A la veille d’une possible généralisation européenne, Nutriscore toujours contesté

Paris, le mardi 26 octobre 2021 – Le système d’information nutritionnel Nutriscore, qui se présente sous la forme d’une échelle colorée à cinq niveaux (A, B, C, D et E) pourrait à la fin de l’année prochaine s’imposer dans tous les pays européens. Adapté d’un dispositif britannique proche et développé par l’équipe du Pr Serge Hercberg, Nutriscore est aujourd’hui largement présent en France. S’ils n’ont pas tous complètement tu leurs réticences, les industriels sont en effet de plus en plus nombreux à avoir adopté le système, en raison d’une réelle pression sociale et marketing.

La bonne influence de Nutriscore

La possible systématisation de Nutriscore, qui existe déjà en Belgique, Espagne, Allemagne, Luxembourg et Pays-Bas témoigne de son succès. De fait, une récente enquête réalisée par Santé Publique France confirme la notoriété du dispositif et surtout son influence. Ainsi, « 90 % des Français identifient bien que le Nutriscore permet de qualifier la qualité nutritionnelle des produits », tandis qu’ils étaient 57 % en 2020 contre 43 % l’année précédente à affirmer avoir modifié leurs habitudes de consommation en suivant Nutriscore. Une étude du cabinet Nielsen signalait encore qu’en 2019, les ventes de produit classés A ont progressé de 1 %, tandis que parallèlement diminuaient de 1,1 % celles des denrées notées C.

Un outil simple, et parfois un peu trop !

Cependant, très difficiles à produire, les données manquent encore pour confirmer que l’utilisation d’un système d’étiquetage nutritionnel a un réel effet sur la diminution des pathologies liées à l’alimentation. On sait que beaucoup de spécialistes ont déjà souligné qu’en tout état de cause, Nutriscore ne pouvait être considéré que comme un outil parmi d’autres et qu’à l’échelon individuel, l’éducation nutritionnelle doit être plus précise et complète (ne serait-ce que pour s’adapter aux spécificités et besoins de chacun).

Au-delà, la possible généralisation de Nutriscore ravive les anciennes critiques, dont certaines ont été largement relayées par les industriels. Elles concernent notamment les limites de la simplification du message porté par Nutriscore, inhérente au caractère synthétique de l’outil. Cependant, cette synthése est également ce qui permet sa facile appréhension.

D’autres, dans le même esprit, critiquent le fait que la note porte sur une portion de 100 grammes, ce qui ne correspond pas toujours au niveau de consommation moyen (par exemple en ce qui concerne le chocolat ou le Roquefort !). En tout état de cause, il apparaît que Nutriscore est un outil pertinent lorsqu’il s’agit de comparer deux mêmes types de produits, mais qu’il ne semble pas nécessairement pertinent de s’orienter exclusivement vers des produits classés A, car cela par exemple exclurait tout recours à l’huile ou au sucre, dont la consommation (modérée) est néanmoins nécessaire.

Le roquefort sent le roussi

Aujourd’hui, c’est également sur un autre terrain que les débats s’intensifient : le sort des produits artisanaux, tels que certains fromages, classés systématiquement en E (soit de façon parfois plus défavorable que certains paquets de chips !). Les producteurs sont nombreux à manifester leur inquiétude et leur colère et à dénoncer l’inadaptation du système à différents produits du terroir. Ils notent encore que si l’un des objectifs du Nutriscore est l’amélioration des recettes afin de limiter les ingrédients néfastes, dans le cas d’un fromage fruit de recettes ancestrales, il est peu probable que la cible soit atteinte. Le président de la Confédération générale des producteurs de lait de brebis et des industriels de Roquefort, Hugues Meaudre (également directeur de Lactalis AOP & Terroirs…) est ainsi à la tête d’une fronde qui bénéficie du soutien de quelques députés. Quand certains pourraient considérer que cette réticence des producteurs de fromage témoigne des limites du dispositif, d’autres pourraient faire observer que de fait, même s’ils ne sont pas dénués de qualité nutritionnelle et en tout cas de qualités gustatives, les fromages artisanaux ne sont pas les produits à privilégier massivement dans un régime équilibré. Cependant, les promoteurs du Nutriscore ne sont cependant pas totalement sourds aux réticences exprimées. Ainsi, il y a un mois dans Libération, Serge Hercberg réfléchissait à la possibilité d’une distinction (sous la forme d’un bandeau) entre produits manufacturés et produits artisanaux.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Nutriscore : 100 fois meiux que rien

    Le 27 octobre 2021

    Malgré ses imperfections le Nutriscore c’est cent fois mieux que rien, en tout cas pour éduquer les masses en matière de nutrition. Et éduquer les masses c’est quelque chose que les élites Françaises ne savent ou plutôt ne veulent pas faire. C’est bien dommage parce que le contraire améliorerait grandement la qualité de vie de nos concitoyens et certainement l’état de santé de la France.

    Dr Michel Bounioux

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