Papa a tué Maman : suivez le protocole !

Paris, le vendredi 25 mars 2022 – Le gouvernement a élaboré un protocole sanitaire pour la prise en charge des enfants témoins du meurtre de leur mère par leur père.

En 2021, 113 femmes ont été tuées par leur conjoint, compagnon ou ex compagnon, selon les associations féministes FPCE (Féminicides par compagnons ou ex) et NousToutes qui réalisent chaque année ce décompte macabre, auxquels il faut additionner environ 20 à 25 hommes tués par leur conjointe ou compagne. L’horreur se rajoute à l’horreur drame lorsque l’enfant du couple est témoin du meurtre. Selon le Secrétaire d’Etat chargé de l’enfance Adrien Taquet, ce sont environ 80 enfants par an qui se trouvent dans cette situation, « orphelin d’un ou de leurs deux parents et témoin de faits traumatisants » selon les termes du secrétaire d’Etat.

Une hospitalisation immédiate

Le 17 mars dernier, Adrien Taquet a présenté un nouveau protocole sanitaire de prise en charge de ces enfants « doublement traumatisés » qui perdent en quelques instants leur deux parents, l’un bourreau, l’autre victime. Selon ce nouveau dispositif, tout enfant dont l’un des parents est victime d’un meurtre conjugal sera immédiatement hospitalisé pendant une durée maximale de 8 jours. Le procureur de la République devra à ce titre prendre une ordonnance de placement provisoire pour que l’enfant soit orienté vers un service de pédiatrie. Une fois à l’hôpital, l’enfant subira un bilan somatique et pédopsychiatrique dans les 72 heures, afin d’évaluer ses besoins en soins à la suite du lourd traumatisme subi.

L’orphelin se verra également attribuer un accompagnant, qui prendra soin de lui au-delà du service de pédiatrie. L’hospitalisation de l’enfant sera l’occasion pour l’équipe médicale et les services judiciaires d’évaluer ses besoins et son environnement pour déterminer son hébergement et sa prise en charge à long terme.

Les UADPED au cœur du dispositif

Ce nouveau protocole sanitaire, qui sera envoyé à toutes les agences régionales de santé (ARS) d’ici un mois, sera essentiellement mise en œuvre par les Unités pédiatriques enfant en danger (UAPED), service nouvellement créé par le gouvernement pour la prise en charge des enfants victimes de violences sexuelles ou intrafamiliales. C’est à l’occasion de l’inauguration d’un UAPED à Bordeaux qu’Adrien Taquet a présenté ce nouveau protocole. Dans leur mission, les UAPED recevront l’assistance des forces de l’ordre et des services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

Le nouveau dispositif national de prise en charge des enfants de victimes de féminicides reprend celui appliqué à titre expérimental dans le département de Seine-Saint-Denis depuis 2015 et qui a déjà bénéficié à 30 enfants. Jusqu’à présent, l’assistance à ces orphelins n’était pas formalisée, chaque juridiction décidant au cas par cas. Nombreux sont les enfants qui disent n’avoir reçu aucune aide médicale ou psychologique lorsque leur père a commis l’irréparable. Depuis octobre 2019, ces victimes indirectes sont regroupées dans une association, l’Union nationale des familles de féminicide (UNFF).

Pour en savoir plus
L’organisme de DPC du JIM, JIMdpc propose une formation complète sur la prise en charge des violences conjugales réalisée par le Dr Ghada Hatem, durant laquelle vous trouverez une intervention vidéo du Dr Céline Rappaport, pédopsychiatre, qui a participé à créer ce protocole.

Repérage et prise en charge des violences conjugales faites aux femmes

Nicolas Barbet

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