Variole du singe : vacciner oui, mais prudemment

Paris, le mardi 21 juin 2022 – L’ANSM et la HAS ont adaptés leurs recommandations concernant la vaccination contre la variole du singe pour les primo-vaccinés et les enfants.

En 1979, la France mettait fin à l’obligation vaccinale contre la variole à la suite de l’éradication de la maladie. Plus de 40 ans après, la vaccination anti-variolique fait son retour, à la faveur de la propagation d’une maladie méconnue et proche de la variole classique, la variole du singe. Pour rappel, depuis début mai, on compte plus de 2 000 cas confirmés de variole du singe dans le monde, dont 183 en France (au 15 juin dernier), quasiment exclusivement chez des hommes homosexuels. Cette maladie est habituellement cantonnée à une poignée de pays africains et les causes de cette flambée mondiale sont pour le moment inconnues.

Les plus âgés déjà partiellement protégés

Dès le 20 mai, la Haute Autorité de Santé (HAS), tout comme d’autres instances sanitaires nationales et internationales, a recommandé que les cas contacts et les professionnels de santé soient vaccinés. Elle a préconisé que soit utilisé le vaccin Imvanex, aussi appelé MVA-BN, développé par le laboratoire danois Bavarian Nordic. Il s’agit d’un vaccin de 3ème génération conçu pour lutter contre la variole classique et qui, contrairement aux vaccins utilisés jusque dans les années 1970, est non réplicant et donc moins susceptible de provoquer des effets secondaires graves. Bien qu’il n’ait jamais pu être testé en vie réelle, la variole ayant disparu plus de 30 ans avant sa mise au point, il dispose depuis 2013 d’une AMM en Europe contre la variole classique (et contre la variole du singe aux Etats-Unis depuis 2019). Dans son avis du 20 mai, la HAS recommandait de vacciner les adultes avec un schéma à deux doses espacées de 28 jours (trois doses pour les immunodéprimés).

Ce lundi, la HAS et l’Agence de Sécurité du Médicament (ANSM) ont, à la demande du gouvernement, donné leur avis sur la vaccination de deux populations particulières : les primo-vaccinés (sujets ayant été vaccinés avant 1980) et les mineurs. En effet, en théorie, tous les Français nés avant 1980 ont déjà reçu une dose d’un vaccin antivariolique. En réalité, l’Institut de veille sanitaire estime que le taux de vaccination est de 90 % pour les plus de 55 ans et qu’il oscille entre 50 et 65 % pour les personnes âgées de 40 à 55 ans. Chez ces « primo-vaccinés », la HAS et l’ANSM considèrent qu’une seule dose du vaccin Imvanex suffit. Les deux organismes s’appuient pour cela sur des études menées par le laboratoire Bavarian Nordic ayant montré que l’immunité contre la variole persistait pendant plusieurs décennies après une première dose. Les deux instances recommandent cependant de s’en tenir à un schéma à trois doses pour les immunodéprimés. En France, les cas confirmés de variole du singe ont un âge médian de 34 ans et n’ont donc en majorité jamais été vacciné contre la variole.

Vaccination des enfants au cas par cas

S’agissant de la vaccination des mineurs, la réponse de la HAS et l’ANSM est plus timorée. Bien que le vaccin Imvanex n’ait reçu une AMM que pour les adultes, plusieurs éléments plaident pour la vaccination des mineurs. Tout d’abord, l’observation des épidémies en Afrique montrent que les enfants sont les plus vulnérables face à la variole du singe. Ensuite, des études ont montré que des vaccins proches d’Imvanex, car également développé à partir du virus MVA (vaccine d’Ankara modifié), étaient bien tolérés chez les enfants. Comme le note la HAS, l’agence de santé publique britannique, le UKHSA, recommande pour sa part la vaccination des enfants cas contacts.

Mais « en l’absence de donnée clinique de sécurité des vaccins de 3ème génération en population pédiatrique », la HAS et l’ANSM préfèrent recommander que la vaccination des enfants soit évaluée « au cas par cas », en évaluant à chaque fois le rapport bénéfice/risque, notamment pour les enfants immunodéprimés. Les deux instances précisent que leurs avis pourront changer avec l’évolution des connaissances sur le virus et les vaccins, le laboratoire Bavarian Nordic étant d’ailleurs en train d’élaborer un plan d’investigation pédiatrique (PIP) pour évaluer la sécurité et l’immunogénicité de son vaccin chez les enfants.

Sans doute la HAS et l’ANSM ont raison d’être prudents. Rappelons en effet que l’épidémie de variole du singe est, pour le moment, très limitée et que la maladie est relativement bénigne, aucun cas grave n’ayant été signalé en France.

Quentin Haroche

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