La supplémentation en oméga 3 conduit-elle à une majoration du risque de FA ?

Les acides gras oméga-3 présents notamment dans les huiles de poisson jouent un rôle essentiel dans le développement et le fonctionnement du système nerveux central. Leur utilisation dans la prévention primaire ou secondaire de la maladie cardiovasculaire fait débat et leurs quelques effets bénéfiques ne sauraient dispenser de mesures préventives bien plus efficaces, telles la correction des facteurs de risque, la lutte contre la sédentarité et autres approches hygiénodiététiques.

Par ailleurs, certains essais randomisés de grande envergure ont pu suggérer que les oméga-3 augmentaient le risque de fibrillation auriculaire (FA), une notion qui n’est pas confirmée par d’autres études dont certaines aboutissent même à la conclusion inverse. Face à cette situation confuse, il reste une solution qui, sans être la panacée, n’en permet pas moins de faire la synthèse des données existantes, c’est la méta-analyse ! Celle-ci a porté sur les travaux enregistrés dans les bases de données MEDLINE et Embase, entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2020. Elle s’est ajoutée à une méta-analyse des grands essais contrôlés publiés en 2019 et consacrés à l’évaluation des effets cardiovasculaires des oméga-3. Ont été retenues les études portant sur au moins 500 patients, le suivi médian devant, pour sa part, être d’au moins une année.

Un accroissement de 11 % du risque de FA avec chaque gramme d’oméga 3 de plus par jour !

Sur les 4 049 publications recensées et parcourues, seules sept études ont été ainsi jugées dignes de figurer dans cette méta-analyse qui a porté sur un total de 81 210 patients (âge moyen : 65 ans ; femmes : 39 %) répartis en deux groupes selon la dose d’oméga-3 administrée : respectivement ≤1gramme par jour (g/j) (n= 58 939 ; 72,6 %) et > 1 g/j (n=22 271 ; 27,4 %). Le suivi moyen pondéré a été de 4,9 années.

L’exposition aux oméga-3 a été globalement associée à un risque légèrement accru de FA, le Hazard Ratio HR étant en effet estimé à 1,25 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% 1,07-1,46, p = 0,013). Ce risque est apparu plus élevé avec les doses > 1g/j (HR 1,49, IC 95 %1,04-2,15, p = 0,042), versus les doses ≤ 1 g/j (HR 1,12, IC 95 % 1,03-1,22, p = 0,024, p pour l’interaction <0,001). L’analyse par métarégression a également plaidé en faveur d’une relation de type dose-effet : chaque apport supplémentaire d’un g/j a ainsi été associé à un risque majoré de 11 % (HR 1,11, IC 95 % 1,06-1,15, p = 0,001).

Sans prétendre clore le débat, il est possible de considérer avec les résultats de cette méta-analyse qu’une supplémentation en oméga-3 polyinsaturés marins augmente le risque de FA, principalement quand ils sont administrés à des doses quotidiennes > un gramme. En-deçà, le risque quoique statistiquement significatif, serait des plus faibles.

Dr Catherine Watkins

Référence
Gencer B et coll. : Effect of Long-Term Marine Omega-3 Fatty Acids Supplementation on the Risk of Atrial Fibrillation in Randomized Controlled Trials of Cardiovascular Outcomes: A Systematic Review and Meta-Analysis. Circulation 2021 ; publication avancée en ligne le 6 octobre. doi.org/10.1161/CIRCULATIONAHA.121.055654.

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Vos réactions (3)

  • Se souvenir que...

    Le 24 novembre 2021

    Utile de rappeler que les paléo-nutitionnistes, ont évalué que la diététique de nos ancêtres lointains, mais génétiquement proches, identiques, avaient des apports en oméga 3 et omega 6, dans un rapport entre 0.7 et 1 ; très loin du rapport recommandé actuel de 4 ou 5 selon. Et c'est études paléo, n'ont pas été faites qu'après l'invention de l'agriculture, après la sédentarisation.
    Mais nous avons en plus proche, les inuits qui ont (avaient) une nutrition qui a de très forte chance d'avoir un apport en oméga 3 marin largement supérieur à 1 gr. Ces inuits étaient-ils connus pour avoir plus de fibrillations ?

    Dr Christian Trape

  • On mange quoi alors ?

    Le 24 novembre 2021

    Ces études finissent par semer la confusion...

    Dr A. Muller

  • Pipo

    Le 27 novembre 2021

    Les supplémentations sont et seront toujours désastreuses (sauf sans doute pour la vitamine D).
    En dépit d'un style de vie catastrophique les humains n'ont jamais vécu si bien et si longtemps. Un peu d'effort sur l'alimentation, sur l'activité physique, moins de "besoins" inutiles et tout sur le plan sanitaire pourrait aller mieux.
    ON NE SE NOURRIT PAS DE NUTRIMENTS MAIS D'ALIMENTS.
    Les supplémentations en oméga 3, vit B9, pré et probiotiques... pipo.

    Dr Jean Pierre Sapin

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