Covid : si la série est moins regardée, les thèmes majeurs demeurent mais certains personnages évoluent !

Paris, le samedi 2 avril 2022 – Vu des chaînes d’information en continu, qui nous ont abreuvé pendant près de deux ans d’informations sur l’épidémie de Covid, cette dernière a totalement disparu. Pourtant, plus de cent mille infections par SARS-CoV-2 sont identifiées chaque jour, une centaine de morts de patients contaminés est déplorée (mais ces décès ne sont pas toujours uniquement liés uniquement à la Covid) et les hospitalisations « conventionnelles » connaissent de nouveau une légère hausse. Par ailleurs, les mêmes interrogations et controverses continuent à se répéter dans le monde parallèle des réseaux sociaux.

Plan Résilience Covid 19

C’est ainsi cette semaine que l’on a par exemple encore une fois entendu le Pr Didier Raoult qui s’est illustré en accueillant au sein de « son » Institut hospitalo-universitaire (IHU) des scientifiques dont les positions hostiles au vaccin sont fortement controversées. Pour justifier l’ouverture de sa structure, Didier Raoult a mis en avant son souci de défendre la liberté d’expression et est même allé jusqu’à considérer qu’il pourrait se qualifier lui-même de « complotiste » à l’aune de ce que lui inspirent certains faits concernant l’épidémie. Outre ce personnage incontournable, la semaine a également été marquée par les commentaires suscités par la publication dans Nature d’une analyse de la stratégie suédoise, qui s’appuie notamment sur des documents internes, qui suggéreraient que la politique sanitaire a été largement inspirée par la volonté de préserver l’économie et de ne « pas répandre la peur » et sur la conviction de la possibilité d’atteindre une « immunité collective » via les enfants. Enfin, comme depuis le début de l’épidémie, les regrets émis par certains scientifiques et au-delà quant à l’absence de prise en considération par le gouvernement de la nécessité d’améliorer la qualité de l’air ont continué cette semaine à alimenter de multiples interventions. On peut par exemple retenir le poisson d’avril du spécialiste en communication Philippe Moreau-Chevrolet qui imaginait que « Le gouvernement lance son « Plan Résilience Covid 19. A compter du 1er juillet tous les lieux accueillant du public devront être équipés de filtres HEPA et de capteurs de CO2, annonce Jean Castex, Un plan « Air pur » d’1,5 milliard d’euros sera dédié aux transports publics », fantasmait-il.

Qui a dit : « Nous ne sommes plus dans la catastrophe perpétuelle » ?

Ainsi, ces quelques exemples semblent suggérer que rien n’a guère changé sur la planète Covid et que la série continue à voir se succéder les mêmes péripéties et thèmes récurrents. Cependant, on relève une évolution notable de quelques personnages. La ligne de front entre ceux que l’on a pu qualifier, non sans une forme de caricature, « d’alarmistes » ou « d’enfermistes » et ceux qui étaient, également avec un certain dédain, présentés comme des « rassuristes » connaît quelques glissements. L’inconditionnel « rassuriste » Gérard Kierzek, médecin urgentiste à l’hôtel Dieu et plus certainement chroniqueur pour LCI a ainsi accueilli d’un taquin « Ah une rassuriste » les récentes analystes du Pr Karine Lacombe. Dans une interview publiée par The Conversation, celle qui fut un temps tentée de soutenir l’idée d’une stratégie zéro Covid, remarque en effet avec prudence : « En gardant en tête l’humilité nécessaire évoquée plutôt, nous sommes assez confiants sur le fait que le Covid va avoir un faible impact sur le système hospitalier. Il y a des signes assez parlant : le Covid y est entré dans une espèce de… routine. Nous n’avons plus désormais de secteur qui lui soit spécifiquement dédié. Quand un patient arrive à l’hôpital pour une infection, il va en maladie infectieuse bien sûr. Mais s’il arrive pour une hémorragie digestive et qu’on le découvre positif après un test, il restera pris en charge en gastro-entérologie. Comme « avant ». On est en train de sortir de l’exceptionnalité Covid, et ça c’est extrêmement important. On voit que l’on se dirige vers le « vivre avec », que l’on passe un nouveau cap. Nous ne sommes enfin plus dans la catastrophe perpétuelle : on voit la porte de sortie. Cette porte, ce n’est pas la disparition du Covid, c’est vivre avec lui, avec les outils pour faire face. Maîtriser la situation plutôt qu’être submergé par elle ». Toujours mesurée, elle remarquait plus tôt : « On ne peut pas dire de façon formelle qu’Omicron est moins pathogène en tant que tel… Mais il parait moins l’être aujourd’hui car la population est largement immunisée. Ce qu’on observe chez les patients, c’est qu’il touche plutôt la sphère ORL, et provoque plus de symptômes types trachéite, angine, catarrhe oculo-nasal (une inflammation aiguë ou chronique d’une muqueuse, ici avec yeux qui pleurent, nez qui coule, etc.). Et l’on a moins de signes neurologiques (beaucoup moins d’anosmie, d’agueusie), moins également de troubles digestifs, rénaux ou pulmonaires. Mais là encore, l’évaluation de l’atteinte pulmonaire est à prendre avec précaution : les personnes immunodéprimées, qui n’ont pas d'anticorps protecteur, peuvent faire des formes pulmonaires ». Voilà qui rejoint une observation faite par le Dr Le Flohic, médecin en Bretagne, qui depuis le début de l’épidémie a toujours voulu adopter une position « raisonnable », qui note « Depuis de longues semaines, tous les professionnels de terrain voient bien que ce n’est plus pareil. Il n’y a plus d’atteintes pulmonaires, on ne voit plus de formes pulmonaires, on ne voit plus de baisse de saturation ; ça existe sans doute encore, mais très marginalement ».

