Pesticides : interrogations sur la pertinence de présenter des chiffres toujours plus précis

Paris, le mercredi 30 mars 2022 – Bien que dans la majorité des cas, les niveaux de pesticides retrouvés dans les fruits et légumes ne dépassent quasiment jamais les doses journalières admissibles (DJA), la présence de ces substances, même à l’état de traces, dans l’alimentation et notre environnement est l’objet d’une attention soutenue et croissante de la part de la population et de nombreuses associations. Jusqu’alors il était reproché aux autorités sanitaires de ne pas se montrer suffisamment en alerte sur ces questions. Cependant, fait notable, le dernier rapport de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a été salué (en grande partie) par l’association Générations Futures pourtant connue pour son approche très critique des politiques publiques concernant la régulation des pesticides.

Transparence

Il faut dire que pour établir son rapport sur l’imprégnation des fruits et légumes publié tous les deux ans sur la base d’environ 14 000 contrôles sanitaires, la DGCCRF a choisi de distinguer les produits issus de l’agriculture biologique et ceux issus de l’agriculture conventionnelle, contrairement aux éditions précédentes. Or, même si les fruits et légumes dits « biologiques » ne sont pas toujours exempts de pesticides, cette absence de différenciation conduisait inévitablement à une « dévalorisation » des résultats globaux. Le choix d’une présentation distincte des résultats est aujourd’hui salué par Génération Futures. Par ailleurs, la DGCCRF intègre désormais dans ses statistiques les produits pour lesquels des pesticides ont été trouvés à des niveaux inférieurs à la limite de quantification (LQ). Ces évolutions aboutissent à l’identification de résidus de pesticides dans 63,1 % des échantillons d’aliments issus de l’agriculture conventionnelle (le taux n’atteindrait que 54,5 % si on ne retenait que les teneurs supérieures à la LQ). 

Des teneurs très inférieures aux limites maximales de résidus autorisées

Le souci de transparence dont témoigne cette évolution des données de la DGCCRF n’est pas sans susciter quelques interrogations. L’identification des pesticides à des niveaux inférieurs à la LQ a-t-elle en effet une portée d’un point de vue sanitaire ? Les associations telles que Générations Futures ou l’UFC Que Choisir sont convaincues de l’intérêt de ce type de mesures puisqu’elles considèrent que les limites maximales de résidus (LMR) autorisées par la réglementation ne permettent pas de s’assurer de l’absence de risques. Même si les preuves scientifiques manquent de robustesse pour confirmer l’existence d’un risque en-dessous des LMR, elles mettent en effet en avant les dangers qui seraient associés à des effets cocktails ou cumulatifs, voire à de très faibles doses. Or, en acceptant de publier des données en dessous de la LQ, la DGCCRF n’est pas sans conforter en partie ces inquiétudes.

L’imprégnation des Français en recul

La modification des critères empêche également de mesurer l’évolution au cours du temps. Or, sur ce point, même si les organisations se montrent souvent très alarmistes et dénonciatrices, de récents travaux suggèrent une diminution de l’exposition des Français aux pesticides. Ainsi, les résultats les plus récents de l’Etude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition (ESTEBAN) montrent que l’imprégnation globale de la population française par des pesticides est aujourd’hui en recul. C’est le cas pour tous les produits étudiés, à l’exception du métabolite de la deltaméthrine (Br2CA).

A.H.

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