L'athérome, c'est vieux comme le monde

Paris, le samedi 16 mars 2013 – Qu’on se le dise, le Bulletin épidémiologique est parfois truffé de bonnes nouvelles. En 2011, une étude française met ainsi en évidence une diminution en moyenne de 5 % des taux d’infarctus du myocarde et de décès coronaires entre 2000 et 2007. L’année suivante, d’autres chercheurs font état d’une baisse de 17,2 % des hospitalisations pour infarctus entre 2002 et 2008. L’efficacité de la lutte contre les maladies cardiovasculaires apparaît ici dans toute sa splendeur.

Des efforts utiles mais insuffisants ?

Cependant, le cœur continue encore fréquemment à nous manquer. Cette semaine, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) relevait que pour la moitié d’entre eux les décès recensés en Europe sont liés à une maladie cardiovasculaire. Les efforts semblent donc devoir encore redoubler. Mais parviendront-ils jamais à totalement faire disparaître ces pathologies ? Améliorer les habitudes alimentaires, vilipender la sédentarité, jeter nos cigarettes, traquer le cholestérol et l’hypertension est peut-être à notre portée, mais il est un facteur de risque que l’on oublie fréquemment et qui paraît difficile à endiguer: le vieillissement.

By Horus

C’est ce que suggèrent des travaux menés par des chercheurs de l’Institut du Cœur de Kansas City (Missouri) conduits par Randall Thompson publiés dans le Lancet. Il y a deux ans, Randal Thompson et coll. avaient déjà mis en évidence la présence d’artériosclérose sur plusieurs momies égyptiennes, suggérant le caractère antique de nos maladies cardiovasculaires. La démonstration connaissait cependant un écueil : l’élite égyptienne avait une alimentation riche en graisses qui peut-être avait favorisé l’apparition des plaques d'athérome. Aussi, Randal Thompson voulut en avoir le cœur net. Ses nouveaux travaux ont consisté à passer au scanner 137 momies de périodes diverses provenant du monde entier . Soixante-seize sont égyptiennes et vielles de 4 000 ans, cinquante et une sont péruviennes et datent de 600 à 2 600 ans et dix enfin viennent du plateau du Colorado ou des îles Aléoutiennes (en Alaska) et concernent des chasseurs ayant vécu entre 1 750 et 1 900. Des plaques d'athérome calcifiées ont été retrouvées pour 39 % des momies égyptiennes, 26 % des péruviennes, 40 % de celles du Colorado et 60 % de celles des îles Aléoutiennes. Ainsi, quelles que soient leur alimentation, l’époque à laquelle ils vivaient, leurs conditions de vie ces hommes ont été touchés par l’artériosclérose. « Il est surprenant de voir que l’artériosclérose est aussi fréquente dans ces anciennes cultures à travers le globe sur une période de temps aussi étendue, parmi des personnes très différentes génétiquement et avec des modes de vie et des régimes alimentaires aussi variés » résume Randall Thompson. Ainsi, faut-il probablement concevoir que l’artériosclérose n’est probablement pas uniquement liée au mode de vie mais aussi « une caractéristique du vieillissement ». Un élément permet de conforter cette hypothèse : le fait que l’artériosclérose a été plus fréquemment retrouvée chez les momies des personnes les plus âgées au moment de leur mort (âge moyen de 43 ans pour les momies artérioscléreuses contre 32 ans pour les momies indemnes). 

Aurélie Haroche

Références
Illustration: Plaques d'athérome aorto-iliaques visibles au scanner sur la momie d'une femme de 45à 50 ans ayant vécu à une ère indéterminée en Egypte ancienne.
Thompson R et coll.: Atherosclérosis across 4000 years of human history : the Horus study of four ancient populations. Lancet 2013; publication avancée en ligne le 10 mars 2013 (doi/10.1016/S0140-673(13)60598-X)

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