Plus belle l’hydroxychloroquine : quand la série marseillaise déçoit encore !

Paris, le jeudi 28 mai 2020 – On sait bien que depuis longtemps les épisodes sont moins bons, que le rythme s’essouffle, que le suspens est éventé. Mais il est difficile de se résoudre à abandonner une série que l’on a apprécié pour ses rebondissements et les caractères intrigants de ses personnages. On continue par nostalgie à espérer de nouvelles péripéties. Aussi, quand nos alertes Twitter ou les chaînes d’information en continu nous apprennent  mercredi 27 mai vers 22 h qu’une nouvelle étude répondant à l’article négatif publié par le Lancet a été postée sur le site de l’Institut hospitalier universitaire (IHU) de Marseille, on ne résiste pas.

Quelques scènes pas dénuées d’intérêt

C’est un simple résumé dont il est difficile de déterminer s’il a été (ou sera) soumis à une revue. Il s’agit de l’analyse rétrospective de l’évolution de 3 737 patients infectés par SARS-CoV-2 dont 81,7 % ont été traités par hydroxychloroquine et azithromycine pendant « au moins » trois jours et 18,3 % par « d’autres méthodes » (sans que les critères de choix entre ces deux stratégies soient explicités).

L’information qui se révèle peut-être la plus intéressante de ce bref résumé concerne les tests réalisés par l’IHU qui ont concerné 65 993 personnes, qui ont conduit à la détection de SARS-CoV-2 chez 6 836 patients (10,4 %) dont 3737 sont l’objet de cet abstract sans là encore que l’on puisse savoir sur quels critères ils ont été retenus. Cette donnée épidémiologique nous renseigne sur la circulation du virus dans une région où l’intensité de l’épidémie a été plus limitée qu’en Ile-de-France ou dans le Grand-Est. Elle suggère que la circulation du virus pourrait avoir été un peu plus importante que ce que supposent certaines modélisations. Par ailleurs, toujours dans une perspective de meilleure connaissance de la maladie et de ses différentes présentations, on relève la fréquence élevée de lésions pulmonaires au scanner même chez des patients présentant des symptômes cliniques très modérés (NEWS Score 0) (62 % des 933 patients chez lesquels une tomodensitométrie à faible dose a été réalisée). 

Présentation bâclée des personnages

Mais au-delà de ces données potentiellement éclairantes sur la maladie, ceux qui auraient espéré un rebondissement quant à l’intrigue principale autour de l’hydroxychloroquine seront probablement très déçus. L’« étude » évoquée par ce résumé a inclus 3 737 patients, à propos desquels les informations sont succinctes : le groupe dans son ensemble était majoritairement constitué de femmes (55 %) avec un âge moyen de 45 ans (donc a priori des sujets à risque limité de formes graves). Aucune information précise n’est donnée dans cet abstract sur la prévalence des différentes comorbidités, sur les symptômes des patients et même sur la nature de leur suivi (à l’hôpital ou à domicile ?). Tout au plus nous indique-t-on que l’âge, les comorbidités, un NEWS Score de 2 et différents marqueurs biologiques et radiologiques déjà identifiés dans la littérature étaient associés à un pronostic défavorable. Il n’est pas non plus nécessaire de vouloir s’appesantir sur d’éventuelles différences entre le groupe traité et le groupe « contrôle ». Rien ne sera dit de précis sur ce dernier dans ce résumé. 

Puisqu’on vous le dit, c’est que ça marche

A partir d’informations aussi parcellaires, une première affirmation est pourtant posée : « Le traitement par HCQ-AZ a été associé à une diminution du risque de transfert aux soins intensifs ou de décès (HR 0,19 ; 0,12-0,19), une diminution du risque d’hospitalisation supérieure ou égale à dix jours (odds ratios IC 95 % 0,37 ; 0,26-0,51) et une durée plus courte de l’excrétion virale (délai avant PCR négative : HR 1,27 ;1,16-1,39) ». Ces résultats sont donnés sans aucune possibilité de comparaison directe avec le groupe n’ayant pas reçu le traitement par HCQ-AZ. Concernant le taux de mortalité, il est donné de façon globale pour l’ensemble des « sujets » (traités par HCQ-AZ ou non) et atteint 0,9 %, sans que l’on connaisse les taux de décès dans les 2 groupes. On notera enfin une information concernant les effets secondaires : une prolongation des QTC a été notée chez 25 patients, nécessitant une interruption du traitement dans trois cas. « Aucun cas de torsade de pointe » n’a été constatée.

Faux suspens

Cependant, comme dans toute bonne (ou mauvaise) série, les auteurs n’ont cependant pas failli en ménageant un suspens de dernière minute. « Un diagnostic et une quarantaine précoces et un traitement précoce d’au moins trois jours HCQ-AZ permettent une amélioration significative du pronostic clinique et de la contagiosité par rapport aux autres traitements », découvre-t-on. Ainsi, il y aurait des données non présentées dans l’abstract  plaidant en faveur de la conjonction de ces trois stratégies, résultats permettant également probablement de préjuger la part respective de chacune de ces méthodes. C’est évidemment ce que feindront de croire ceux qui refusent que le générique de fin ne défile sur cette saga essoufflée dont les réalisateurs ne se donnent guère plus la peine de contrôler l’intrigue.

Spoiler alert : il est probable que ce résumé griffonné sur le site de l’IHU n’ait aucun impact sur l’arrêté publié hier au Journal officiel abrogeant celui qui permettait la prescription de l’HCQ dans le traitement des patients hospitalisés atteints de formes graves de Covid-19 en France.

A.H.

Référence
Early diagnosis and management of COVID-19 patients: a real-life cohort study of 3,737 patients, Marseille, France. Publication en « preprint » sur le site de l’IHU, le 27 mai 2020 (le nom des auteurs n’est pas précisé sur le site de l’IHU).

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Vos réactions (31)

  • Pile ou face ?

    Le 28 mai 2020

    L'étude de Lancet est claire comme de l'eau de roche, et pure comme la neige, pas comme celle du monstre de Marseille, mage thaumaturge et ennemi de l'humanité. Une fois qu'on a bien repéré où était la cognée, comme il est doux d'aller du côté du manche.
    Comme ça on est contre, tout contre, et sa plume avec.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Quel est le nom de l’auteur AH ?

    Le 28 mai 2020

    Pourquoi l’auteur ne signe que par
    ses initiales ?

    Dr Jean-Pierre Campagni

  • Stop aux élucubrations du mage

    Le 28 mai 2020

    G Bouquerel a parfaitement raison !
    Stop aux élucubrations du mage (qui pollua le discours pdt 3 mois et surtout donna de fausses espérances à 65 millions de français !) qui frisent désormais l'absurde !

    Ecoutez sur LCI le long interview qu'il à donné ce mercredi à Pujadas ! Effarant !... pétri de certitudes et de condescendance, le gars ! insupportable donc.
    Allez voir, ça vaut le détour !
    https://www.lci.fr/sante/suivez-l-interview-du-pr-didier-raoult-invite-exceptionnel-de-david-pujadas-ce-mardi-sur-lci-hydroxychloroquine-covid-19-coronavirus-2154695.html

    ACR, pharmacien industriel

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