Un nombre toujours aussi important d’handicapés français exilés en Belgique… mais une prise de conscience réelle

Paris, le jeudi 3 février 2022 – Le nombre d’adultes et d’enfants français souffrant de handicap « s’exilant » en Belgique faute de places disponibles dans les structures françaises est un symbole des graves manquements de la France dans la prise en charge des personnes handicapées. Aux contraintes géographiques qui pèsent sur les familles qui décident de trouver refuge chez nos voisins, s’ajoutent parfois des incertitudes quant à la qualité des établissements d’accueil. A contrario, dans certains cas, le choix des proches est lié à l’offre proposée dans les structures belges, considérées comme bien plus adaptées à certains handicaps. Quelles que soient les différentes raisons de cet « exil », le nombre de sujets concernés ne fait qu’augmenter. On comptait en effet 6109 Français adultes handicapés accueillis en Belgique fin 2018, 6 820 fin décembre et désormais 7000, tandis que le nombre d’enfants est passé pour sa part de 1413 à un peu plus de 1500 entre fin 2019 et fin 2021.

Une solution équilibrée

Pour répondre à ce phénomène, l’action du gouvernement est diversifié. D’abord, un moratoire a été décidé qui court jusqu’au 28 février. S’il permet de poursuivre le financement de l’institutionnalisation en Belgique des personnes qui y séjournent depuis longtemps, il suspend la « création » de nouvelles places dans les structures belges. Un conventionnement est désormais indispensable pour qu’une prise en charge par la Sécurité sociale puisse être accepté : aujourd’hui, la démarche de conventionnement conduite par l’Agence régionale de santé des Hauts de France a permis de valider la candidature de 80 % des 171 établissements wallons. Cette procédure est globalement bien accueillie par les associations de patients qui y voient la garantie d’une qualité d’accueil comparable entre la France et la Belgique et l’évitement du risque que l’exil en Belgique relève d’un « pis aller » pour les familles, tout en permettant que l’accueil y demeure possible pour celles qui le souhaitent.

Des places supplémentaires, mais des aboutissements parfois difficiles

Cependant, les associations notent que ce moratoire doit impérativement s’accompagner d’une augmentation des places en France, sous peine de voir des familles privées de toute solution. Sur France Bleu, Claude Hocquet, président de l'Union départementale des Papillons Blancs du Nord, commente ainsi « On peut saluer ce moratoire et que les familles puissent avoir une même réponse en France. Mais aujourd'hui, des familles se retrouvent sans solution puisqu'il n'y a pas eu d'autres dispositifs mis en place entre temps. Ces familles sont toujours sur nos listes pour avoir une place ». Conscient de cette attente, la ministre déléguée aux personnes handicapées, Sophie Cluzel a annoncé hier l’installation (pour certaines encore en cours) de 2 500 « solutions » supplémentaires pour « prévenir les départs non souhaités des personnes en situation de handicap en Belgique », en plus des 1000 initialement prévues.

Ces places concernent l’Ile de France (1 600), les Hauts de France (630) et le Grand Est (270) qui sont principalement concernées par le phénomène. Ainsi, « La région Île-de-France est aujourd’hui celle qui dispose du plus faible taux d’équipements pour adultes en situation de handicap. Ce manque de réponses conduit à des ruptures brutales d’accompagnement et à la présence, fin 2019, de plus de 2 800 adultes franciliens dans des établissements belges » relève l’Agence régionale de Santé (ARS). Et si cette dernière se félicite que « 308 projets ont été reçus (…) qui témoignent de l’engagement massif des gestionnaires », Sophie Cluzel est moins optimiste et regrette que tous les appels à projets n’aient pas trouvé preneur.

Crise d’attractivité

Ces annonces interviennent alors que beaucoup espèrent que le thème du handicap s’impose dans la campagne électorale, notamment l’Unapei qui a lancé une opération de sensibilisation, déplorant que des centaines de milliers de personnes paraissent comme « oubliées ». Pourtant, le handicap a déjà été à plusieurs reprises le centre des débats lancés par les candidats à l’élection présidentielle. Outre les propos controversés d’Eric Zemmour sur l’école inclusive (qui n’était cependant pas sans lien avec la question de l’exil de certaines personnes vers la Belgique), Valérie Pécresse a tenu cette semaine à rencontrer les « acteurs du handicap ». Ces derniers sont en effet actuellement mobilisés pour obtenir une revalorisation de leurs rémunérations, alors que les pénuries d’effectifs et les difficultés de recrutement sont dans ce secteur au moins aussi prégnantes que dans les hôpitaux et les établissements pour personnes âgées (EHPAD)

Aurélie Haroche

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