Trop de bruit, et le syndrome métabolique ferait fureur ?

Le bruit est l’un des polluants environnementaux les plus répandus certes d’une manière générale, mais plus particulièrement dans certains environnements professionnels. L’exposition chronique ou répétée à ce fléau omniprésent n’est pas sans retentir sur la santé, mais jusqu’à présent, ce sont surtout ses effets auditifs qui ont sollicité toute l’attention des épidémiologistes. Quelques études ont cependant fait leur apparition dans la littérature internationale en plaidant pour un lien possible entre l’exposition au bruit et divers troubles métaboliques, voire l’obésité au travers de mécanismes qui feraient intervenir les hormones de stress ou encore les troubles du sommeil. Les résultats de ces études strictement transversales brillent surtout par leurs discordances liées en grande partie à la multiplicité des facteurs de confusion potentiels.

Une revue systématique des données de la littérature médicale internationale apporte sa pierre à l’édifice. Son objectif était de documenter autant que faire se peut une association entre l’exposition au bruit et le risque de syndrome métabolique. Les bases de données PubMed et Web of Science ont été explorées jusqu’en décembre 2020. Les données recueillies ont été traitées au moyen d’études multivariées et regroupées dans le cadre d’un méta-analyse à effets aléatoires.

Les risques relatifs ajustés (RRA) imputables au bruit ont été calculés en procédant à des stratifications par sous-groupes déterminés selon les variables suivantes : genre, lieu de l’étude, protocole, source du bruit, qualité méthodologique. Les ajustements, pour leur part, ont porté sur le tabagisme, la consommation d’alcool, l’indice de masse corporelle, l’activité physique et le travail posté éventuel.

Cinq études, avec près de 45 000 participants, suggèrent une association mais sans lien de causalité

Au total, cinq études regroupant 44 698 participants et 5 187 cas de syndrome métabolique défini selon les critères en vigueur ont été retenues pour la méta-analyse. La comparaison entre cas et témoins a fait apparaître une association significative quoique modeste entre l’exposition au bruit et le risque de syndrome métabolique, le RRA étant en effet estimé à 1,27 (intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 1,02-1,60). A titre d’exemples, les valeurs correspondantes du RRA quant au risque associé à la pression artérielle et à la glycémie ont été respectivement estimées à 1,11 (IC 95 % 1,02-1,21) et à 1,11 (IC 95 % 1,06-1,17). L’analyse par sous-groupes a révélé que ce risque était statistiquement significatif dans toutes les études de cohorte (RRA = 1,34, IC 95 %, 1,06-1,68). Il en a été de même pour les études qui ont pris en compte le bruit ambiant ou celui lié au trafic (RRA = 1,24, IC 95 %, 1,13-1,35) et celles consacrées au bruit professionnel, en excluant cependant une étude de qualité médiocre (RRA = 2,21, IC 95 %, 1,41-3,44).

Cette méta-analyse suggère l’existence d’une association entre l’exposition au bruit et le risque de syndrome métabolique, a fortiori quand sa source est professionnelle. Le lien de causalité est cependant loin d’être établi, d’autant que les études incluses sont transversales. Pour conclure, il faudra à l’évidence des études de cohorte prospectives menées dans divers pays au sein de populations variées. En attendant, il faudra se contenter de supputations alimentées par des publications du niveau (de preuve) de cette méta-analyse.  

Dr Joseph Miller

Référence
Li W et coll. : Association of noise exposure with risk of metabolic syndrome: Evidence from 44,698 individuals. Diabetes Res Clin Pract. 2021: publication avancée en ligne le 8 juillet. doi: 10.1016/j.diabres.2021.108944.

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Vos réactions (1)

  • Arnaque ?

    Le 27 septembre 2021

    Bien qu'intellectuellement compréhensible et assimilable.

    Le terme syndrome métabolique et toute la clique qui suit est une arnaque. Il faudrait nommer ca autrement.

    Dr Gregory Cuffel

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