Et qui a dit : « Ce n’est ni un rebond, ni une sixième vague » ?

Karine Lacombe n’est pas la seule à adopter un discours que l’on n’attendait pas nécessairement de sa part, compte tenu de ses positions précédentes. Ainsi, le médecin et sénateur Bernard Jomier, qui a pu avoir des mots très durs vis-à-vis de certains choix qu’il considérait comme trop « laxistes » de la part du gouvernement ou encore en ce qui concerne les personnes refusant de se faire vacciner remarque à propos de la situation épidémique actuelle : « Ce n’est ni un rebond, ni une sixième vague. C’est quasi une autre épidémie, très différente en termes d’impact, qui doit nous amener à ne pas reproduire les réflexes précédents. Protéger les plus fragiles, absolument. Mais ni l’hôpital, ni notre vie sociale ne sont menacés ».

Troubles anxieux ou prudence légitime ?

Si l’on ne peut que se réjouir d’observer la capacité de certains de savoir faire évoluer leur appréhension de la situation en fonction des faits et d’une connaissance affinée du virus, cette tendance n’empêche pas parallèlement la persistance d’une forme de violence dans les échanges. Ainsi, Barbara Serrano, l’une des fondatrices du collectif Du Côté de la Science (qui a régulièrement plaidé pour des mesures plus rigoureuses face à l’épidémie), a regretté que le Dr Laurent Fignon (qui intervient lui aussi régulièrement sur le sujet) ait qualifié ses craintes concernant la situation épidémique de « troubles anxieux ». Cette remarque (à la suite de laquelle le Dr Fignon a disparu du réseau Twitter) a été critiquée par beaucoup. « On assiste depuis quelques semaines à une psychiatrisation et un dénigrement de celles et ceux qui, restant factuels sur la poursuite de la circulation virale à haute intensité, rappellent que l'épidémie n'est pas finie. Quand bien même l'hôpital serait moins impacté, il ne résume pas la médecine. Les contaminations sont multiples et l'apparente "bénignité" actuelle est aussi le fait de la couverture vaccinale. Les fragiles et immunodéprimés sont en droit d'attendre de la société une certaine protection. La santé publique est aussi une action collective. La purification de l'air devrait être un objectif fondamental des prochaines années. On peut discuter en tant que société du niveau d'investissement individuel dans sa protection et celle d'autrui (par les masques) en fonction de l'importance de la circulation virale. C'est normal et sain, en évitant les deux extrêmes que sont le tout et le rien. Mais nier qu'une circulation virale élevée favorise l'émergence de variants, l'infection des fragiles, la mise en tension du système de santé dans son ensemble, avec l'inconnue des formes post-infectieuses, avec de tels propos, c'est le niveau pastis de comptoir » relève ainsi le cardiologue Florian Zores en revenant sur ce terme de « troubles anxieux ». Ce regret d’un dénigrement est partagé par le Pr Antoine Flahault, qui ironise sur le fait que beaucoup rechignent à appeler le pic actuel « vague » en utilisant la célèbre image de Magritte intitulée « Ceci n’est pas une pipe ». « La leçon que nous livre Omicron aujourd'hui est qu'il nous faudrait continuer de limiter la circulation du virus, et aussi limiter la charge virale infectante. Et cela le masque FFP2 en lieux clos et dans les transports publics permet d'y contribuer, en plus de l'aération. Si ne pas ôter le masque tant que l'incidence est >50 conduit à moins de Covid Long chez tous et de décès chez les personnes vulnérables (âgées, immunodéprimés, ou non vaccinées avec comorbidités), est-ce alors une mesure de précaution si pénible qu'on la refuse quelques semaines encore? » s’interroge l’épidémiologiste suisse.

