Génériques ou princeps : « ce qui m’importe c’est que mes patients prennent leur médicament ! »

Paris, le samedi 2 février 2013 – Les présupposés qui sous-tendent les débats, voire les conflits, autour des médicaments génériques s’envolent souvent vers des considérations idéologiques, corporatistes ou encore économiques. Les uns ne seraient des férus de princeps que pour faire plaisir aux laboratoires pharmaceutiques et les autres ne jureraient que par les génériques que par pour voir progresser leurs marges entend-t-on notamment souvent. Et si, les raisons qui poussent les médecins à ne pas prescrire des médicaments génériques et à inscrire « en toutes lettres et de façon manuscrite » la mention « non substituable » relevaient plus simplement et le plus souvent de l’empirisme pur, un empirisme sans preuve, mais un empirisme solide. C’est ce que nous décrit dans son dernier post l’auteur du blog « Jaddo » (Juste après dresseuse d’ours) médecin généraliste remplaçant qui montre qu’en matière de générique, les considérations économiques et même scientifiques (sont-ils ou non parfaitement semblables aux princeps ?) autour des médicaments génériques ne lui importent guère. Ce qui compte, ce sont ses patients, leur ressenti et leur observance.

Cela a beau être pareil, ce n'est pas pareil

« Quand on prescrit un médicament la part pharmacologique du médicament joue (…) pour un pourcentage de l’effet attendu. (…) Dans un médicament, y a des molécules et des pharmacocinétiques et des pharmacodynamies (…) mais pas que » résume-t-elle usant de son style trépidant habituel. A partir de ce constat simple, elle donne plusieurs exemples de patients pour lesquels la similarité des molécules bien qu’inscrite noir sur blanc ne change rien au fait qu’un médicament les fait dormir et pas l’autre, qu’un traitement leur cause des désagréments gastriques et pas le second ou encore que certains comprimés provoquent des voiles ophtalmologiques à la différence de ceux-là. « Je tiens à mes patients et s’ils me disent qu’ils sont mieux avec tel truc, je leur fais confiance » conclue-t-elle.

Certains médicaments ont une drôle de « gueule »

Autre raison parfaitement empirique pour laquelle l’auteur du blog « Jaddo » n’hésite pas à « mouiller la plume » et à faire des lignes : « la gueule du médicament ». « Chez un patient de 93 ans, en bras de fer permanent avec ses troubles de la mémoire (…), ce n’est pas tout à fait anodin de passer d’une boîte blanche et verte avec des comprimés blancs à une boîte bleue avec des comprimés verts » analyse-t-elle. Le médecin, qui s’admet bien volontiers « mauvaise élève en générique » n’est cependant en rien une militante anti-générique, comme le montrent ses exemples très concrets. Appliquant la « même règle qu’avec les légumes et les gamins ‘T’as le droit de ne pas aimer, t’as pas le droit de ne pas gouter’ », elle tente de convertir avec douceur ses patients aux médicaments génériques, au prix de « douze minutes d’addition de consultation à chaque fois pour expliquer les génériques, le pourquoi, le on va essayer ». Voici une réflexion qui tout en invitant à revenir à des considérations très terre à terre à propos de la pratique médicale permet paradoxalement de prendre de la hauteur sur un débat que l’on voudrait bien moins pragmatique.

A lire et à relire (notamment pour savourer l’humour de Jaddo) à l’adresse : http://www.jaddo.fr/2013/01/15/moi-je-les-supporte-pas-les-medicaments-genetiques/

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • génériques

    Le 02 février 2013

    Il serait sot de ne pas prendre en compte l'effet placebo.
    D'autre part, il est important que le sujet prenne son traitement, ce qui suppose qu'il l'accepte d'une part et, d'autre part, qu'il ne se trompe pas. D'où l'intérêt de la délivrance du même générique au même patient.

    Dr Bernard Maroy

  • Generiques quand l'assureur se fait tyran

    Le 04 février 2013

    En dehors du fait que la fabrication des génériques se fait et se fera de plus en plus en dehors de nos frontières, et que, leur multiplication rend leur contrôle de plus en plus improbable, ce qui est le plus choquant c'est le terrorisme intellectuel qui préside a leur usage. Outre le fait qu'on se demande ce qu'on va faire des médicaments princeps,(va-t-on les retirer du marche?) et quelles seront les conséquences économiques et sociales de l'utilisation systématiques de molécules produites "ailleurs" on s'interroge sur l'inévitable adaptation des laboratoires quand ils perdent une partie de leur production phare. L'avenir dira si ces adaptations stratégiques vont franchement dans le sens de l'intérêt général, et il est permis d'en douter.
    La pratique quotidienne de la médecine révèle que l'utilisation des génériques pose de nombreux problèmes. D'une part du fait de l'absence fréquente d'une stricte bioéquivalence avec les princeps et d'autre part avec le vécu des patients, qui pour de raisons variables ne les supportent pas.
    Et tout cela pour tenter désespérément d'équilibrer les comptes d'une assurance maladie inadaptée et obsolète, qui pour se maintenir contre vents et marées semble de plus en plus résolue à intervenir de façon autoritaire dans les traitements. Pourquoi ne pas fixer le remboursement d'une molécule à un prix invariable quel que soit sa présentation en laissant médecins et patients choisir sans contrainte et bourrage de crane celle qui leur convient ?
    L'affaire des génériques nous plonge dans le pire des mondes médicaux administrés.

    Dr J F Huet

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