“Unis pour la santé”, un club pour informer les députés ignorants sur les questions de santé… alors qu’ils votent

Suite au sondage réalisé par l’ONG Action Santé Mondiale avec Harris Interactive sur les parlementaires face aux enjeux des menaces sanitaires globales, Action mondiale lance officiellement le club parlementaire Unis pour la santé. Présenté hier à l’Assemblée nationale, elle espère sensibiliser les parlementaires et faire ainsi bouger les choses.

Première révélation de ce sondage, 68 % des parlementaires estiment que la réponse de la France à la pandémie de Covid a été à la hauteur. Malgré tout, l’impréparation du système de santé à la pandémie les a interpellés à 65%, tandis que 66% d’entre eux déplorent les problèmes rencontrés par le système de santé et les hôpitaux.

Par ailleurs, cette étude révèle l’ignorance sur les sujets post-covid et les actions entreprises par la France au titre de l’aide publique au développement. 57 % seulement s’estiment être plutôt bien informés sur ces points (dont 6% très bien informés), donc 43 % s’estiment carrément mal informés.

Autre chose, alors que la part de la santé s’élève à 8% du budget de l’aide internationale de la France, les parlementaires la surestiment grandement. Dans leur esprit, cette part atteint les 10 à 30 %. « Sachant que dedans sont comptabilisés les financements européens. Ce qui est d’autant plus inquiétant », rappelle Élise Rodriguez, directrice du plaidoyer action santé mondiale.

« Les députés sont des gens curieux mais ne sont pas des sachants absolus. Je pense que nous sommes mal informés aujourd’hui de manière générale sur ce qui se passe dans le monde. Cela fait disparaître tout le travail d’analyse, c’est à prendre en compte sur tous les sujets.» se justifie Guillaume Gouffier Valente, député de la 6ème circonscription du Val-de-Marne. 

C’est pourquoi le club parlementaire Unis pour la santé a été officiellement créé hier. « L’idée de ce club est de formaliser les questions de santé, de rendre plus visibles, plus faciles à suivre les actualités. C’est un club ouvert de façon transpartisane, on n’a pas de système d’inclusion et d’exclusion. Nous allons proposer un programme avec des rencontres, des visites pour échanger sur les enjeux de santé mondiale et de solidarité internationale. L’idée est de profiter aussi des parlementaires des différentes politiques pour qu’ils nous aident à mailler l’Assemblée nationale de personnes qui sont intéressées à suivre nos discussions. De même nous voulons avoir des thématiques assez larges, avec un lien sur la santé et les défis globaux comme la malnutrition et la santé environnemental », annonce Antoine Gautier « Ce club est en lien avec les réseaux européens et internationaux de parlementaires européens et internationaux. Nous aimerions que les parlementaires puissent parler avec leurs homologues européens. »

« Ce qui est certain, c’est que si jamais il y a un club, cela permettra de parler plus de ces questions. Cela me paraît être un bon début. Et si j’écoute les députés à priori ils pensent que c’est un bon moyen de faire avancer les choses. » renchérit Jean Daniel Lévy, directeur délégué d’Harris Interactive.

Et en effet ce Club est accueilli avec enthousiasme dans les rangs de l’hémicycle. Sandrine Josse, députée Modem de la 7e circonscription : « nous sommes plusieurs parlementaires mobilisés, il faut encore plus transmettre cette information. La prise de conscience est bien là. Vous pouvez compter sur les parlementaires déjà mobilisés. Je suis de tout cœur avec vous ». Guillaume Gouffier Valente, député de la 6ème circonscription du Val-de-Marne et responsable des textes relatifs à la gestion de la crise sanitaire pour la majorité présidentielle : « c’est une bonne chose de voir ce club se former. Adossé à une ou plusieurs ONG, il permet de s’appuyer sur une expertise d’acteurs de terrain, de fonctionner de manière transpartisane, ce qui est fondamental sur ces sujets-là. »

Cette initiative permettra potentiellement d’ouvrir les esprits des parlementaires sur d’autres question de santé : « on se rend bien compte que c’est la question de la santé en général qui est en jeu. La pandémie est récente et permet de regarder s’il y a une sensibilité sur ces questions-là. Ensuite nous travaillons sur les déterminants de la santé, le changement climatique, l’émergence des zoonoses. Un autre point quand on parle de santé, on parle d’infrastructure, d’accès aux médicaments, pénurie de médecins… Cela montre que le système est globalisé », explique Elise Rodriguez.

Albane Cousin

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Vos réactions (2)

  • Le terminator malgré lui est-il correctement representé ?

    Le 09 juin 2023

    Le problème de la santé en France est épineux et dangereux, la leçon du coronavirus a été mal interpretée, certains en ont profité pour changer les règles du jeu, et tout part en vrille depuis 18 mois.

