De Washington à Bruxelles en passant par Paris : toutes les capitales (désormais) favorables à la levée des brevets sur les vaccins !

Washington, le jeudi 6 mai 2021 - En moins de 24 heures, les grandes capitales se sont mises en ordre de marche pour tenter d’accélérer l’accès des vaccins contre la Covid-19 à l’ensemble des terriens. Si depuis un an, de nombreux pays militaient pour faire du vaccin contre la Covid-19 un « bien commun de l’humanité » c’est bien la prise de position de l’administration Biden en faveur de la levée des brevets qui pourrait faire passer ce projet de l’utopie à une réalité presque concrète.

Mercredi 5 mai au soir, la représentante pour le commerce des Etats-Unis, Katherine Tai a déclaré que, compte tenu « des circonstances extraordinaires de la pandémie de Covid-19 » des mesures extraordinaires allaient être mises en œuvre, précisant que si « l’administration croit fermement en la protection de la propriété intellectuelle » elle estime que pour mettre fin à l’épidémie « elle soutient la renonciation à ces protections pour les vaccins Covid-19 ». Si la décision semble avoir fait l’objet d’intenses discussions au sein du Cabinet de Joe Biden, le président s’est finalement rangé en faveur d’une ouverture des brevets, sans doute sous la pression de son Congrès et avec pour ambition de restaurer l’image du pays après les quatre années du mandat de Donald Trump.

Aujourd’hui, l’Union Européenne a indiqué par l’intermédiaire de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen être « prête à discuter » de la proposition américaine. En déplacement dans un centre de vaccination, dans la matinée de jeudi, Emmanuel Macron a également indiqué soutenir cette proposition.

« Un moment monumental » pour l’OMS, une « déception » pour les laboratoires

Les Etats-Unis ont joué un rôle clé dans la découverte d’un vaccin efficace contre la maladie (notamment grâce aux laboratoires Pfizer et Moderna et à un soutien financier du gouvernement américain). Mais la résistance de l’administration américaine contre une levée des brevets constituait le principal frein aux discussions sur cette question. Pour le directeur général de l’OMS, Adhanom Ghebreyesus cette nouvelle position de Washington un « moment monumental » de la lutte contre la Covid-19. D’autant que dans les derniers mois, l’institution a régulièrement fustigé « l’égoïsme » des pays les plus riches ainsi que le manque d’accès aux doses pour les pays du Sud (et notamment d’Afrique).

Fort logiquement, l’annonce de la Maison Blanche a provoqué un séisme en bourse pour les géants de l’industrie pharmaceutique. A Wall Street, Moderna a perdu 6,3 %, Novavax, 4,8 %, BioNTech 3,5 %. Pfizer a cependant terminé stable.


La décision des Etats-Unis « est décevante », a réagi mercredi la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique (IFPMA) dans un communiqué. « Nous sommes totalement en phase avec l’objectif que les vaccins anti-Covid-19 soient rapidement et équitablement partagés dans le monde. Mais comme nous n’avons de cesse de le dire, une suspension (des brevets) est la réponse simple mais erronée à un problème complexe », poursuit le texte.

Une fausse bonne idée ou une vraie mauvaise idée ?

En France, la décision est accueillie favorablement notamment par la gauche. Si Emmanuel Macron avait fait part de sa volonté de faire du vaccin « un bien public de l’humanité » dès juin 2020, il faut rappeler, qu’à l’OMC, la France avait voté à deux reprises contre une résolution de levée des brevets (en octobre 2020 puis en mars 2021), présentée notamment par l’Inde et l’Afrique du Sud.

Emmanuel Macron avait notamment indiqué dans une interview au Financial Times que la levée des brevets devait être une solution de dernier recours, en cas de manque de coopération de la part des fabricants.