Enfin, de la même manière, insistant lui aussi sur le poids (qui reste cependant encore très flou) des Covid longues, le Dr Quentin Durand-Moreau remarque : « Je lis aussi de plus en plus de posts de médecins parlant de "psychose" quand on appelle à la prudence. A la 6ème vague, on a tout de même le droit d'être prudents. Les patients Covid-longs que je vois ne s'en sortent pas toutes et tous bien. (…) On n'a pas de certitude absolue qu'on n'aura pas un nouveau variant, ce serait mieux de pas faire les étonnés au cas où ».

L’épidémie soumise au vote

Dès lors, ces adeptes de la prudence prolongée continuent non seulement à s’attaquer à ceux (anciens comme nouveaux) dont ils fustigent une forme de lassitude voire de désinformation, mais critiquent également les choix du gouvernement. Ainsi, le collectif du Côté de la Science a considéré comme totalement insuffisantes les mesures préconisées en ce qui concerne l’attitude à adopter lors des scrutins présidentiels qui s’annoncent, et juge que l’accent devrait être mis sur un port généralisé du masque et une aération bien contrôlée. Comme cela a pu être observé dès le début de l’épidémie, sans totalement s’opposer sur le type de mesures à prendre et tout en assurant s’appuyer sur les mêmes faits (c’est-à-dire le nombre de cas et la situation à l’hôpital) les interprétations peuvent être très différentes. Ainsi, concernant la sécurisation des opérations électorales, le Dr Le Flohic tout en rappelant l’importance de la vaccination et les risques liés aux activités de dépouillement et de fêtes, s’il note que le masque devrait en effet s’imposer pour les assesseurs remarque : « Coté votant , le risque avec masque de protection, vu le temps passé en lieu clos est extrêmement limité; sans masque il n 'est pas inexistant mais peu important vu le temps passé ». D’une manière générale à propos de la vague actuelle et du risque de voir des variants émerger en l’absence de freinage, il relève : « J’en vois encore qui disent que maîtriser la circulation du Covid permettrait d’éviter les variants. Plusieurs éléments : personne n’arrive à maîtriser la circulation du SARS-CoV-2, surtout depuis Omicron. On peut au mieux à la freiner sauf à enfermer tout le monde (…). Nous sommes dans un monde globalisé, et les variants qui nous sont arrivés et ont relancé l’épidémie en France venaient de l'extérieur. Les virus ARN sont une soupe génomique et à l’échelle microscopique d’un cluster ou même d’une personne, il y a des variants, surtout en cas de portage long lié à une immunodépression. Ce qui fait émerger des variants, c’est en particulier le portage long chez des personnes dans l'incapacité de monter une réponse immunitaire, et non pas la masse virale en circulation. Et pour terminer, un constat : les pays zérocovid ont t-ils échappé aux variants ? ». Il remarquait encore concernant la situation bretonne qu’il connaît bien : « Restons factuels : en Bretagne, région actuellement la plus touchée avec une incidence à plus de 800 depuis un mois, et proche de 2000 nous avons: 2 personnes de moins de 20 ans en soins continu avec covid 19 (pour 3,3millions d'habitants) et baisse continue des réas depuis le 31/01, ceci ne signifie pas qu'il n'y a pas du boulot de préparation pour la suite, mais il faut un peu raison garder ».

Ainsi, même si elles sont oubliées, ni l’épidémie, ni l’impossible unanimité du discours médical sur le sujet n’ont aujourd’hui disparu. La persistance des mêmes controverses, des mêmes fractures, de la même incapacité d’aboutir à des consensus tout en se basant sur les mêmes faits et les mêmes connaissances du virus, offre un spectacle quelque peu désarmant sur la capacité des crises à faire progresser la médiatisation scientifique. Et elle rappelle combien des faits identiques peuvent conduire en se réclamant pourtant d’une lecture objective et scientifique à des interprétations totalement opposées.

On relira :

Philippe Moreau-Chevrolet

https://twitter.com/moreauchevrolet/status/1509801688986791937

Le Pr Karine Lacombe

https://www.lejdd.fr/Societe/karine-lacombe-infectiologue-nous-sommes-en-train-de-sortir-de-lexceptionnalite-covid-4102703

Le Dr Le Flohic

https://twitter.com/DrGomi

Le Dr Florian Zorres

https://twitter.com/FZores/status/1509278838831947776

Le Pr Antoine Flahault

https://twitter.com/FLAHAULT/status/1509212031177695232

Le Dr Durand-Moreau

https://twitter.com/qdurandmoreau/status/1509309134277013508

Du Côté de la Science

https://ducotedelascience.org/covid-19-securiser-les-bureaux-de-vote/

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article