’origine de ce projet qui a séduit l’ensemble des sénateurs, toutes sensibilités politiques confondues, ont vanté une mesure permettant de répondre de manière immédiate aux problèmes de démographie médicale.

Une formation bradée

Pourtant, le gouvernement avait émis un avis défavorable, le ministre de la Santé considérant notamment que ce dispositif allait à l’encontre des principes et des objectifs pédagogiques. L’ensemble des représentants des internes partage sans nuance cette appréciation. Dans un communiqué commun l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANMEF), l’Intersyndicat national des résidents de médecine générale (ISNAR-MG) et l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) fustigent le vote du Sénat accusé de « brader la formation des médecins généralistes » et au-delà d’autres spécialités, puisque l’ophtalmologie et la pédiatrie pourraient également être concernées.

Une maquette cohérente

Les futurs praticiens rappellent que l’internat de médecine générale suppose six semestres de stages : en ambulatoire chez un médecin généraliste, dans un service d’urgence, un stage dédié à la santé de la femme, un autre à la santé de l’enfant, un semestre en médecine polyvalente et enfin un semestre professionnalisant en « autonomie supervisée » chez un médecin généraliste (SASPAS). En voulant introduire une troisième année en complète autonomie, le Sénat prend le risque de rompre la cohérence de ce parcours, qui suppose une « autonomisation progressive » rappellent les signataires.

Effets contre-productifs à prévoir ?

Pour les syndicats d’interne, cette proposition des sénateurs signe un triste retour en arrière, vers une époque où la médecine générale était destinée à être apprise "sur le tas". Surtout, les organisations considèrent que la méthode sera contre-productive quant aux objectifs visés. Vis-à-vis de l’amélioration de la prise en charge des patients, les étudiants estiment que ce système risque au contraire d’exposer les Français à une médecine à deux vitesses où la qualité des soins différera entre ceux pris en charge par des médecins confirmés et ceux soignés par des étudiants contraints à l’autonomie après deux ans d’internat. De la même manière, les internes doutent qu’un tel dispositif contribue réellement à encourager les futurs praticiens à épouser la médecine libérale et craignent au contraire qu’il ne dissuade encore plus les étudiants de s’engager dans cette voie. Aussi, espérant continuer à bénéficier en la matière du soutien du gouvernement, les internes appellent les parlementaires à « retrouver » la raison.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Raison ?

    Le 05 juin 2019

    "Les internes appellent les parlementaires à retrouver la raison". Les parlementaires ont-ils jamais été doués de raison ? En regardant les décision prises, on peut sérieusement en douter...

    Dr Patrick Serey

  • Déserts médicaux ? Comment les aggraver...

    Le 06 juin 2019

    L'obligation de "stage", en fait l'envoi de jeunes médecins n'ayant pas terminé leur formation dans des zones où personne n'exerce plus et où les services publics et les réseaux ont disparu s'apparente à une sorte de Service militaire...de survie. Que pourront-ils faire sinon transférer les cas qui le méritent, et "rassurer" les autres...et se sauver bien vite quand ce sera fini, tout en freinant des 4 fers leur "stage" s'ils le peuvent. La pire fausse bonne idée qui soit, qui ne résout que l'urgence la plus criante...en temps de guerre peut-être. Il faut s'atteler à la "reconstruction" intelligente des réseaux d'une toute autre manière pour recomposer une offre de santé qui convienne aux médecins et aux administrés !

    Dr Astrid Wilk

  • Un gage de non qualité

    Le 07 juin 2019

    Quelle mouche a piqué nos sénateurs. La formation incomplète des internes est un gage sérieux de non qualité dans la pratique des soins. Est ce vraiment souhaitable ?

    Dr Michel Prez

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