Des lunettes stroboscopiques pour aider les dyslexiques : ça reste à voir

Paris, le samedi 8 mai 2021 - Nous évoquions dans ces colonnes au mois de janvier l’innovation enthousiasmante due à deux chercheurs en physique de l’université de Rennes, Albert Le Floc et Guy Ropars. Les deux scientifiques se sont intéressés aux origines anatomiques de la dyslexie et ont constaté une absence d’asymétrie droite-gauche des centroïdes de Maxwell dans les rétines d’adultes atteints de dyslexie, ce qui empêcherait le cerveau de différencier l’image provenant de l’œil dominant entraînant la création d’un effet miroir. Aussi, les deux chercheurs ont émis l’hypothèse que la lumière pulsée pourrait permettre de corriger cette anomalie et ont mis au point une lampe stroboscopique à LED, dont la lumière pulsée supprime l’effet miroir et faciliterait la lecture. Utilisant cette technologie, la start-up Abeye a conçu des lunettes aujourd’hui disponibles chez les opticiens Atol.

Une attente très forte

Cependant, sans nier l’espoir suscité par ce dispositif, ni la démarche scientifique rigoureuse à l’origine de sa mise au point, de nombreux professionnels de santé et spécialistes tiennent à rappeler que les preuves de son efficacité demeurent encore restreintes. Les associations de la Fédération française des Dys, dont certaines prennent part à des tests encore en cours, en vue de la publication de résultats robustes, sont ainsi régulièrement « sollicitées par des familles pour avoir un avis sur les lunettes (…) commercialisées par la société Atol, et l’ensemble des dispositifs stroboscopiques ». Pour éclairer les parents et leurs enfants, la Fédération a récemment relayé les avis du Conseil scientifique de l’éducation nationale et de l’Union nationale pour le développement de la recherche et de l’évaluation en orthophonie qui témoignent de l’absence de consensus.

Des preuves très restreintes

Ainsi, le Conseil scientifique de l’éducation nationale signale que dans la majorité des cas « la dyslexie est liée à un déficit phonologique » et que ce n’est que plus rarement qu’elle « pourrait être liée à un déficit du traitement visuel ou attentionnel dans le cerveau ». En la matière, les différentes hypothèses n’ont pas encore fait l’objet « d’un consensus scientifique ». Par ailleurs, les lunettes mises au point en se basant sur la piste d’Albert Le Floc et Guy Ropars « n’ont pas fait l’objet d’études rigoureuses établissant leur efficacité » note le Conseil scientifique. Aussi, ce dernier considère-t-il qu’à « ce stade, (…) il n’y a pas lieu de diffuser ces dispositifs au sein de l’éducation nationale ». L’Union Nationale pour le Développement de la Recherche et de l’Évaluation en Orthophonie adopte également la même position. Elle remarque que « même si la théorie proposée par Le Floch et Ropars (2017) a l’intérêt d’apporter un nouvel abord des difficultés que peuvent rencontrer les personnes avec TSApL, l’étude réalisée ne permet pas de conclure que ce manque d’asymétrie serait une cause de la dyslexie. De plus, ces résultats n’ont été répliqués dans aucune nouvelle étude ». Elle note encore que les lunettes élaborées sur la base de leur hypothèse ont été commercialisées sans s’appuyer sur une étude randomisée.

Il ne reste plus qu’à espérer que les travaux en cours permettent de combler les lacunes et de confirmer (ou infirmer) que pour une petite partie des dyslexiques dont les troubles seraient liés à des défauts visuels, ces lunettes offrent une aide significative. Ou en tout état de cause, que si les espérances n’étaient pas confirmées, de faux espoirs ne soient pas plus longtemps nourris.

Aurélie Haroche

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