Cinquante ans après le « manifeste des 343 », un combat en continu

Paris, le mardi 6 avril 2021 - Il y a cinquante ans, le 5 avril 1971, trois cent quarante-trois femmes, célèbres ou anonymes, défiaient la loi et faisaient cause commune en signant dans Le Nouvel Observateur un appel en forme d’aveu.

Rompre le silence en pointant du doigt les injustices et les insuffisances criantes du droit, à une époque où l’avortement est encore à l’origine de poursuites et de condamnations en France : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté ».

Cet appel fut le point de départ d’un combat médiatique et judiciaire qui aboutira, peu de temps après le procès de Bobigny, à la légalisation de l’IVG en 1974. L’éditorial du Monde du jour de la publication du manifeste annonce « une date dans l’évolution des mœurs » ; la semaine suivante, Charlie Hebdo titre « Qui a engrossé les 343 salopes ? », figeant ainsi l’expression « manifeste des 343 salopes ».

Il posséda même une résonnance à l’échelle européenne, l’hebdomadaire Stern reprenant à son compte une tribune intitulée Wir haben abgetrieben (« Nous avons avorté ») signé par 374 femmes, et notamment l’actrice Romy Schneider.

Un tabou qui tombe

L’avortement en France a constitué l’une des conquêtes les plus difficiles du combat féministe. Puni de mort au Moyen Âge, ni la Révolution, ni la Troisième République ne mettra fin aux peines de prisons encourues pour les femmes ayant recours à l’opération. En 1920, après l’hécatombe de la première guerre mondiale, l’article 317 du Code Pénal vient punir de six mois à deux ans d’emprisonnement et 5000 francs d’amende toute femme ayant recours aussi bien à la contraception qu’à l’avortement. Vichy en fera même de nouveau un crime contre la sûreté de l’Etat passible après jugement d’exception de la peine de mort.

L’idée du manifeste vient de deux journalistes du Nouvel Observateur, Nicole Muchnik et Jean Moreau, qui contactent des membres du Mouvement de libération des femmes (MLF). Le journal Le Monde rappelle que cette proposition est accueillie avec fraicheur par les militantes du MLF, qui perçoivent avec méfiance une association avec « la presse bourgeoise » et les « vedettes du système ».

Une lutte qui continue ?

Interrogée par France Info, l’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe mesure le chemin parcouru depuis ce manifeste : « C'est un chemin à la fois extraordinaire, périlleux et inachevé. Des hypothèses qui n'étaient pas du tout évidentes sont devenues partagées par des femmes, quelles que soient leur classe sociale. »

Mais pour de nombreuses militantes, le combat est loin d’être terminé : « Plus le féminisme avance, plus les forces qui sont contre se redressent. On peut citer les masculinistes ou toutes les religions. »

Un nouvel appel

Cinquante ans après le manifeste des 343, « 343 femmes et personnes pouvant vivre une grossesse » réclament, dans une nouvelle tribune, l'allongement des délais légaux d'accès à l'IVG en France (sans préciser toutefois la durée de cet allongement). Parmi elles figurent les chanteuses Vanessa Paradis et Yael Naim, les actrices Laure Calamy et Isabelle Carré ou encore l'ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem.

Depuis le 25 août 2020, une proposition de loi déposée par plusieurs députés proches de la majorité prévoit l’allongement de 12 à 14 semaines du délai de recours à l’IVG. Elle fait suite à un récent rapport réalisé au nom de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, qui recommande de traiter l'avortement comme un "droit effectif". Adopté en première lecture le 8 octobre 2020, le Sénat a rejeté en première lecture cette proposition le 20 janvier dernier.

C.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • 343 salopes

    Le 07 avril 2021

    C'est avec stupéfaction que je constate que même des journalistes d'une rédaction "sérieuse" se permetent de déformer la vérité historique au nom d'une "bien pensense" gluante et de plus en plus répandue dans les média. Les signataires de ce manifeste se prénommaient les 343 "SALOPES"
    ce qualificatif dénonçait la politique essentiellement dominée par la morale en liaison avec la religion judéo-chrétienne qui surplombait l'époque. Il n’appartient à aucun organisme de presse fusse t-il médical de réécrire l'histoire! Grosse colère!! Pour qui vous prenez vous pour censurer ainsi?

    Dr Jean-Louis Bernard

Réagir à cet article