Autisme : les enfants et les adultes trois fois plus à risque d’automutilation

Les désordres du spectre de l’autisme (ASD) sont marqués par des déficits persistants affectant la communication sociale, les interactions et des comportements répétitifs. En 2017, leur prévalence aux USA était estimée à 5 437 988 adultes, soit 2,21 % de la population. Chez les enfants, celle-ci n’a cessé de croître ces dernières décennies, de par une meilleure reconnaissance de l’affection et une identification plus grande des formes moyennes, sans détérioration intellectuelle. En 2016, un enfant de 8 ans, sur 59, présentait des critères justifiant une surveillance et un enfant/40 entre 1 et 17 ans, avait eu un diagnostic d’ASD posé chez un de ses parents.

De multiples études ont alarmé sur un risque plus élevé, 2 à 10 fois plus grand que dans la population générale, de comportements auto agressifs et suicidaires en cas d’ASD mais l’amplitude de cette association variait considérablement selon les publications, le rapport de cotes (OR) allant de 0,86 à 18,76. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette grande flottabilité, dont l’ existence fréquente de troubles mentaux concomitants à type de désordres de déficit de l’ attention/ hyperactivité, de troubles anxieux ou de pathologies dépressives qui, par eux même, majorent le risque de suicide et d’automutilation. Chez les adolescents, et notamment en cas d’ASD, il est acquis qu’une blessure volontaire est associée à un risque accru de tentative de suicide (HR : 5,28 ; IC à 95 % : 1,80 - 15,47).

Une revue systématique avec méta-analyse et des investigateurs indépendants

Une nouvelle revue systématique avec méta-analyse a été menée, ciblant les études épidémiologiques disponibles traitant des comportements d’automutilation et suicidaire chez les enfants et adultes souffrant d’ASD. Il a été conduit une recherche systématique dans les grandes banques de données : PubMed, Embase, CINAHL…, depuis leur création jusqu’en Avril ou Juin 2020, sans restriction de langue, d’âge ou de date de la publication. Des investigateurs indépendants ont évalué la conception des travaux, le type de population ciblée, les définitions retenues pour l’ASD et les gestes automutilants ainsi que le devenir clinique des patients. Les OR pour les associations entre ASD et automutilation ou suicide furent calculés, stratifiés en fonction du type d’étude et de l’âge des malades. La comparaison porta avec la population générale ou avec des individus indemnes de troubles comportementaux en rapport avec un ASD. Les études pédiatriques et adultes furent résumées de façon distincte.

31 études de qualité modérée à grande retenues dans l’analyse finale

Sur 3 113 titres et abstracts retrouvés après recherche bibliographique, 110 restèrent potentiellement éligibles. Après exclusions diverses, 31 études furent retenues, jugées de qualité modérée à grande. 16 (52 %) avaient été conduites chez des enfants, 13 (43 %) en milieu adulte et 2 (6 %) dans les 2 sous-groupes de population. 17 d’entre elles retrouvèrent une association entre ASD et comportement auto mutilant, l’OR variant entre 1,21 et 18,76, avec un OR commun calculé à 3,26 (IC à 95 % :2,74- 3,84 ; I2 à 92,56 %). 7 autres études ne décelèrent aucune association. 16 analysèrent l’association entre ASD et suicidabilité. L’OR alla de 0,86 à 11,10 pour un OR mixte à 3,32 (IC 95 %: 2,60- 4,29 ; I2 à 94,95 %). La grande majorité des études (71 %) prirent la population générale comme groupe témoin. Des analyses stratifiées, suivant le cadre clinique ou l’âge, fournirent des résultats similaires. Toutefois, il apparut que les adultes étaient plus à risque d’automutilation que les enfants : l’OR se situant à 1,45 (IC 95 % : 1,04- 2,03). Faute d’informations suffisantes, l’impact du sexe et des comorbidités ne put être correctement évalué. Il faut toutefois regretter le haut niveau d’hétérogénéité des travaux retenus.

L’ASD est associé à un risque 3 fois plus important de comportement auto-mutilant chez l’adulte et l’enfant

Ces dernières décades, l’incidence des tentatives de suicide ou des idées suicidaires, dans la tranche d’âge 5- 19 ans, prises en charge aux Urgences, a doublé aux USA. Des études récentes suggèrent que les individus présentant un ASD sont à risque particulièrement élevé d’automutilation et d’autolyse. La méta-analyse ici rapportée confirme que l’ASD est associé à un risque 3 fois plus important de comportement auto mutilant, tant chez l’adulte que chez l’enfant, les OR, selon les publications allant de 1,26 à 8,47. Un impératif majeur de santé publique est donc de mettre en route des interventions ciblées afin de bien identifier ces sujets et de réduire ce risque.

Limites de l’analyse

Plusieurs réserves sont cependant à signaler, inhérentes aux types d’études. Les estimations entre ASD et automutilation n’ont pu être ajustées à des comorbidités très importantes comme les déficits d’attention/hyperactivité ou encore les troubles intellectuels. Il a déjà été regretté l’hétérogénéité majeure des publications sélectionnées pour la méta-analyse. Le devenir des patients a été variable selon les études et il n’a pas été mené d’analyse pour certaines automutilations particulières. Des biais de publication ont pu survenir. Enfin, il importe de tenir compte du nombre croissant d’année en année, d’ASD diagnostiqués.

En conclusion, cette revue systématique couplée à une méta-analyse confirme que l’ASD est associée à une augmentation nette des comportements auto mutilants et suicidaires chez les enfants comme chez les adultes, quels qu’en soit leur origine et lieu de résidence. Des travaux ultérieurs restent à mener afin d’apprécier l’impact d’un dépistage en soins primaires de ce trouble et les moyens à mettre en œuvre afin de réduire les automutilations en cas d’ASD.

Dr Pierre Margent

Référence
Risk of Self-Harms in Children and Adults with Autism Spectrum Disorder. A Systematic Review and Meta Analysis. A. Blanchard. JAMA Netw Open. 2021 ; 4 (10) , e : 2130272.

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