Variant Delta : faut-il s’inquiéter de la situation en Nouvelle Aquitaine ?

Bordeaux, le lundi 7 juin 2021 – Chanceuse ou victime d’un dommage collatéral d’une politique trop centralisée : la Nouvelle Aquitaine a souvent été considérée comme une zone particulière depuis le début de l’épidémie. Peu touchée, notamment dans ses départements les plus ruraux, elle a en effet néanmoins été touché par la plupart des restrictions imposées par la circulation de SARS-CoV-2. La situation paraît inversée aujourd’hui : pour la première fois, la région connaît une situation dégradée par rapport au reste du pays. Pourtant, d’une manière globale, les chiffres ne sont nullement préoccupants, avec une incidence de 62 pour 100 000 (contre une moyenne nationale de 78) et une tension hospitalière (nombre de personnes atteintes de Covid hospitalisées en soins critiques) qui ne dépasse pas 29 %. Cependant, l’évolution de ces dernières semaines préoccupe. Ainsi, quand l’épidémie régresse actuellement de 17,6 % sur toute la France, la décélération n’est que de 0,6 % en Nouvelle-Aquitaine. Dans certains départements, la tendance est plus préoccupante encore. Ainsi, on relève dans les Landes une progression de 35 % en trois semaine du taux d’incidence (qui atteint aujourd’hui 91/100 000). On relève une situation plus défavorable encore dans les Pyrénées Atlantiques, avec une incidence en progression de 80 % en une semaine (cependant la tendance ces derniers jours paraît déjà s’infléchir).

Variant Delta : deux cas confirmés et une cinquantaine fortement suspectés

Les raisons de cette évolution pourraient être multiples. D’abord, longtemps épargnée la Nouvelle Aquitaine et plus encore les Pyrénées-Atlantiques et les Landes connaissent des taux d’immunisation naturelle moins élevés que le reste du pays. « Comme nous avons été moins touchés jusqu’ici, la population jeune (moins de 50 ans) est moins immunisée. (…) Tout cela était prévisible et prévu » a remarqué la semaine dernière, le directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) Benoît Elleboode. Parallèlement, les autorités surveillent étroitement la présence du variant Delta (appelé variant indien jusqu’à il y a quelques jours !) après la confirmation récente d’un foyer concernant une famille de Dax (sans lien avec l’Inde ou le Royaume-Uni), foyer où l’origine de la contamination remonte à début mai.

Les informations sur le niveau de circulation du variant Delta dans le département des Landes et en Nouvelle Aquitaine restent parcellaires, faute d’investigations génétiques complètes. Ce matin, sur France Info, le patron de l’ARS expliquait ainsi : « On a aujourd'hui deux cas de variants delta qui ont été séquencés, c'est-à-dire bien identifiés comme variant delta. On a une suspicion de variant delta sur une cinquantaine de patients qui n'ont été que "criblés" en termes biologiques et qui attendent un séquençage en début de semaine. En tout état de cause, il y a une forte probabilité pour que ça soit le variant delta. Ces patients sont dans le département des Landes ».

Quand le variant Delta passe à travers les radars

Pourquoi les confirmations sont-elles si tardives et restreintes ? Parce que même si des efforts importants ont été réalisés, l’activité de séquençage n’est en France pas encore aussi systématisée qu’en Grande-Bretagne. Or, il n’existe pas encore de kit spécifique permettant de « cribler » les tests PCR afin de détecter (avant séquençage) le variant Delta, à la différence de ce qui existe pour les variants Alpha, Beta, et Gamma. Dès lors, une partie des variants Delta passe probablement sous les radars. Est-ce tout particulièrement le cas dans les Landes ? On note que dans ce département la part de « souche classique » (c’est-à-dire non Alpa, non Beta, non Gamma) est plus élevée qu’ailleurs, ce qui pourrait en partie être lié à la diffusion non repérée du variant Delta, mais aussi à une immunisation moins importante de la population.

Championne de France de la vaccination

Le déploiement attendu de façon imminente d’un tout nouveau kit de criblage des tests PCR afin de repérer le variant Delta commencera inévitablement en Nouvelle Aquitaine, alors qu’un plan est présenté aujourd’hui par l’ARS et la préfecture. D’autres mesures, immédiates, sont prévues et notamment des campagnes de dépistage dans les écoles, collèges et lycées et sur les lieux de travail. L’accent doit également être mis sur la vaccination avec de nouveaux points ouverts, même si la région est déjà championne de France, avec un taux de sujets ayant reçu au moins une dose de 44,8 %.

Des agendas inconciliables

Les informations du ministre de la Santé britannique concernant la transmissibilité supposée du variant Delta qui serait supérieure de 40 % au variant Alpha expliquent cette vigilance accrue des autorités, qui rappellent cependant que les données disponibles actuellement sont en faveur d’une bonne efficacité des vaccins à ARNm face à ce variant. Cependant, pas question pour l’heure d’envisager un retard de la nouvelle étape du déconfinement en Nouvelle Aquitaine, alors que les Britanniques s’interrogent sur ce point de plus en plus sérieusement. Benoît Ellebood décrypte : « Les personnes qui sont atteintes sont plutôt des personnes jeunes, qui n'étaient pas vaccinées, qui ne font pas de forme grave, qui ne sont pas à l'hôpital et donc pour l'instant cela n'a pas d'impact sur le tissu hospitalier. Et c'est l'impact sur le tissu hospitalier qui nous fait envisager des mesures contraignantes ». Le ministre de la Santé, Olivier Véran abondait dans ce sens hier : « Il n’y a pas d'extension de l'épidémie, en revanche, il y a des cluster. Il n’y a pas du tout la même situation en France qu’en Angleterre, en Angleterre ils ont augmenté l’incidence du virus, elle a doublé en quelques semaines ».

A l’approche de la saison estivale et des élections régionales il est probable qu’une fois encore l’agenda touristique, économique et politique se heurtent à l’agenda imprévisible du virus. A suivre.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • "Des" et pas "du" variant delta

    Le 07 juin 2021

    Vu notre gestion, aux frontières l'effet papillon s'est exprimé. Ce ou, plutôt ces variants, aux caractéristiques de gestion bien problématique, sauf en Inde, éclaire sur notre système de détection. Pour ce variant c'est une belle raquette de tennis...

    En fait, Madame , vous devriez produire , les techniques en œuvre pour pouvoir en parler ? Je subodore que l'on déclenche l'identification, quand il existe déjà un beau tapis, qui a pu contaminer un paquet de jeunes non vaccinés, par exemple, mais vous pourriez être précise.

    Il y a un seul grand port français qui n'en a pas reçu ?

    Dr Bertrand Carlier

  • Delta du Gange

    Le 07 juin 2021

    Les british n'ont qu'une dose pour la majorité et c'était attendu que cela laisse circuler et muter.

    Dr Didier Marc Poisson.

  • Rebranding, comme on dit chez nous

    Le 08 juin 2021

    Variant indien, c'était pas porteur. D'accord c'était genre l'été indien, mais pas accrocheur, pas vendeur, trop nul.
    Un petit coup de rebranding et hop Variant Delta, trop classieux, tout de suite tu en veux, tu cliques, and collect si affinités.
    Ça va très bien marcher cet été.
    Promis.

    Dr Gilles Bouquerel

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