Car la décision levée des brevets est susceptible d’avoir des effets contre productifs. Dans un communiqué, Michelle McMurry-Health, présidente de la Biotechnology Innovation Organization (BIO) indique que « remettre aux pays nécessiteux la recette de cuisine sans les ingrédients, les garanties et la main-d’œuvre importante nécessaires n’aidera pas ceux qui attendent le vaccin ».

Pour le PDG de Pfizer, cette mesure aurait un effet pervers majeur en « sapant les incitations à développer des vaccins et des thérapies pour les futures pandémies ». Autre conséquence, la levée des brevets impliquera nécessairement une indemnisation des laboratoires ayant mis au point un vaccin, comme l’a notamment souligné François Bayrou, Haut-commissaire au plan, interrogé jeudi matin par France Inter. « Il n'y a de recherche que si les chercheurs sont respectés et récompensés quand ils trouvent » a-t-il notamment déclaré.

Sur ce sujet, à la fois fondamental et complexe, nous reviendrons dans nos prochaines éditions sur ses implications scientifiques, sanitaires, politiques, juridiques, techniques, éthiques et financières.  

C.H.

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Vos réactions (4)

  • On a encore besoin de la Recherche !

    Le 07 mai 2021

    On parle du Vaccin Covid comme s'il était définitivement acquis. On ne peut pas comparer avec la Variole et son vaccin universel qui coûtait trois fois rien. Les variants qui apparaissent sans cesse de-ci de-là vont imposer une fuite en avant qui peut durer des années. Bayrou dit une évidence : s'il n'y a pas de perspective de gains la recherche va ralentir. Les labos n'ont pas envie de vulgariser leur savoir-faire sans contrepartie. Alors il faut quand-même récompenser les chercheurs qui trouvent, trouver un compromis, un juste milieu motivant, entre milliards de dollars et utilité publique mondiale.

    Dr Jean-Marie Malby

  • Démagogique ?

    Le 07 mai 2021

    Génériquer les produits pharmaceutique n'est pas si facile !
    Il n'y a généralement pas un seul brevet pour les caractériser, mais un grand nombre concernant des aspects variés de la fabrication et des ingrédients, qu'il est nécessaire d'apprendre à mettre en oeuvre séparément puis à intégrer dans un processus industriel innovant à haute capacité.
    La mise en route d'une fabrication à grande échelle de produits aussi complexes que les mRNA demande donc beaucoup de temps et d'investissement, ainsi qu'un délicat savoir-faire technologique à acquérir.

    Ensuite, il me semble que la validation de biosimilarité va être nécessaire et bien difficile à définir. Je n'imagine pas qu'on puisse se satisfaire d'une très douteuse bioéquivalence.
    L'enregistrement de spécialités produites dans ces conditions demandera beaucoup de prudence, et risque donc de n'être obtenu qu'au bout de quelques années.

    N'est-ce pas du temps perdu pour la santé publique, quand la priorité serait au contraire de favoriser les partenariats (voire les contraindre) et la collaboration plutôt que la guerre concurrentielle et la redondance des efforts ?
    Notons que les génériqueurs sont évidemment très intéressés à développer une telle compétence de production intégrée de produits mARN, pour des raisons qui n'ont rien d'humanitaire. Même sans aucun bénéfice financier immédiat, ils y voient la possibilité de se faire financer le déploiement d'unités de production du futur, qui à terme anéantissent le potentiel des créateurs de ces innovations.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Merci Dr Rimbaud

    Le 09 mai 2021

    Merci au Dr Rimbaud pour cette mise au point face aux affirmations simplistes de ceux qui pensent qu'il faudrait tout simplement rendre génériques les vaccins qui viennent d'être découverts, sans autre formalité.

    Elle permet de comprendre pourquoi il faut éviter de proposer des solutions simplistes ou dogmatiques, bien dans l'air du temps et consistant à spolier les chercheurs des bénéfices de leurs recherches. Technique bien dans l'air du temps.

    Dr Jean-François Michel

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