Quelle est la nouvelle boisson à la mode aux USA ?

Il ne s’agit pas d’un nouveau cocktail sorti tout droit d’un bar branché de New York, ni même d’un soda ultra-sucré proposé par la firme d’Atlanta.

Depuis quelques mois, est apparu aux Etats-Unis un mouvement vantant les mérites de l’eau non stérilisée, non filtrée, non traitée… En bref, les mérites de l’eau. Mais pas n’importe laquelle : l’eau « brute », ou encore « raw water », contenant encore quelques bactéries, ou pour faire plus chic des probiotiques censément bénéfiques pour le microbiote, apportant ainsi un bien être du corps et de l’esprit... Certains américains (surtout en Californie) sont donc désormais fan d’une eau légèrement croupie, et reprochent à l’eau « old school » d’être contaminée par la vétusté des tuyaux lorsqu’elle vient du robinet, ou encore par le plastique des bouteilles. Et comme souvent dans cet immense pays basculant rapidement dans la démesure, le cours de l’eau (sans mauvais jeu de mot) peut déjà atteindre les 27 dollars le litre, soit tout de même un peu plus de 22 euros.

Inutile de rappeler ici les dangers de la consommation d’une eau non contrôlée. Soulignons simplement que dans de nombreux pays, l’eau contaminée est toujours à l’origine de la transmission de nombreuses maladies infectieuses (comme l’hépatite A, le choléra et bien d’autres).  Le Center for Disease Control (CDC) n’a d’ailleurs pas manqué de signaler aux médias américains que si l’eau était filtrée et stérilisée, ce n’était pas pour rien : 13 décès en 2013-2014 ont étés attribués à de l’eau contaminée aux Etats-Unis.

La France va-t-elle plonger dans cette nouvelle lubie ?

Ce nouveau marché florissant est occupé entre autre par l’entreprise « Live Water », dont le marketing cible spécifiquement les adeptes d’un certain mode de vie prônant un retour aux « sources », et n’hésite pas à flirter avec le complotisme. Son PDG, Christopher Sanbord (mais qui se fait appeler moins sobrement Mukhande Singh) aurait en effet pointé du doigt la présence de fluor dans l’eau « qu’on » nous donne à consommer… Fluor dont la présence serait destinée non pas à la prévention des caries, mais plutôt au contrôle de la pensée des consommateurs.

La récente enquête sur la place importante des théories du complot dans la population française pourrait laisser penser qu’une telle vague de l’eau brut pourrait également venir submerger la France dans les prochaines années, tant il est vrai qu’en matière de mode, nous nous abreuvons souvent (pour le meilleur et pour le pire) aux sources du sol américain.

Une eau qui devient verte au bout d’un mois

En réalité, le site de la société nous dit simplement qu’ils puisent leur eau dans une certaine « source Opale », présente en Oregon, dont ils assurent avoir contrôlé la pureté en respectant des règles d’hygiène strictes au moment de la mise en bouteille… Si ce n’était que cela, on pourrait croire qu’ils ont simplement réinventé la poudre, ou plutôt l’eau de source (les Etats-Unis étant historiquement plutôt absents sur ce marché). Rappelons cependant que des eaux comme Evian et Volvic sont rigoureusement contrôlées selon des normes gouvernementales, ce qui ne semble pas être le cas concernant Live Water dont le « gourou », Mukhande Singh a précisé pour le New York Times que si son eau est conservée trop longtemps, elle devient verte ! Ce qui prouve au moins qu’il ne se contente pas de gruger ses clients en leur vendant très cher de l’eau du robinet.

Cette histoire fait plutôt sourire, sauf lorsque l’on pense que nous avons au même moment sur cette planète quelques illuminés qui s’arrachent une eau contenant quelques bactéries supplémentaires, et des millions d’autres qui se battent pour en trouver une qui en contient un peu moins (et qui ne cracheraient pas sur quelques contaminants dus aux plastiques)… 

Dr Alexandre Haroche

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