Covid-19 : les brevets sur les vaccins vont nous sauver la vie [Tribune]

Paris, le mardi 22 juin 2021 – La vaccination contre la Covid des populations des pays en voie de développement est un défi majeur, qui est l’objet de nombreuses alertes de l’Organisation Mondiale de la Santé depuis des mois. Pour y répondre, beaucoup présentent la levée des brevets comme incontournable. C’est dans ce sens que s’était exprimé dans nos colonnes le Dr Jean-Francois Corty, ancien directeur des Opérations de Médecins du Monde (voir le lien ci-dessous). 

Préconiser une telle levée n’est cependant pas sans soulever quelques interrogations, d’abord sur son efficacité (en raison de sa difficile faisabilité) et ensuite sur ses éventuelles conséquences dommageables pour le financement de la recherche. Ces questions sont posées sans nuance par Frédéric Collet, président du LEEM (Les entreprises du médicament) et président de Novartis France. 

Par Frédéric Collet, Président du Leem

Débat sans fin, débat sans fond. Alors que des pays demandent une levée des brevets sur les vaccins contre la Covid, d’autres s’y opposent. Si une telle entorse à la propriété intellectuelle ne permettra pas de fournir davantage de vaccins à la population mondiale, elle pourrait en revanche menacer l’innovation nécessaire à la lutte contre les variants et les pandémies à venir.

Un an. C’est le temps (record) qu’il a fallu pour mettre au point des vaccins contre le Covid. 4 milliards. C’est le nombre de personnes à vacciner dans le monde. Il faut raison garder et faire preuve d’un peu de patience pour que ce nouveau défi soit relevé. En effet, produire des vaccins est une opération extrêmement complexe, avec des étapes de contrôle qualité chronophages et incompressibles. Alors que la fabrication des vaccins traditionnels demande beaucoup de temps, celle des vaccins à ARN, plus rapide, nécessite malgré tout 280 composants distincts et des conditions particulières de froid (-70 °C) avec une logistique lourde d’approvisionnement et de distribution.

Oui, il existe des inégalités d’accès et elles sont insupportables. Mais, au-delà de la production, l’urgence est d’abord de rendre disponibles les doses. Et nous sommes sur la bonne voie. La fourniture de vaccins aux pays les plus démunis était l'un des sujets phare du sommet du G7 qui s’est déroulé mi-juin. Les leaders du G7 se sont engagés à fournir l'équivalent de 1 milliard de doses de vaccins au cours de l'année à venir, avec un objectif de vacciner 60 % de la population mondiale d'ici à la fin de l'année 2022.

Accords de partenariat et adhésion à la vaccination

Ensuite, la seule manière de rendre rapidement opérationnels de nouveaux sites de production est de conclure des accords de partenariat et de transfert de technologie entre des entreprises qui « savent » et des entreprises qui « peuvent ». L’industrie pharmaceutique en a réalisé plus de 270 depuis le début de la pandémie, ce qui est considérable. Il faut également renforcer les achats mutualisés en développant davantage l’initiative COVAX.

Et enfin, il faut agir sur l’adhésion aux vaccins car une grande partie des populations africaines et indiennes est réticente à la vaccination. Pire, 80 % des doses livrées en République Démocratique du Congo (RDC), en avril 2021, ont dues être renvoyées à COVAX faute de candidats.

Il faut collaborer, former, informer, éduquer. C’est ainsi que la vaccination contre le Covid pourra être équitable, que l’immunité collective pourra être atteinte et que l’humanité aura gagné contre le virus. Certainement pas en levant les brevets qui sont les garants même de l’innovation et encouragent les investissements. Comme le précise son président, sans eux, Moderna n’aurait pas pu lever près de 2 milliards d’euros en 2020 pour développer son vaccin.

Et sans eux, les laboratoires ne pourront pas innover contre les variants ni contre les pandémies futures. CQFD.

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Vos réactions (1)

  • Prévisible, mais bien argumenté

    Le 23 juin 2021

    Le propos est prévisible mais réaliste et bien argumenté.

    La levée des Brevets est d'un universalisme de bon ton mais peu pragmatique une fois passé l'effet d'annonce : faire savoir est une chose, savoir faire en est une autre bien plus délicate.

    L'état des lieux nous indique :

    • Qu'il y a des premiers de la classe et des bons derniers : Innovation - Audace - Investissements massifs - Sens ou Goût du risque calculé font la différence.

    • Que les alliances Université - Privé, Privé - Privé furent déterminantes pour relever un challenge vaccinal historique.

    • Que la France est le seul des 5 membres permanents du conseil de sécurité sans contribution à la recherche vaccinale ou thérapeutique , "malgré" un IHU qui aurait pu faire parler de lui ailleurs que dans les gazettes, cafés du commerce ou prétoires. Que serait devenu l'essai Pasteurien " octofene" lillois, sans préjuger de son issue, sans LVMH ?

    • Que l'outil vaccinal est aussi une arme diplomatique et une arme géo-stratégique économique et (surtout) idéologique échappant au verbiage universialiste.

    La levée des Brevets marquerait probablement la fin ou un frein considérable à de la recherche appliquée.

    "Il faut collaborer, former, informer, éduquer" : Le propos est d'actualité depuis des décennies dans des pays où le poids des conflits internes ethniques reste notoire, tout comme celui de la corruption. La "RDC" est citée , la Somalie aurait pu l'être parmi beaucoup d'autres.

    Dr JP Bonnet

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