Est-il bon de faire baisser la température de l’adulte fébrile ?

Le traitement de la fièvre par des antipyrétiques est la pratique courante. Cela réduit l’inconfort du patient et le stress physiologique. Chez les patients en état critique, le traitement de la fièvre diminue la demande métabolique et l’hypoxie tissulaire.

Toutefois, certaines études ont montré une corrélation positive au cours de bactériémies, entre la fièvre et la survie. De plus, des antipyrétiques semblent prolonger la durée de certaines pathologies et réduire la réponse immunitaire.

De nombreux travaux ont déjà évalué la balance bénéfice-risque du traitement de la fièvre, se limitant souvent à ces groupes de patients particuliers ou à des traitements spécifiques et donnant des résultats contradictoires. Une nouvelle méta-analyse a été publiée récemment dans le British Medical Journal.

Elle inclut 42 essais randomisés comparant le traitement de la fièvre de toutes origines chez des adultes, à l’absence de traitement ou à l’administration d’un placebo.

Pas d’effet ni sur la mortalité ni sur la qualité de vie

Vingt-deux essais évaluent 11 antipyrétiques différents, 11 essais testent les méthodes physiques de refroidissement, et 8 la combinaison antipyrétique-refroidissement. L’analyse porte sur 5 140 participants au total, dont plus de 3 000 en soins critiques, et plus de 3 200 présentant une fièvre d’origine infectieuse.

Les résultats de la méta-analyse semblent indiquer que le traitement de la fièvre n’a pas d’influence sur le risque de décès ou d’effets indésirables graves chez les adultes fébriles. L’analyse ne permet pas non plus d’affirmer qu’il modifie positivement ou négativement la qualité de vie du patient ou le risque d’effet indésirable peu grave.

Notons que l’une des informations importantes de cette étude est que le nombre total de patients inclus dans les essais randomisés est relativement faible et que moins d’un essai sur deux est réalisé chez des patients dont le pronostic est menacé.

Les traitements antipyrétiques devraient être évalués à partir de nouveaux essais randomisés, offrant une puissance statistique supérieure, et considérant aussi le volet économique, pour préciser les implications de ces traitements, à la fois pour le patient et pour la société.

Dr Roseline Péluchon

Références
Holgersson J et coll. : Fever therapy in febrile adults: systematic review with meta-analyses and trial sequential analyses.
BMJ2022; 378: e069620. doi: 10.1136/bmj-2021-069620

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Vos réactions (4)

  • Besoin d'études interventionelles bien conduites

    Le 04 août 2022

    En attendant des résultats plus robustes, doit-on en déduire que l'utilisation des antipyrétiques devrait se limiter aux situations de fièvre mal supportée.
    Par ailleurs, les antipyrétiques sont aussi des antalgiques. Ceci introduit un biais de recrutement si l'on compare une série intervention à une série témoin de manière seulement observationnelle. Seule une ou des études interventionnelles bien conduites pourraient nous éclairer plus avant. Qu'en pensez-vous ?

    B Pradines

  • Antipyrétiques et délai de guérison

    Le 04 août 2022

    La fièvre en pathologie infectieuse est un des premiers moyens de défense, automatique et gratuit, je ne vois donc aucun intérêt à la faire baisser chez l'adulte sauf lorsqu'elle est associée à un syndrome douloureux intense.
    Il serait très intéressant dans la prochaine étude de comparer le délai de guérison avec et sans antipyrétique, c'est la seule chose réellement intéressante sur ce sujet même si on connait déjà le résultat. Cela aurait le mérite de remettre les pendules à l'heure pour le plus grand nombre.

    Dr F. Richez

  • Personne âgées ?

    Le 05 août 2022

    Ce serait bien aussi de faire une étude qui distingue les personnes âgées.

    Dr Marie-Ange Grondin

  • Trop d'éléments de confusion pour conclure

    Le 08 août 2022

    J'ajoute aux réflexions précédentes qu'on peut utiliser dans cette indication au moins deux classes de produits: 1°) le paracétamol (alias acétaminophène aux USA) et 2°) les AINS, dont le plus fréquent l'Ibuprofene (l'aspirine, alias AAS étant apparenté à cette classe).

    Si on fait un méli-mélo imprécis de l'utilisation de tout çà on ne pourra pas forcément conclure, puisque les aggravations d'état infectieux ont été rapportés seulement, à ma connaissance, avec cette dernière classe.

    Dr J-P Laguens

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