Faut-il un moratoire sur la 5G ?

Paris, le lundi 14 septembre 2020 – Plusieurs élus écologiste et de gauche ont demandé un moratoire sur le développement en France de la 5 G, en attendant d’en savoir plus sur ses conséquences sanitaires.

La « vague verte » aux dernières élections municipales a conduit à mettre de nouvelles questions au cœur du débat public. Ainsi, depuis plusieurs semaines, le débat autour du déploiement futur de la 5G, une nouvelle technologie de télécommunication, prend de plus en plus d’ampleurs, les opposants multipliant pétitions et manifestations. Dernier épisode en date, une tribune publiée dans le Journal du dimanche et signé par plusieurs personnalités de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, demandant un moratoire sur la mise en place de la 5G.

Le gouvernement vise un lancement commercial en fin d’année

La 5G vise à accélérer de manière importante les connexions et échanges d’informations et pourrait, selon ses initiateurs, favoriser le développement de l’intelligence artificielle. La France est actuellement l’un des rares pays d’Europe occidentale à n’avoir pas encore installé d’antennes 5G sur son territoire. Le gouvernement souhaite rapidement rattraper son retard et prévoit de vendre aux opérateurs les fréquences 5G le 29 septembre prochain, pour un développement commercial d’ici la fin de l’année.

Parmi les nombreuses sources d’inquiétudes autour de la 5G, outre la question environnementale, figure des interrogations autour de l’impact potentiellement néfaste de cette technologie sur la santé. Interrogé sur Franceinfo, l’ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoit Hamon considère que le moratoire est justifié « à partir du moment où il peut y avoir une menace sur la santé publique ».

Pas de risque sanitaire à première vue

Mais qu’en est-il en réalité de l’impact sanitaire de la 5G ? Difficile de trancher tant ces technologies restent encore méconnues et surtout en raison de la difficulté universelle de prouver l’absence totale d’innocuité d’un produit. S’agissant des ondes électromagnétiques en général, l’état actuel de la science semble pencher vers une absence de danger. Dans un communiqué, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui dit se baser sur 25 000 articles scientifiques publiés au cours des trente dernières années, conclu que « les données actuelles ne confirment en aucun cas l’existence d’effets sanitaires résultant d’une exposition à des champs électromagnétiques de faible intensité ».

Certaines radiofréquences ont certes été classé comme « cancérigène possible » mais c’est également le cas de l’Aloe vera et des cornichons, explique Anne Perrin, biologiste et membre du Haut conseil de la santé publique. Quand aux personnes qui se déclarent électrosensibles, il n’a jamais pu être prouvé (notamment par des expérimentations en double aveugle) que leurs maux soient réellement liés à l’exposition aux ondes.

Dans le détail, la 5G utilise deux types de fréquences, des bandes basses fréquences autour de 3,5 GHz et des bandes millimétriques basses fréquences, à 24,25 GHz. Pour les premières, proches de celles utilisés par les technologies 3G ou 4G, tout risque pour la santé semble écarté. Lors d’un premier essai réalisé en avril par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), le niveau d’exposition aux ondes provoqué par la 5G n’a jamais dépassé les 10 volts par mètre, soit bien dessous des seuils sanitaires, eux même 50 fois inférieure au seuil d’apparition d’effets nocifs.

Pour les bandes millimétriques, moins connues, la question est moins tranchée, même si les experts se montrent confiant. Interrogé au mois d’août dernier par le Journal du Dimanche, Olivier Merckel, expert à l’Anses et Yves Le Dréan, professeur de biologie à Rennes, ont tous les deux conclu que la 5G présente un risque sanitaire faible.

Moratoire sur la 5G en Suisse

On le voit, même si des incertitudes demeurent et que la question n’est pas (et ne sera peut-être jamais) totalement tranchée, la science penche plutôt vers une absence de dangerosité de la 5G. Le gouvernement, qui a commandé un rapport plus complet à l’Anses à rendre pour janvier 2021, n’entend pas ralentir le déploiement de cette nouvelle technologie, jugé « indispensable » par le ministre de l’économie Bruno Le Maire.

La France n’est en tout cas pas le seul pays du monde où le déploiement de la 5G provoque l’inquiétude. En Suisse, face à une protestation populaire de plus en plus importante, le gouvernement a finalement préféré mettre à l’arrêt son plan de développement de la 5G en février dernier.

QH

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Vos réactions (5)

  • Quels effets ?

    Le 15 septembre 2020

    On doit certes s'interroger sur les effets de ces rayonnements
    1. biologiques : en aurait-on mis en évidence ? A ce jour, non.
    2. cliniques : y en aurait-il de documentés ? A ce jour non.
    3. sanitaires : a t-on observé des signaux épidémiologiques ? A ce jour non.
    Il faut donc poursuivre attentivement les observations.

    Benoit Hamon considère que le moratoire est justifié « à partir du moment où il peut y avoir une menace sur la santé publique ». Ce qui dit bien qu'en l'état actuel d'absence de menace... il n'est pas justifié.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Soyons raisonnables

    Le 16 septembre 2020

    Je tiens à préciser que je ne suis pas partisan de développer l'offre 5G pour le grand public.
    Le marketing de la téléphonie 5G est injustifié ; sans avantage pour le consommateur, il n'a d'autre but que lui faire payer plus en échange de prestations inutiles.

    En revanche la 5G à usage professionnel est un progrès nécessaire.
    Il faudra la déployer avec parcimonie pour éviter la gabegie énergétique et le mésusage, et sous surveillance pour repérer tout éventuel effet environnemental ou sanitaire - bien qu'aucun risque ne menace.

    Dr Pierre Rimbaud

  • 5G, et si on se basait sur le faits plutôt que sur les croyances?

    Le 18 septembre 2020

    Demander à tout un chacun ce qu'il pense sur les effets de la 5G sur la santé? Pourquoi-pas?
    Chacun ira de son "je pense que.." "J'estime que..", sa "croyance ", "je suis pour/contre" "c'est un scandale!" "pas du tout c'est génial!".
    Sur un site d'information médicale, j'attends avant tout des faits, des analyses de ces faits, nous orienter vers les principales sources de données, des études. JIM fait des analyses d'articles tout à fait pertinentes. Continuez à nous informer. Grand merci.

    Pour ma part, si je veux me "faire une idée" je vais lire les articles issus de revues, je ne me base pas sur des débats à la télévision ou les sondages d'opinion...

    Je l'ai fait récemment sur le sujet des vaccins anti-SARS-COV2 à base d'ARN encapsulé. Les résultats de protection de primates par challenge pulmonaire viral sont tout à fait impressionnants. Les résultats de phase I-II aussi. Si on revenait aux faits?

    Dr Jean Caraux

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