La santé des candidats et du Président est-elle toujours un tabou français ?

Paris, le lundi 11 avril 2022 - Nous sommes le 3 mai 2017. Dans quelques heures, une représentante de l’extrême-droite sera pour la première fois à l’antenne dans un débat de second tour d’une élection présidentielle. Epuisée après une longue campagne, Marine le Pen laisse la préparation du débat de l’entre-deux tours au second plan. Il faut dire que l’ancienne avocate de 48 ans, connue pour ses coups d’éclats cathodiques, semble maitriser l’exercice à la perfection.

Mais à 10h30 ce matin-là, c’est le corps de la candidate qui donne des signaux d’alerte. D’après une longue enquête publiée par le Monde en 2017 sur ce fameux débat, Marine le Pen est victime d’une migaine ophtalmique. « Je ne vois plus rien de l’œil gauche ! » dit-elle paniquée à son ophtalmologue. La candidate voit flou, avec des flashs zébrés. Au point que la question est posée : « est-ce qu’on peut encore annuler le débat ? ».

Le soir même, Marine le Pen livre une prestation jugée unanimement calamiteuse. Certes, les approximations et changements de pied sur la question de la sortie de l’euro ont grandement participé à ce sentiment de désastre. Mais sur la forme, c’est aussi un sentiment de fébrilité physique qui se manifeste. Quelques semaines après le débat, l’état de santé de la candidate est mis en avant pour « excuser » cette prestation catastrophique. Un sujet qui n’est plus un tabou.

Un vieux tabou

Pendant longtemps, poser la question de l’état de santé d’un candidat ou d’un président semblait impensable. Au nom du droit à la protection de la vie privée, le public a souvent été tenu écarté de l’information sur l’état physique des gouvernants ou des candidats. Lorsqu’en avril 1964, le Général de Gaulle subit une opération pour adénome de la prostate, l’Élysée se refuse à tout commentaire.

Le secret est maintenu parfois alors même que le président se retrouve en apparence dans l’incapacité d’exercer ses fonctions. Georges Pompidou, atteint de la maladie de Waldenström, a multiplié les faux bulletins de santé faisant état de simples « grippes ». Il faut attendre le 7 février 1974 pour qu’un premier bulletin officiel fasse état d'une « lésion bénigne d'origine vasculaire, située dans la région ano-rectale, et hyperalgique par intermittence » (sans mentionner la maladie de Waldenström !). Il décèdera le 2 avril 1974.

Le cancer de François Mitterrand, lui, fut caché aux français à l’occasion de sa campagne de réélection de 1988. Or, à la fin de son deuxième septennat, le président socialiste pouvait difficilement exercer pleinement ses fonctions. Selon sa conseillère Anne Lauvergeon, le Président, à la fin du septennat, restait certains jours allongés, et ne mettait un costume que pour assurer ses réunions et Charles Pasqua l’avait cru mort lors d’un conseil des ministres !

En 2005, si le public a été immédiatement informé de l’hospitalisation de Jacques Chirac en raison d’un accident vasculaire cérébral, les bulletins en provenance de l’Elysée n’ont cherché qu’à minimiser les conséquences de son AVC. Quelques heures avant son hospitalisation, le président avait tenu un discours confus devant des représentants de la principauté d’Andorre.

La Covid, une révolution de la transparence ?

Le changement de siècle n’a pas empêché certains présidents à cacher des informations sur leur état de santé. L’opération de la prostate (certes, bénigne) subie par François Hollande en 2011, peu de temps avant sa déclaration de candidature, n’a été révélée au public qu’en 2013.

Il faut dire qu’aucun article de la Constitution n’impose au président de se livrer à un quelconque exercice de transparence. En 2017, François Fillon et Benoit Hamon s’étaient engagés au Quotidien du Médecin à publier un bulletin de santé annuel.

Emmanuel Macron, lui, avait invoqué le secret médical pour s’opposer à toute publication régulière mais rendrait publique « toute information susceptible d'avoir des conséquences quant à (sa) capacité à diriger le pays ». En 2012, Marine le Pen avait certifié « être en titane » et avoir « une excellente composition ».

Mais la Covid-19 semble avoir rebattu les cartes de la transparence à l’échelle mondiale. En avril puis en octobre 2020, le public britannique et américain avait été immédiatement informé de l’état de santé de Boris Johnson et de Donald Trump, durement atteints par la maladie.

En décembre 2020, Emmanuel Macron atteint par la Covid-19, se met en scène à l’occasion d’une vidéo en tenant le public informé de son état de santé. Plusieurs bulletins de santé sont communiqués par l’Elysée faisant état « de fatigue, toux, courbatures qui ne l’empêchent en rien de remplir ses fonctions ».

La santé (des candidats) au cœur de la campagne ?

Si la question sanitaire a été présente dans la campagne présidentielle, l’enjeu sanitaire a été également au cœur de la logistique pour les candidats.

Dans un épisode du podcast / balado Le Service Politique, Philippe Corbé, journaliste politique à BFM TV, insiste sur le fait que les candidats n’ont pas été épargnés par la fatigue durant les longs mois de campagne.

Outre la longue semaine d’absence de Valérie Pécresse lié à la Covid, des rumeurs ont fait état successivement du « coup de pompe » de Yannick Jadot, de l’amaigrissement d’Anne Hidalgo ou encore de l’épuisement d’Emmanuel Macron au début de la guerre en Ukraine.

La transparence, pour quoi faire ?

Mais l’exercice de la transparence a-t-il un intérêt dès lors qu’il n’est pas susceptible d’être contrôlé ou contesté ? Dès décembre 1981, le président François Mitterrand aurait demandé à son médecin, le Dr Gubler, de falsifier ses bulletins de santé. Cette même année, le président avait déclaré que « le problème essentiel est que les ennuis de santé ne doivent pas être tels qu'ils puissent nuire à la fonction. C'est ça la morale qu'un responsable politique doit respecter ».

C.H

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article