Comment va la vie après un cancer de la prostate ?

La majorité des cancers prostatiques sont diagnostiqués à un stade localisé (de T1a à T2c) sans envahissement lymphatique ni métastase à distance. Leur pronostic s’est grandement amélioré et la survie relative à 5 ans est de 100 % comparée à celle de la population générale, et de 98 % et 96 % à 10 et 15 ans respectivement. Il est par conséquent essentiel que les décisions thérapeutiques prennent en compte la qualité de vie des patients. Si la qualité de vie à court terme a fait déjà l’objet d’une intense littérature, la qualité de vie à long terme n’a été que peu évaluée.

C’est l’objectif d’une étude prospective de cohorte réalisée en Australie, avec un suivi sur plus de 15 ans, de 1 642 hommes de moins de 70 ans traités pour un cancer prostatique localisé, et comparés à 786 « témoins » sans cancer prostatique.

Diverses dysfonctions

Quinze ans après le diagnostic, les patients traités rapportent des différences importantes dans différents domaines de la qualité de vie. Les dysfonctions érectiles notamment, sont fréquentes dans tous les groupes de patients traités, et concernent de 62,3 % des patients pris en charge en « surveillance active » à 83 % de ceux traités par prostatectomie radicale sans préservation des nerfs, en comparaison du groupe témoin (42,7 %). Une dégradation des fonctions sexuelles est plus fréquente chez les patients traités par prostatectomie, qu’elle ait ou non épargné les nerfs, et, comme d’autres travaux l’ont déjà constaté, semble plus sévère au cours des premières années du suivi. En revanche, cette étude longitudinale menée sur un temps long révèle que les fonctions sexuelles s’améliorent dans la plupart des groupes au fil des 15 ans de suivi, sauf dans le groupe traité par curiethérapie à faible dose où une détérioration est constatée entre la 10ème et la 15ème année.

Les patients traités initialement par une curiethérapie à forte dose, par radiothérapie externe ou par déprivation androgénique signalent plus de problèmes intestinaux, persistants dans ce dernier groupe. L’incontinence urinaire est particulièrement fréquente et persistante chez les patients traités par prostatectomie radicale, qu’il y ait ou non préservation des nerfs, et les problèmes urinaires sont fréquents, entre 10 et 15 ans, chez les patients traités par déprivation androgénique. Enfin, il apparaît que le bien-être physique et mental tend à diminuer dans tous les groupes entre 10 et 15 ans après le diagnostic.

Dr Roseline Péluchon

Références
Mazariego C.G. et coll. : Fifteen year quality of life outcomes in men with localised prostate cancer: population based Australian prospective study. BMJ 2020;371:m3503. doi.org/10.1136/bmj.m3503

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Vos réactions (2)

  • Commentaire désabusé

    Le 20 octobre 2020

    Les troubles de l’érection représentent une séquelle importante après une prostatectomie radicale pour cancer de la prostate.

    La chirurgie robot-assistée a fort peu modifié ces données.


    La probabilité d’y échapper à 2 ans n’est que de 35 %. Cependant les urologues sont tous au courant dès le 30-ème jour post-opératoire. Le % est bien plus élevé.

    En fait, les opérateurs avouent 80 % de troubles de l’érection post-opératoire.

    J’ai remplacé durant quatre mois un excellent opérateur qui n’avait que 60 % de ces troubles. Sans pourtant prendre la moindre précaution concernant les pédicules vasculonerveux.

    Il faut cependant ajouter que de nombreux opérés étaient déjà en difficulté érectile avant l’intervention. Mais rares sont les opérateurs qui ont fait des tests nocturnes affirmant ces dégâts préopératoires.

    Des protocoles, basés sur l’effet bénéfique des inhibiteurs de la 5-phosphodiestérase (IPED-5), ont cherché à assurer une bonne oxygénation du tissu érectile en postopératoire immédiat. Ce n’est pas une question d’oxygénation et les IPED-5 sont rarement acceptés par les opérés.

    La qualité de la fonction érectile (FE) a été appréciée dans une étude précédente (Capogrosso Paolo et coll. : Are we improving erectile function recovery after radical prostatectomy ? Analysis of patients treated over the last decade. European Urology 2019 ; 75 : 221-228)
    par les réponses au questionnaire IIEF-6 rempli par le malade avant la PR, puis 3, 6, 9, 12, 18 et 24 mois après elle.

    Ce questionnaire IIEF-6 assez simple à remplir est refusé par de nombreux patients plus occupés par la cancérophobie que par la sexophobie.

    De plus il n’a pas été comparé aux tests d’enregistrement des érections nocturnes.
    Je suis étonné par les chiffres assez bas signalés dans cette publication. C’est que la cohorte finale a consisté en 2 364 patients seulement. Pourquoi ?

    C’est qu’ont été éliminés les opérés par des chirurgiens ayant une petite expérience (moins de 100 interventions). Mais surtout ceux ayant reçu un traitement néoadjuvant ainsi que les nombreux opérés qui ne veulent plus revoir les chirurgiens qui les ont ainsi traités.

    Dr Jean Doremieux

  • Commentaire désabusé II

    Le 23 octobre 2020

    La majorité (90 % ?) des cancers prostatiques sont diagnostiqués (depuis 1986 et la pratique des dosages de PSA) à un stade localisé (de T1a à T2c) sans envahissement lymphatique ni métastase à distance. Ces évolutions métastatiques se voient que dans moins de 10 % des cas.

    Cependant avant 1986 et en se basant sur les autopsies pratiquées depuis 1876 (depuis 70 ans) par les anatomopathologistes allemands les cancers localisés étaient dans 95 % des cas des cancers quiescents qui se montraient incapables de métastaser.

    Le pronostic (des cas traités je souligne âgés de moins de 70 ans traités par prostatectomie avec son taux élevé de récidives traitées par hormonothérapie et radiothérapie) n'a donc pas changé avec une survie relative à 5 ans.

    Elle est de 100 % comparable à celle de la population générale qui a choisi la non-détection et l'abstention pure.

    Par contre, les abstentionnistes ne subissent aucune des complications post-opératoires immédiates, aucune des nombreuses impuissances et incontinences ou impériosités durables, aucune des nombreuses complications secondaires aux choix une fois sur deux des hormonothérapies et radiothérapies avec leurs conséquences radiques d'une part et d'autre part celle de la survenue des CRPC que les nouvelles immunothérapies ne peuvent réduire.

    On compare des bonnes survies avec des mauvaises vies.

    La règle du PRIMUM NON NOCERE impose aux médecins de prendre des décisions thérapeutiques qui prennent en compte la qualité de vie des patients. Si elle est altérée, mieux vaut lever les armes.

    Dr Jean Doremieux

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