Le confinement a sauvé des vies…en diminuant la pollution

Pour limiter la transmission du SARS-CoV-2, le gouvernement français avait décidé d’un confinement strict de la population du 16 mars au 11 mai 2020, suivi d’un déconfinement progressif (du 12 mai au 22 juin). Cela a induit un ralentissement économique massif et une baisse considérable des activités sociales.

L’étude présentée dans le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire-Santé Publique France) montre l’impact de la diminution du niveau de la pollution de l’air ambiant sur la mortalité, en France métropolitaine, en lien avec le confinement (1).

Les polluants étudiés étaient : (1) les particules fines PM10 et PM2,5 (particules en suspension dans l’air en phases solides et liquides, de diamètre inférieur respectivement à 10 et à 2,5 micromètres) ; ces PM sont principalement liés au trafic routier, à l’industrie, au chauffage domestique et aux épandages agricoles, et (2) le dioxyde d’azote, NO2 (lié essentiellement au trafic routier).

Les études de mortalité ont été réalisées à l’échelle communale chez les personnes de 30 ans et plus. C’est la méthode d’évaluation quantitative d’impact sur la santé (EQIS) qui a été utilisée pour estimer l’impact sur la mortalité de la population (2).

Les impacts ont été calculés à partir de la différence entre l’exposition effective de la population pendant les périodes de confinement strict et de déconfinement progressif, et l’exposition qui aurait été observée en l’absence de ces mesures de confinement.

Diminution de la pollution en particules fines et NO2

En moyenne, pour la période du confinement strict (du 16 mars au 11 mai 2020), et selon les communes, des pourcentages de réduction moyens respectifs en polluants de 12,5 % pour les PM10 et de 44,7 % pour le NO2 ont été observés.

Pour la période de déconfinement progressif (du 11 mai au 22 juin 2020) la baisse des concentrations en polluants a été moins importante, toujours plus marqué pour le NO2 que pour les PM.

L’impact à plus long terme a été étudié pour la période allant du 1er juillet 2019 au 30 juin 2020, incluant donc une période de 8 mois « normale » sans aucun confinement et la période de confinement strict (du 16 mars au 11 mai 2020). Une différence entre les concentrations annuelles pour les PM2,5 et pour le NO2 a été observée selon les périodes (sans confinement et avec confinement), avec des pourcentages de réduction moyens respectifs de 2,4 % et 7,8 % pour les PM2,5 et pour le NO2. Un gradient d’exposition positif allant des zones rurales aux zones urbaines de plus de 100 000 habitants et plus marqué pour le NO2 que pour les PM2,5 a été également observé.

Les auteurs concluent que « La limitation des activités socioéconomiques au printemps 2020 a entraîné une réduction de l’exposition de la population française au NO2 et aux particules fines qui a permis d’éviter environ 3500 décès, 2 300 en lien avec les PM et 1 200 en lien avec le NO2 ».

Pour mettre en perspective ces estimations liées aux baisses de concentrations du printemps 2020, l’impact à long terme de la pollution de l’air ambiant sur la période 2016-2019 a été estimé à près de 40 000 décès par an en lien avec une exposition de la population aux PM 2,5 et à près de 7 000 décès par an pour le NO2 (3).

Les auteurs précisent que ces résultats ne représentent qu’un ordre de grandeur des impacts sanitaires de la pollution de l’air ambiant et qu’ils sont associés à plusieurs « sources d’incertitudes » (cartographie de la pollution, hypothèses concernant l’influence du confinement sur les émissions, choix des risques relatifs, système de modélisation). Ils indiquent aussi que seulement deux indicateurs de pollution ont été étudiés, les PM et le NO2 avec un impact ne portant que sur mortalité. Il s’agit donc d’une estimation « a minima » des effets de la pollution sur la santé.

Pr Dominique Baudon

Références
(1) Adélaïde L et coll. : Impact de la pollution de l’air ambiant sur la mortalité en France métropolitaine :
réduction en lien avec le confinement du printemps 2020 et impact à long terme
pour la période 2016-2019 BEH, Bulletin épidémiologique hebdomadaire p. 232 Santé publique France, Saint-Maurice
(2) Pascal M, Yvon JM, Medina S. Pollution atmosphérique. Guide pour la réalisation d’une évaluation quan-titative des impacts sur la santé (EQIS). EQIS avec une exposition modélisée. Saint- Maurice: Santé pu-blique France; 2019. 92 p. https://www.sante publiquefrance.fr/determinants-de-sante/pollution-et-sante/ air/documents/guide/pollution-atmospherique.-guide-pour-la- realisation-d-une-evaluation-quantitative-des-impacts-sur-la- sante-eqis-.-eqis-avec-une-exposition-modelisee
(3) Medina S, Adélaïde L, Wagner V, de Crouy Chanel P, Real E, Colette A, et coll. : Impact de pollution de l’air ambiant sur la mortalité en France métropolitaine : réduction en lien avec le confinement du printemps 2020 et nouvelles données pour la période 2016-2019. Saint-Maurice: Santé publique France; 2021. 64 p. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants- de-sante/pollution-et-sante/air/documents/enquetes-etudes/ impact-de-pollution-de-l-air-ambiant-sur-la-mortalite-en- france-metropolitaine.-reduction-en-lien-avec-le-confine ment-du-printemps-2020-et-nouvelle

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