X fragile ? Le Y ne s’est pas bien regardé !

Canberra, le samedi 6 avril 2013 – Ils ont beau faire les fiers, les hommes savent qu’ils sont bien moins solides que les femmes. Avec leur chromosome Y qui joue les solitaires, et dont le nombre de gènes s’est réduit au fil des millénaires comme peau de chagrin (ou presque), ils ont du souci à se faire comparativement aux femmes qui peuvent compter sur leurs deux X (qui non contents de faire la paire sont bien plus richement pourvus en gènes). Sur la base de ces (sommaires) constatations, beaucoup, ces dernières années, ont prédit la fin de l’homme, avec un petit « h ». Dans un ouvrage publié en 2005 intitulé « La malédiction d’Adam : un futur sans hommes », Bryan Sykes, généticien à l’université d’Oxford ne donnait au chromosome Y pas plus de dix millions d’années d’espérance de vie. L’unicité de Y aurait en effet raison de lui selon Bryan Sykes : l’impossibilité pour ce chromosome de s’auto-réparer grâce aux gènes de son homologue le rendant bien trop vulnérable face aux mutations.

Y fait comme un rat

Aujourd’hui, c’est un autre spécialiste, une chercheuse australienne réputée dans son pays, Jenny Graves de l’Université de Canberra qui se livre à une prophétie bien plus macabre encore : dans cinq millions d’années, Y ne sera plus qu’un souvenir selon elle. La démonstration ne diffère guère de celle défendue par Bryan Sykes. « Le chromosome X est unique chez les hommes, alors que chez les femmes, il a un comparse avec qui il peut s’échanger des éléments et se réparer. Tandis que si le chromosome Y est touché, c’est une spirale vers le déclin » explique-t-elle interrogée dans le Daily Mail. D’ailleurs, ce « déclin » annoncé est déjà en marche comme le montre la diminution du nombre de gènes présents sur Y. Pas de quoi s’alarmer cependant selon Jeanny Graves qui considère de toute manière que la spécificité du sexe fort est un « accident de l’évolution » : il n’est pas impossible que l’on assiste à l’apparition d’un nouveau chromosome remplaçant Y à l’instar de ce qui a été observé par exemple chez les rats d’Okinawa. Chez plusieurs espèces de rongeurs, le gène SRY responsable de la détermination sexuelle au stade embryonnaire existe ainsi toujours mais n’est plus porté par Y, mais par un autre chromosome.

Le Y descend du singe

Tous ne sont cependant pas prêts à enterrer Y aussi « vite » que Bryan Sykes ou Jenny Graves. Plusieurs attitudes sont ainsi représentées dans la communauté scientifique face à ceux qui prédisent la disparition du chromosome « mâle ». Le professeur Chris Mason de l’University College London est un positiviste. Y est amené à disparaître d’ici 5 millions d’années ? « Le laps de temps est largement suffisant pour que la science compense cette défection ; découverte qui vaudra probablement à ses auteurs un Prix Nobel » prédit-il à son tour dans le Daily Mail. D’autres préfèrent s’en référer à l’évolution. Le Professeur Robin Lovell-Badge de l’Institut pour la recherche médicale de Londres souligne ainsi que Y a beau s’être déplumé par rapport à X, depuis plus de 25 millions d’années son nombre de gènes n’a pas décru. Une telle constatation, rassurante pour l’homme (et même pour l’Homme) avait été l’objet d’une publication dans la revue Nature en 2003. En comparant le génome du chromosome Y du macaque et de l’homme, deux espèces s’étant séparées il y a 25 millions d’années, les scientifiques avaient constaté que le chromosome Y ne semblait guère s’être dégradé depuis cette lointaine époque, puisque les mêmes gènes sont présents chez le macaque et l’homme. Ainsi, la dégradation du chromosome Y ne serait pas linéaire ce qui atténue la portée des prévisions des uns et des autres.

Aurélie Haroche

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