    Actuellement, début juin 2023, nous voici devant une nouvelle pénurie d'antibiotiques, des gens vont peut être mourir de pneumonie - ces pénuries sont aggravées par la diminution lente mais réelle du nombre de lits d'hôpital chaque semestre (quatre cent lits d'hopital vont fermer en 2024 avec le regroupement Bichat-Beaujon à Paris Nord). Si les malades s'aggravent car l'antibio met 4 jours avant d'être livré en officine : l'été va être cruel : pas d'antibio et encore d'autres services vont fermer l'eté. Les hôpitaux ne pourront plus accueillir ceux qui s'aggravent. Les pharmacies ne peuvent plus délivrer d' Amoxicilline-acide clavulanique depuis le 2 juin. Malgré l'énorme crise qui a duré de décembre à mars cet hiver, les autorités (ministère et agence du médicament) n'ont donc rien appris ? Le désastre est reparti et on va passer un sale hiver 2023. Vaccinez-vous contre le pneumocoque.

    Les centres de radio de ville sont rachetés par des groupes boursiers qui payent un minimum des prestataires radiologues. Ces derniers sont payés selon leur contrat qui souvent leur permet de bosser en télétravail. Les secrétaires essayent de ne plus donner de CD, c'est l'ordre que la direction leur donne... C'est une dispute permanente pour les obtenir. Vous appelez le cabinet de radio car vous constatez une erreur sur un compte rendu apres avoir lutté pour obtenir le CD (spécialiste en pneumologie, je constate en regardant les CD au minimum quatre erreurs par semaine, par ailleurs les nodules ne sont plus mesurés ni comparés aux scanners precedents) : vous ne pouvez joindre le praticien... il vient rarement au centre radiologique, juste les jours où il fait des echographies. Pour les scanners il est chez lui et télétravaille "en ligne". La qualité des prestations de 3 cabinets radiologiques sur cinq de ma région devient minable.

    Le prix de mes consultations et tests respiratoires n'a pas évolué depuis... 2001 lorsque je faisais des remplacements. Par contre les loyers, l'urssaf explosent.
    Mes amis gastroentérologues m'expliquent que les cliniques où ils pratiquent les endoscopies les limitent depuis un an dans leur activité (pas plus de 4 ou 5 endoscopies par vacation). Il faut protéger absolument les infirmières du surmenage. Surtout ne pas trop leur en demander sinon elles risquent de démissionner. Si le malade vomit du sang : c'est bien dommage, mais est ce vraiment urgent ? On vous avait prévenu, pas plus de 4 ou cinq, vous avez fait votre quota, non ? Les revenus baissent, une de mes connaissances a passé un diplôme juridique en 2021/2022 et désormais fait des expertises pour les compagnies d'assurance faute de pouvoir faire de la médecine et gagner sa vie grâce à son métier d'origine.

    La charge papier, facturation etc... le prix des consommables, l'abonnement internet etc... le prix des secrétariats explosent également.

    On comprend donc que les jeunes ne veulent plus s'installer, de peur de passer leur temps à négocier avec les pharmacies qui contactent le cabinet 3 fois par jour pour dire "le médicament prescrit, il n'y en a plus" (antibios, médicaments cardio, anti-inflammatoires....je n'ai parlé que de l'Augmentin mais la liste est longue), des frais de fonctionnement qui croissent, des comptes rendus radio non fiables; les malades qui refusent de faire la queue 6h aux urgences dans les cas graves, malgré les conseils.

    Je ne sais ce que ce groupe d'information -lobbyiste de sa propre cause va dire. Ils vont surement être écoutés par des gens qui n'y peuvent RIEN car nous sommes dans un monde du "chacun pour soi". Des praticiens qui signent malgré eux des contrats merdiques, pour bosser en groupe chez Ramsay et Vivalto et autre entreprises financières, gérées par des groupes d'actionnaires. Ces mêmes actionnaires ont nommé des "directeurs des soins" qui méprisent les médecins et protègent les infirmièéres et brancardiers contre tout travail "de trop" (terme mal defini volontairement). En ville, des radiologues assez souvent chez eux, derrière leurz ecrans-scanners entre deux parties de tennis.

    Que pourra dire ou faire ce groupe de lobbyistes dont j'ignore tout ? Pour ma part je partirai a la retraite à taux partiel, je n'irai pas au bout de mon écheance. Et je comprends parfaitement que l'exercice de la medecine soit consideré comme invivable par les jeunes. Il est humain et inévitable de s'inquiéter pour des malades qui ne peuvent plus bénéficier d'examens diagnostiques de qualite ou de médicaments en pharmacie. Ceci alors que l'on constate l'absence de plan B à l'hopital : les centres hospitaliers ferment de plus en plus de lits. Que faire en cas d'aggravation des patients ? Nous avons assez durement étudié pour être médecins. Nous ne voulons pas être les complices de Terminators professionnels administratifs privés ou publics malgré nous. C'est mon opinion.

    Dr I. Herry


  • Informer les votants, ne faire voter que des informés

    Le 09 juin 2023

    Au moment où la loi Valletoux est votée allègrement par nos parlementaires, une information judicieuse serait la bienvenue : les médecins libéraux ne sont pas des fonctionnaires, alors qu'est ce qu'une profession libérale ? Comment soigner efficacement une population ? Voilà des truismes qu'un député devrait maîtriser avant de voter sur le sujet !
    Dr F. Chassaing

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