Epidémie de SHU d’une ampleur inédite : ouverture d’une enquête judiciaire visant Buitoni

Paris, le lundi 4 avril 2022 - Chaque année, entre 100 et 165 cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU) pédiatriques sont recensés par Santé publique France (SPF). S’agissant d’une maladie grave, potentiellement mortelle, un dispositif de surveillance a été mis en place par les autorités sanitaires en 1996. Ces chiffres permettent de bien mesurer l’ampleur de la vague de SHU qui frappe la France depuis le début d’année (ce qui est d’autant plus marquant que ces syndromes sont plus fréquents l’été) : 75 cas d’intoxications alimentaires graves dont 41 cas de SHU présentant des caractéristiques similaires ont été recensés au 28 mars, tandis que 34 cas supplémentaires sont en cours d’investigation. Deux décès ont été déplorés. « C’est la plus grande épidémie de SHU jamais vue en France » assure François-Xavier Weill, responsable de l’unité Bactéries pathogènes entériques de l’Institut Pasteur.

Des cartes de fidélité au génome d’E.coli

On le sait un lien a été établi la semaine dernière entre une grande partie des cas de SHU identifiés depuis le début de l’année dans toute la France métropolitaine (avec une prédominance dans les Hauts-de-France et en Nouvelle Aquitaine) et la consommation de pizzas surgelées de la marque Buitoni. Cette conclusion et le fruit d’une enquête, décrite par le Monde, qui s’est appuyée notamment sur les cartes de fidélité des supermarchés utilisées par les familles des jeunes patients. « Ce système de traçage avait permis de remonter à des graines germées, responsables d’une épidémie de SHU qui avait fait plus de 50 morts en Allemagne » relève François-Xavier Weill. Si le recoupement des informations a permis de cibler les pizzas Fraîch’UP de Buitoni comme élément commun entre les personnes touchées, une seconde étape a consisté à rechercher la présence d’E.coli dans la pâte d’une pizza, appartenant à un des lots incriminés, non encore déballée et achetée par une famille dont un des membres a souffert d’un SHU. Alors que la bactérie a bien été détectée, la comparaison de ses séquences ADN avec celles des bactéries prélevées chez certains patients a révélé des souches similaires ce qui a entraîné le retrait des produits potentiellement contaminés dès le lendemain des résultats.

Une usine dans la tourmente

Aujourd’hui, les questions concernent les conditions de contamination de la chaîne de production. Une enquête pour homicides involontaires, tromperie et mise en danger d’autrui a dans ce cadre été ouverte par le pôle de santé publique (PSP) du parquet de Paris, après « dessaisissement des parquets de Nancy et Saint-Malo et en application » des compétences du PSP en matière « d’infractions portant atteinte à la santé ». Deux familles auraient déjà porté plainte à Bordeaux, tandis que plusieurs autres réfléchiraient à une action collective contre Buitoni. L’enquête judiciaire devra notamment déterminer si des manquements aux normes d’hygiène peuvent être mis en cause.

Le doute s’est accru après la diffusion d’images de l’usine de Caudry datant du printemps 2021 qui révèlent des entorses incontestables aux règles élémentaires d’hygiène, tandis que des témoignages d’anciens salariés évoquent des manquements certains. Cependant, outre que l’authenticité de ces images n’a pas pu être complétement établie par Buitoni (qui reconnaît cependant qu’une partie a très probablement été tournée à Caudry), le porte-parole de l’entreprise remarque qu’on ignore tout de leur contexte. En tout état de cause, concernant la situation actuelle, Nestlé (propriétaire de Buitoni) a indiqué ce jeudi que les tests réalisés sur le site de Caudry pour détecter la présence d’E.coli se sont révélés négatifs.

Une réactivité des contrôles et une sécurité alimentaire qui reste élevée

Si les zones d’ombre devront nécessairement être levées et si les suites judiciaires sont inévitables, on rappellera, même si ce drame semble contredire un tel bilan, que la France demeure un des pays où la traçabilité et la sécurité sanitaire des aliments industriels sont les plus performantes du monde. Ainsi, aujourd’hui, l’effectivité des mesures de retrait et rappel est vérifiée grâce à 10 000 contrôles qui concernent l’ensemble des canaux de distribution. Santé publique France note par ailleurs que « si des consommateurs constataient que des pizzas Fraîch’Up de la marque Buitoni étaient encore commercialisées, ils sont invités à réaliser un signalement sur la plateforme SignalConso ».

Aurélie Haroche

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