Comment convaincre de donner un rein

Il y a aux États-Unis 7 fois plus d’insuffisants rénaux en attente de transplantation rénale que de donneurs décédés (DD). Quant on sait que le taux de survie des dialysés à 5 ans n’atteint que 35 %, ce déséquilibre paraît dramatique. L’appoint des donneurs vivants est capital mais beaucoup trop faible (40 % du chiffre des DD). L’un des remèdes à cette situation serait de convaincre les gens de donner un rein de leur vivant, mais c’est au niveau de cette démarche que blesse le bât.

Un programme (Living Donor Navigator LDN) a été mis au point pour attirer des candidats au don en les faisant dialoguer avec un ami ou un parent qui les initient au rôle du rein, leur insufflent « l’exaltation » à l’idée de participer au sauvetage d’un malade promis à la mort, et leur expliquent le mécanisme de la transplantation. Certains candidats receveurs (CR), toutefois, préfèrent prendre eux-mêmes en charge cette négociation et ne faire appel à personne pour défendre leur cause. Des auteurs en Alabama ont comparé les résultats obtenus en matière de don d’organe selon que la cause avait été plaidée par le receveur lui-même ou par d’autres personnes dans le cadre de leur programme.  

L’intervention du conjoint est la plus efficace

Ils ont enrôlé tous les CR potentiels entre 2017 et 2019. Le critère de jugement principal était le nombre de reins effectivement donnés au cours de l’étude, le critère secondaire, celui de l’augmentation des donneurs déclarés, après négociation.

La cohorte totale est composée de 127 individus (69 femmes) d’âge moyen 55 ans, dont 102 ont fait appel à d’autre personnes (groupe 1) et 25 ont « négocié » eux-mêmes (groupe 2). Parmi ces candidats receveur, 25 (20 %) ont effectivement reçu un rein. Les femmes, les Noirs et les célibataires ont été moins nombreux que les hommes, les Blancs et les mariés à donner leur rein.

Parmi les 102 CR du groupe 1, plusieurs ont eu recours à plus d’un « avocat de la greffe » (140 au total). Ni la nature du lien (fils, frère, ami) ni le nombre des « avocats » n’a eu d’impact sur le nombre de transplantations, sauf s’il s’agissait du conjoint, dont l’influence a été significativement déterminante pour obtenir un accord.

Surtout, sur les 25 greffes pratiquées, une seule concernait les 25 patients du groupe 2 (4 %), alors que 24 concernaient les patients du groupe 1 (24 %). Après être noir, le fait d’être son propre avocat était la seconde raison de ne pas obtenir le don d’un rein.

L’exhortation par un proche (si possible le conjoint) est plus efficace que la persuasion par l’intéressé pour décider les donneurs potentiels à sauter le pas.

On n’est jamais si bien servi que par autrui

Lisez cet apologue et gardez-en le fruit

Au banquet de la vie infortuné convive

Qui briguera pour moi le rein pour que je vive ?



Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Cozette Killian A et coll. : Self-advocacy is associated with lower likelihood of living donor kidney transplantation. Am J Surgery 2021;222:36-41

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